SÉQUENCE VI

Interface entre notre ‘Moi prenant conscience’ et nos subpersonnalités

Adelheid :

- Tout d'abord, je vous salue, je vous souhaite la bienvenue dans cette nouvelle rencontre. Je suis heureuse de vous voir et de partager cela avec vous.

Isa:

- Alors Adelheid, pour commencer, est-ce-que tu peux nous dire ce qui t'a conduit vers cette passion du ‘Dialogue Intérieur’ ?

Adelheid :

- Je pense que c'est toute mon existence et que cela a commencé très très tôt... sûrement déjà - ah c’est peut-être présomptueux de dire cela - à la naissance. Je crois que j’ai eu tout de suite, une sorte de question intérieure : ‘Comment arriver dans un corps aussi étroit, aussi petit dans l'univers... et comment en même temps être libre ?’ Pouvoir aimer, se relier et être libre. Je crois que cette question m'a suivie pendant toute mon existence. Comment concilier la terre et le ciel, être et non être, le plein et le vide ? Comment unifier cela, comment faire la paix en soi avec ces deux dimensions qui sont si différentes ? L’une si étroite et l'autre si vaste !

Isa :

- Merci. Maintenant, ce que j’aimerais, c’est que tu nous précises encore... qu’est-ce que c’est que le Moi prenant conscience ?

Adelheid :

- Je vais repréciser deux choses, dont on a déjà parlé, c'est que le Moi prenant conscience n’est pas une subpersonnalité ; ce n’est ni une voix spirituelle, ni un surmoi, ni un adulte. C'est simplement un espace vide, dans lequel les subpersonnalités se présentent, les énergies se manifestent.

Le ‘Moi prenant conscience,’ c’est un écran vide. Et les subpersonnalités... c'est ce qui nous habite. Dans le ‘Moi prenant conscience,’ on a LE TOUT : ‘On est tout cela,’ et en même temps, ‘on n’est rien de tout cela.’ On n'est plus une subpersonnalité, on est juste cet espace dans lequel elle se manifeste.

L'autre chose que je voudrais dire, à propos de la facilitation : tout simplement, la facilitation, c'est vouloir tout comprendre de l'autre, avec son Cœur. Comprendre ce qu'il y a de plus profond en lui, pour que le facilité puisse, à son tour, se reconnaître et sentir, profondément, ce qui est le plus vrai de lui ! Et à ce moment-là, entrer en lien avec ce qui l’habite, en lien de Cœur et en lien de Présence.

Je vais essayer de vous donner une sorte d'image, métaphorique, de ce que c’est que ce rapport entre ‘Moi en prenant conscience’ et subpersonnalités. Je vous propose de comparer le ‘Moi prenant conscience’ à une pièce qui est encore vide, complètement vide, et qui va se meubler avec des subpersonnalités. Mais voilà que - au lieu d'être immobiles comme des meubles dans une pièce, qui ont chacun leur place - les subpersonnalités sont volantes ! Elles se déplacent erratiquement à travers l'espace, à une très grande vitesse. Tout comme dans un film, au cinéma, ...les images se suivent rapidement sur l'écran et on n'a pas du tout ‘conscience de chaque image en particulier.’ Il faudrait ralentir le processus, pour pouvoir voir une séquence, une petite image même, tout à fait clairement.

Et donc, le ‘Dialogue Intérieur,’ la facilitation... va ralentir le vol de ces subpersonnalité dans notre pièce psychique. Cela va nous permettre de les nommer, de les comprendre, de savoir quelle est leur fonction ; de les reconnaître dans leur humanité et d'avoir conscience de leur raison d'être... de ce qu'elles craignent, espèrent, aiment. Et comprendre mieux, comment elles protègent l'Enfant, en fait, et comment elles veulent nous protéger de la souffrance; et ainsi, mieux comprendre le Moi souffrant qui est caché, obscurci par ce ‘vol de subpersonnalités’ (primaires protectrices) à travers la pièce.

Et donc, à partir du moment où chacune commence à avoir une place, on peut les distinguer les unes des autres... tout comme les meubles qui sont dans une pièce. Si la facilitation a été intense, elles vont non seulement se calmer, mais elles vont, d'une certaine manière, se dissoudre, parce qu'elles auront été déchargées à travers l’écoute, à travers l’empathie, à travers la compréhension.

Cela peut encore se comparer - ce contraste (entre notre réactivité égotique et notre champ de conscience sous-jacent, contenant et spacieux) - à une feuille blanche sur laquelle on voudrait écrire une mélodie ; c'est l'espace vide entre les notes qui nous permet de l'inscrire sur la page, et qui nous permet, aussi, d'écouter cette mélodie. Sans espace entre les notes, c’est un brouhaha.

Dernière petite image: si je pose mon nez sur mon livre, je ne peux pas lire ce qui est inscrit. Il y a un recul (une distanciation, une dés-identification) qui se manifeste quand on revient dans le ‘Moi prenant conscience,’ au centre de soi ! Et - à partir de ce centre - on a une vision élargie. Subitement élargie !

Isa :

- Donc, une première étape de la facilitation, c'est de ‘s'identifier à’ la subpersonnalité. Qu’est-ce qui se passe là, peux-tu préciser?

Adelheid :

- Oui. La subpersonnalité - en tant que énergie - elle est toujours totale d'une certaine manière.

Si je suis triste, je suis totalement triste. Si je suis joyeuse, je suis totalement joyeuse ; si je suis fatiguée, totalement fatiguée. Par contre, comme on l'a vu dans la pièce, cela peut aller très très vite, et on peut passer très vite d'un état à un autre. Donc, on va donner le temps à chaque énergie de se manifester - aussi intensément que possible ! -, c'est à dire dans sa totalité et sa profondeur, et avec le temps qu'il faut pour la comprendre.

Isa:

- Et d’ailleurs quand tu fais cela, une facilitation, cela dure assez longtemps.

Adelheid :

- Une facilitation peut durer, on va dire... de dix minutes à une heure (ou bien davantage). En fait, le temps... on essaie de ne plus le compter !

Isa :

- Donc, on a vu cette étape de ‘l'identification à’ une subpersonnalité... Et la deuxième étape, c'est ‘le retour dans le Moi conscient.’ Alors, qu'est-ce qui se passe à ce moment-là?

Adelheid :

- À ce moment-là, on quitte la place qu'occupait notre subpersonnalité. Plus l'identification était profonde et intense, plus le contraste va être grand quand on reviendra s'asseoir, au Centre, dans la place du ‘Moi prenant conscience.’ Celui-ci, d'une certaine manière n'existe pas encore... mais il va exister, soudainement et tout de suite, parce que cela crée une séparation, et aussi parce que que les énergies ont été déchargées pendant la facilitation. Elles se sont apaisées complètement.

Et quand on revient, on est au centre de soi dans un grand espace et on reprend conscience de soi-même (notamment aussi de son corps physique et de sa gravité, de sa substantialité). Et, dans cette prise de conscience de soi-même... on entre dans un espace spirituel, un espace ontologique en somme. Et là, on peut accueillir et se relier, à partir du Cœur.

François :

- C’est dans ce sens qu’une chose que j’ai apprise avec toi, en ‘Dialogue Intérieur,’ c’est que tout est accueilli ! Il n’y a jamais personne qui est condamné ou rejeté. Tout est accueilli par le Moi prenant conscience, notamment.

Pratiquer le ‘Dialogue Intérieur,’ c’est passer consciemment de la

fusion avec soi au face-à-face avec soi.

Adelheid :

- Cela rend possible cet accueil, parce que tout d'un coup on passe de la fusion au face-à- face, et que dans ce face-à-face, on peut véritablement créer un lien avec un vis-à-vis qui est notre subpersonnalité ou notre Enfant intérieur. Et c’est cela qui permet la relation.

François :

- Y compris avec des parties de nous-mêmes que, a priori, on aimerait moins.

Adelheid :

- Y compris avec des parties de nous-mêmes qu’on aime moins. Je dirais aussi que là, c'est vraiment important de s’aimer soi-même, parce que si on ne s'aime pas soi-même, on ne peut pas vraiment aimer autrui. Jésus a dit : “Tu aimeras ton prochain comme toi même.”

Isa:

- Et c'est ça qui donne cette qualité de paix.

Adelheid :

- C'est cela qui donne cette qualité de paix et cette qualité d'ouverture envers autrui. Quand on a pris conscience de ses propres souffrances, de ses propres motivations, de ses propres craintes, de sa propre humanité... on prend conscience de l'humanité d'autrui. Et on reste vraiment ouvert avec son Cœur... ou alors, on peut y revenir beaucoup beaucoup plus vite !

Parce qu'on ne vit pas dans le Moi prenant conscience, parce qu’on vit dans une perpétuelle identification à un perpétuel vol des énergies à travers notre psyché et notre comportement, il est... en tout temps, vraiment utile de ralentir ! De ralentir pour entrer (et sortir – consciemment - de nos identifications), et revenir au centre de soi. On ne peut se relier que du centre de soi.

Claire :

- Adelheid, est-ce que tu peux m'éclairer? Comment sait-on qu'on est retourné dans le Moi qui prend conscience? Qu'est-ce qui caractérise, énergiquement, ce retour dans le ‘Moi qui prend conscience?’

Adelheid :

- Volontiers. Au moment où le facilité revient s'asseoir (au centre) - et surtout si la facilitation était intense - il se produit une séparation (spatiale et énergétique). On change de place dans l'espace et on revient vers son propre centre.

Ces caractéristiques sont assez constantes pour être presque des valeurs scientifiques, parce que tout un chacun éprouve alors... qu'il est plus grand qu’avant, qu'il a plus d'espace, plus de place, qu'il respire mieux, qu’il se sent plus léger ; et paradoxalement, il se sent aussi plus ancré, plus enraciné, davantage dans un corps qui est devenu présent et substantiel.

Et la troisième chose qui arrive, c'est que son champ de conscience est devenu beaucoup plus large. Il a de nouveau conscience, à la fois de lui même et de ce qui l'entoure... des personnes qui sont présentes, de la pièce elle-même, de l'intensité des couleurs et des sons.

Donc, il se dés-identifie naturellement. C'est un processus naturel qui résulte de ce contraste.

On sent un calme, une neutralité dans laquelle pourra naître un face-à-face. Maintenant, on est dans un face-à-face, alors qu'avant on était dans une fusion.

François :

- C’est dans ce sens que tu nous dis, que dans ce mouvement d'identification et de dés- identification - et donc d'élargissement de la personne - c’est également une Voie spirituelle.’ Qu’il y a plus que ça.

Adelheid :

-Oui, c'est une Voie spirituelle parce qu’elle nous conduit à expérimenter, pourrait-on dire, la terre et le ciel. La terre, parce qu'on entre vraiment dans la ‘peau de ce qui nous habite’ (et on le respecte et on l’écoute et on le chérit) et que là, on s’identifie ! Et puis - quand on se dés- identifie - on entre dans quelque chose d’aussi vaste que le ciel. Et ce va-et-vient unit le ciel et la terre, le vide et le plein, le petit moi et le moi universel.

François :

- C’est une Voie spirituelle et en même temps une Voie relationnelle. C’est le deux à la fois?

Se mettre ‘à la place de…’ c’est comprendre et aimer. Se détacher, 

c’est laisser libre. On ne peut se relier vraiment que du Centre de soi.

Adelheid :

- Cela va devenir, à partir de là, une Voie relationnelle, parce que on ne peut se relier véritablement, je dirais, qu'en dehors de la fusion. Ce face-à-face est absolument nécessaire pour créer un lien. Sinon, il n'y a pas de réciprocité, il n'y a pas de lien (seulement une interaction agréable ou non). Le lien se produit entre deux personnes, deux entités.

Le lien va être un Lien du Cœur, un lien d’amour, parce qu'on a été dans la peau de ces différentes personnes qui nous habitent et qu'on aura compris pourquoi elles sont là... ‘Qu'est- ce qu'elles protègent, de quoi souffrent-t-elles, qu’espèrent-t-elles? Quelle est leur humanité ? Et on sent l'humanité de ce qui nous habite... et notre cœur en est touché ! Mais, il est touché, à partir d’un Centre qui peut les regarder et se relier à elles, avec un courant d'amour, de compréhension... en même temps que dans un détachement qui leur laisse leur propre liberté !

Claire :

- Et donc, si je comprends bien, c'est-ce passage entre identification-fusion et dés-identication qui va permettre de créer ce lien d’amour, ce lien du cœur avec soi-même et puis aussi avec les autres.

Adelheid :

- Cela commence avec soi même. Cela peut paraître étrange, mais finalement Jésus disait : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Et je pense que chacun sait que si l'on ne s'aime pas, on a beaucoup de mal à aimer les autres. Et au moment où on a compris sa propre souffrance, sa propre grandeur, sa propre beauté, on est apte à les reconnaître en autrui. Parce que tous les êtres souffrent, tous les êtres sont beaux, tous les êtres aiment, tous les êtres naissent et meurent. Et on comprend que ‘l’humanité intérieure’ est comme ‘l'humanité extérieure.’ Et cette compassion qu'on développe envers soi même... elle devient naturelle, beaucoup plus naturelle avec autrui.

François :

- Alors, ce que l’on peut dire... c’est que cette manière de créer le lien avec autrui est aussi, la manière dont on peut créer le lien avec ‘plus grand que nous,’ avec l'univers.

Adelheid :

- Tout à fait. Le lien reste le lien (et les lois qui le régissent sont les mêmes au niveau personnel et au niveau transpersonnel). Si l’on veut se relier à l’univers - l’univers, c'est très grand - je dirais que c'est toujours un peu un problème de se relier à une abstraction. Parce qu’étant terrestres, incarnés, nous avons tellement de peine à aimer quelque chose qui n'a pas de corps ! C'est quelque chose de très difficile. C'est pour ça que je propose souvent, de se relier à une figure comme un ange ou à une figure dans notre propre tradition. Cela peut être un Saint, cela peut être Buddha, être Jésus... Ou cela peut être un maitre qui est encore vivant sur la terre. Tout cela, pour bénéficier de ce ‘courant d'amour’ qui, quelque part, est dans le cosmos, et qui a été incarné par ces maîtres spirituels. Et donc on se relie à quelqu'un ! Je le propose parce que c'est plus facile.

Prenons l'exemple d'un Ange, il y a des anges dans toutes les traditions ! Et puis là, comme dans la vie, si on téléphone à quelqu'un on va cultiver la relation ! Et on a une chance d'avoir une réponse. Alors, pourquoi ne pas téléphoner à Dieu ? Téléphoner à un Ange ?

C’est inviter la Présence de cet ange, de cette figure transpersonnelle...
C’est être à son écoute :
- ‘Mais, est-ce qu’il atterrit à côté de moi ? Cet ange, est-ce qu’il est là?’
Si on pose la question, on aura la réponse. Si on ne la pose pas, si on n’écoute pas cette

réponse...
Questions-réponses, ça doit être écouté !

 

‘Est-ce que l’ange atterrit?
Ah oui? Où est-il?
A gauche, à droite de toi ?
Est-ce qu’il est grand, est-ce qu’il est petit? Est-ce qu’il dit quelque chose?
Est-ce qu’il fait un geste?
Est-ce que tu lui dis, toi, quelque chose ?’

Alors, on peut s’adresser comme ça... à soi-même, à une personne que l’on facilite...

Isa :

- Et on peut dire que ce que tu nous expliques là, vraiment - quand on est facilité - on sent énergétiquement ce que tu nous décris, très clairement ; c’est-à-dire cette étroitesse quand on est dans la subpersonnalité et cette vastitude qu'on ressent, quand on revient au centre, dans le Moi qui prend conscience.

Et ça, ça nous donne de la force et de la paix, comme on l’avait dit au tout départ de notre entretien. C'est vraiment spécifiquement cet aller-retour qui va nous donner cela.

Adelheid :

- Oui, parce que dans cet aller-retour, on peut à la fois aimer du plus profond de soi ce qui nous habite et ce qui peut habiter quelqu’un d’autre. Et, en même temps, rester au centre de soi; ne pas se laisser emporter, mais être vraiment présent avec tout son être.

Et là, on peut faire la paix avec toutes les subpersonnalités, quelles qu'elles soient, parce qu'on les comprend avec son Cœur ! Et elles-mêmes - comprises avec cœur - elles vont devenir aussi plus sensibles à elles-mêmes. Il faut comprendre que chaque subpersonnalité - dans ce microcosme qu'elle est - prend conscience d'elle-même lorsqu’elle est facilitée. Elle commence à sentir ce qui lui fait peur, ce dont elle a besoin, quelle est la dimension de son amour ou la dimension de sa crainte.

Et, je voudrais ajouter, pour conclure, qu'une fois qu'on a pratiqué ce passage entre identification et dés-identification de nombreuses fois... cet état de paix, cet état d'équilibre, on peut y avoir accès très facilement en dehors de la pratique même du ‘Dialogue Intérieur.’

Et ce qui peut aussi nous y aider, c’est la pratique de la Posture du Moi prenant conscience, qui nous facilite l’entrée dans cet espace.

François :

- Oui, tu veux dire par là qu’à force de faire ce travail de clarification qui est porteur de beaucoup de sens, il y a une espèce de paix qui s'installe... et qu’on va, spontanément, lors de situations de stress ou de conflit, retrouver cet espace qui nous permet plus de choix et plus de compétence.

Adelheid :

- Tout à fait. On va retrouver cette paix. On va avoir très facilement conscience du vide (de l’espace intérieur dégagé) qui nous habite. Un vide qui est un plein, un vide qui est un lien, et on ne perdra plus l'espace entre les notes !

François :

- Il y a aussi quelque chose que tu nous à appris... Dès qu’on se sent un peu perturbé, c’est cette manière de mettre l’Enfant en soi pour le protéger dans cet espace.

Adelheid :

- Alors oui, ce sera l'objet de séquences suivantes : ‘Comment est-ce qu'on re-parente l’enfant, comment est-ce qu'on le protège, comment est-ce qu’on le met à l'abri des ‘Matrices du Moi prenant conscience ?

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​L'ATELIER DU DIALOGUE INTÉRIEUR © Adelheid Oesch 2021