SÉQUENCE IX

Quel est ce miracle qui permet au ‘Moi prenant conscience’ d’accueillir et d’aimer sans conditions?

Isa :

- Bonjour Adelheid!

Adelheid :

- Bonjour Isa. Bonjour a vous !

Isa :

- Dans les entretiens précédents, nous avons parlé de l'accueil à partir du Moi conscient. Alors, la question qui nous vient maintenant, c'est: ‘Quel est ce miracle qui permet au Moi qui prend conscience d’accueillir de façon inconditionnelle, d'aimer de façon inconditionnelle, la personne elle-même... et qui nous conduit aussi vers l'amour des autres?’

Voilà, ça c'est une grande question. Je vais rejoindre les amis et nous t’écoutons.

Adelheid :

- La première chose, réellement, qui va permettre l'émergence de cet amour inconditionnel, c'est d'être touché dans son cœur. On va être touché... essentiellement par les souffrances dont le Moi prenant conscience est le témoin, lors des facilitations. Par cette souffrance de soi qui nous permet de comprendre la souffrance de l’autre.

Isa :

- Alors, est-ce que l’on ne facilite que la souffrance et les problèmes?

Adelheid :

- Loin de là ! Naturellement, quand quelqu'un vient consulter, il vient en général pour un problème. Et là, je veux juste rappeler que les subpersonnalités sont des personnes ! Et une personne n'est pas un problème, une personne a un problème.

Donc, il s'agit aussi, et surtout, de faciliter tout ce qui donne de la joie dans la vie, tout ce qui est dans la beauté de la personne; de mettre en lumière ses ressources, la façon dont elle contribue à ce monde, quelle est son espérance, quel est son élan de vie et quel est l'amour qui l’habite. Toutes ces subpersonnalités vont être facilitées... et on va notamment faciliter cet Enfant-Source dans sa lumière, dans son innocence, dans sa créativité, dans son côté joueur et magique, et son lien à la Source divine.

Isa :

- Mais alors, en quel LIEU naît l'amour inconditionnel?

Adelheid :

- L’amour inconditionnel naît toujours dans le Cœur. Toutes les traditions ont placé dans le Cœur le lien avec Dieu et l'intelligence profonde. Ce Cœur est au centre de la poitrine de chacun. Chacun à ce Coeur qui est relié à tous les cœurs dans l’univers. Et chaque subpersonnalité - en tant que personne - a son propre cœur qui peut comprendre, sentir, changer !

Isa :

- Alors, même les ‘primaires’?
(les ‘subpersonnalités primaires’ porteuses de nos ressources, de nos protections et de nos stratégies de protection défense)

Adelheid :

-Alors justement, ce qui se passe dans une facilitation, c’est que les primaires... - qu’elles soient des ressources, des bâtisseuses ou qu'elles soient sur le sentier de la guerre - vont, elles aussi, mieux se connaître. Et le facilitateur va notamment les aider à prendre conscience de leur propre vulnérabilité. Elles n’en ont, en fait, pas conscience. En tant que ‘tournées vers l'extérieur,’ elles ne savent pas ce qui les motive en réalité. Elles sont réactives et largement automatisées.

Mais à travers la facilitation, on peut mettre en lumière... que derrière cette ‘réactivité de survie,’ elles portent un profond souci. Un souci parental de protéger l'Enfant, de lui éviter des souffrances. Donc, derrière ces guerrières, derrière ces ressources et ces bâtisseuses, il y a une angoisse de parent. Et, elles prennent petit à petit conscience de que ce qui les motive en réalité : ce grand amour qu'elles ont pour le nourrisson, si démuni, qui arrive entre leurs mains.

François :

- Donc, c’est de TOUT CELA que le Moi qui prend conscience devient le témoin, au cours des facilitations.

Adelheid :

- Tout à fait. Le Moi prenant conscience... en prend acte pendant la facilitation ! Et les primaires elles-mêmes, prennent conscience d'elles-mêmes. C'est cela qui va les transformer. Et cela aussi, parce que le facilitateur va leur manifester du respect, de l'empathie; attirer leur attention sur leurs réelles motivations profondes.

François :

- Est-ce qu’il y d'autres éléments qui contribuent ainsi, à cette espèce d'émergence de l'amour inconditionnel dans le Moi qui prend conscience?

Prendre notre Enfant intérieur par la main. Reconnaître sa peine, 

    son innocence, ses dons. Faire confiance à sa Lumière.

Adelheid :

- Une fois que le cœur est touché par la souffrance et par la beauté de l'être... il s'agit, en quelque sorte aussi, de s'indigner ! De se dire: ‘Quand je vois mon Enfant si merveilleux, souffrir à ce point, et tout le monde être anxieux dans cette famille intérieure... c’est trop injuste!! Je veux vraiment prendre toutes ces subpersonnalités, toutes ces ‘personnes intérieures’ dans mon Cœur.’

Et cette indignation donne de la force et de la motivation !
Quelque part, le Moi prenant conscience doit se lever...
(là, dans la vidéo, Adelheid se dresse

debout sur ses pieds, au point qu’elle en est décapitée sur l’image.!) ...doit se lever intérieurement et se dire : ‘Je ne suis plus d'accord ! Je ne vais plus cautionner autant d'inconscience qui produit autant de souffrance.’

Isa :

- Donc l'indignation est importante. Et puis, est-ce qu'il y a encore autre chose?

Adelheid :

- Oui ! Après, on revient... quand l’indignation nous donne de la force, on se souvient aussi que l’Amour de Dieu est inconditionnel et que l'Enfant intérieur est ‘à l'image de Dieu.’ Et que cet amour inconditionnel est à notre propre Source. On n'a pas besoin de le produire, on a juste besoin de l'éveiller ! Et de se souvenir, que l’Amour de Dieu est le modèle de la relation, du lien et de l'amour à développer pour tout ce qui nous habite et pour tous les êtres dans la Création.

Et c'est cela, c’est l'ensemble de ces choses, qui va petit à petit étoffer l’émergence de cet amour inconditionnel.

Isa :

- Au fond, l'amour de Dieu est comme un modèle pour nous?

Adelheid :

- C'est le modèle. Quand on pense à tous ces enfants assez destructeurs que Dieu a sur la terre... c’est vraiment un grand modèle ! Il s'agit de regarder à travers cette destructivité... pour comprendre que quand quelqu'un devient néfaste - ou qu'une subpersonnalité primaire devient prédatrice - c’est la souffrance et l'injustice qui les motive.

Et là-derrière, il y a l’amour.

François :

- En fait, c’est un paradoxe étonnant, de voir que l’amour inconditionnel fait partie de

l'Enfant à la naissance, de l’Enfant-Source. Et que, en même temps, l’amour inconditionnel est un choix et une décision.

Adelheid :

- Oui, c'est un point très très important, François, que tu soulèves. Une étape absolument centrale de ce développement de l'amour inconditionnel... est que le Moi prenant conscience doit prendre une ‘libre décision’ d’aimer ; de changer le jugement en amour.

Toutes les créatures, finalement, sont libres de faire leur choix, Dieu nous laisse le choix. Et le Moi prenant conscience prend librement cette décision et s'appuie sur elle.

Et, cela nous amène à quelque chose que j'ai appelé la conversion du regard, aussi bien chez le facilitateur que chez le Moi prenant conscience. Le regard sur soi et sur autrui doit changer ! Il doit devenir pénétrant, et pénétrer à travers ce que j'ai appelé Les Trois cercles.

1) Quand on se regarde soi-même ou quelqu'un d'autre... le Premier cercle, c’est en somme une sorte de rempart que l'on voit. Ce sont les ressources que l'on montre, mais aussi nos réflexes de protection et de défense, nos attaques, nos fuites, notre réactivité, nos jugements.

2) Et ce premier rempart - le plus visible de tous ! - nous cache le Deuxième cercle.

Quand on regarde à travers ce rempart de protection et d’agressions souvent, on peut voir la Souffrance qui est derrière... qui l’a motivé. Et au moment où on voit la souffrance, si notre Cœur s'émeut... le premier rempart disparaît ! On ne voit à ce moment-là que la souffrance. On est profondément touché. La colère tombe, le jugement tombe, la critique de

soi tombe...s’évanouit, se dissout.

3) Mais il s’agit aussi, de porter son regard plus loin... au-delà de la souffrance, qui peut être elle-même un rempart assez puissant—parce qu'elle est tellement intense ! Il s'agit de regarder au travers et de voir, là au fond, la Beauté de l'Enfant-Source, sa Lumière, son Innocence.

Et là, on est encore une fois touché. Et on redevient confiant.

Et on touche le Rêve de toute l'humanité, qui est un Rêve d'amour, de lumière. Celui de former une ‘tribu de personnes’ où chacun a sa place, où chacun contribue du meilleur de lui- même et où l’on échange de l'amour.

Et c’est ce Rêve de l'humanité qui peut, à terme, à travers les facilitations, transmuter l'ego; être une sorte de ‘rédemption de l’ego...’ qui devient simplement une ‘famille humaine,’ dans le meilleur sens du terme.

C’est ce regard d'amour, ce regard sur la lumière et l'amour de l'Enfant-Source qui transforme le monde, qui nous transforme. Parce que c'est le regard de l'amour qui seul nous guérit. Seul l'amour nous guérit et restaure cette Unité première à laquelle nous aspirons.

Et qui, en réalité, habite au fond de nous.

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​L'ATELIER DU DIALOGUE INTÉRIEUR © Adelheid Oesch 2021