SÉQUENCE IV

La dynamique de la Facilitation

Isa :

- Ce que tu aimerais nous montrer maintenant, Adelheid, c'est comment se déroule une facilitation. On en parle depuis tout à l’heure.

Adelheid :

- Tout à fait. Je vais essayer de montrer comment ça se passe.

Isa :

- Alors, je vais rejoindre mes amis et on te regarde !

Adelheid :

- Cela va être un tout petit peu artisanal... Mais, je disais tout à l'heure que j’ai toujours aimé les zones industrielles et cela en est une, ici. C’est une entreprise d'amateurs !

Une facilitation... c'est une personne qui vient me consulter, par exemple à propos d'un conflit. (Ici, il s’agira d’un personnage fictif et invisible, nommé Albert.)

On va dire... Albert et Julie, qui sont des amoureux, ont un conflit. Et dans ce conflit, Albert est extrêmement blessé et il vient me voir à ce sujet.

Pour commencer, Albert va s'asseoir sur le siège central en face de moi, qu'on appelle le siège du Moi prenant conscience. Le ‘Moi prenant conscience’ est encore virtuel à ce moment-là ! Albert est encore plein de son histoire. Et son histoire s’intitule :

‘Ô rage, ô désespoir.’

Quand Albert m'aura exposé ce conflit et ses sentiments, on va, ici, faciliter d’abord la Rage, qui est une ‘subpersonnalité protectrice primaire,’ une guerrière. Et ensuite on va faciliter le Désespoir qui sera assimilé à un Enfant. Un Enfant démuni et malheureux.

(En principe, on commence toujours par ce qui est là, présent dans le ressenti... Il se pourrait donc très bien que, lors d’une facilitation classique, Désespoir se présente en premier et que Rage lui fasse suite)

FACILITATION DIDACTIQUE & VIRTUELLLE 2

Départ dans la place du ‘Moi prenant conscience’ en devenir

Facilitation de la Rage
Subpersionnalité primaire en stratégie réactive d’attaque
(après un partage initial en face à face depuis le siège central pour définir le contexte)

______________________

2 Les inclusions de titres et sous-titres en gris... sont des ajouts en vue de clarifier cette transcription écrite d’un enseignement initialement oral et visuel, dans le cadre de la vidéo correspondante.

Adelheid /Faciliteur : (Ici, mise en œuvre et en scène... d’une facilitation virtuelle.)
- ‘Alors, bonjour Albert ! Merci d'avoir partagé tout ça avec moi... et je te propose de

prendre la place de ta colère et de ta rage.’
(Albert quitte la place au centre et prend une autre place dans la pièce, figurée par une chaise introduite par Claire et posée à la droite de celle me faisant face, laquelle est assignée au ‘Moi prenant conscience.’)

Et là, je vais l’inviter à s'exprimer, à dire tout ce qu'il a sur l'estomac, tout ce qui l’insupporte en Julie, tout ce qui ne va pas... sans rien retenir. Je vais vraiment le soutenir en tant que facilitateur; je vais le soutenir pour s’exprimer complètement.

La rage, c'est comme une tempête, c’est comme une crue dans une rivière. Elle doit absolument trouver un lit pour courir - un lit pour le vent, un lit pour les eaux ! - de manière à ne pas devenir destructrice. Ni destructrice de Julie, ni destructrice d'Albert lui-même... soit qu’elle l’intoxique complètement, soit qu'il la refoule, et qu'à ce moment-là elle l’intoxique d'une autre manière.

Et donc, on va se parler jusqu'à ce que la rage (en lui) ait pu dire tout ce qu'elle a envie de dire.

Premier retour dans la place du ‘Moi prenant conscience’

Et, à ce moment-là, je vais inviter Albert à revenir à la place du Moi prenant conscience.

La rage se sera calmée. En fait, elle se sera déchargée. Et, c’est un Albert plus conscient maintenant... qui va se rasseoir ici (au centre). Et surtout, plus dégagé, parce que ce qui l’occupait complètement, qui le possédait complètement, maintenant est apaisé. Finalement, l’orage est passé ! Et il y a là plus d'espace, plus de tranquillité.

Mais, pour respecter ce qui se passe, on va (dans quelques instants), inviter le Désespoir à venir.

 

Temps intercalaire dans la place du ‘Moi prenant conscience’

Adelheid :

-‘Alors, cher Albert, te voilà au centre de toi-même, dans un espace plus dégagé, Et je te pose la question:

‘Comment te sens-tu, maintenant, quand tu reviens au milieu de toi?’

Et très vraisemblablement, Albert dira:
- ‘Je me sens plus calme, plus dégagé ; je sens à nouveau mon corps, tranquille...’

Facilitation du Désespoir

Subpersonnalité blessée assimilable à un Enfant intérieur

Et, à ce moment-là, je vais inviter Albert à prendre place en son désespoir.

(Albert quitte la place au centre et prend une autre place dans la pièce, marquée par un tabouret rouge, introduit par Véronique, et posé à la gauche du ‘Moi prenant conscience.’)

Et, je vais lui rappeler, bien-sûr que :

  ‘Quand on est désespéré, Albert, on redevient comme un enfant, un petit enfant. Et je t'invite à me dire tout ce qui t’attriste, tout ce qui te fait si mal dans ce qui se passe avec Julie. Dis-moi, ce qui te fait le plus mal, le plus peur dans ce qui vient d'arriver entre vous deux à la maison.’

Et puis là, Albert va me raconter, et je vais l’écouter avec mon cœur.... et je vais lui sourire et puis je vais lui dire :

- ‘Dis-moi encore, Albert, ce qui se passe pour toi.’

Et petit à petit... peut-être qu'Albert va pleurer, peut-être qu’il va sangloter, c’est possible. Et, je vais juste l'écouter avec mon cœur, rester présente et laisser cette tristesse s'exprimer, se partager; trouver, elle aussi, à couler, à être là.

Et, petit à petit, cet Enfant va se calmer. Il va devenir plus tranquille. Peut-être même, qu'il commencera à sourire ! Ou peut-être, il se peut même que je lui dirai :
- ‘Qu'est-ce que c'est pour toi l’amour?’

Il dira : ‘Voilà, c’est quand on peut être ensemble; quand Albert et Julie me tiennent la main.’ Il me dira des choses comme ça.

Et quand j’aurai écouté l’Enfant, pendant assez longtemps, je vais lui dire :

- ‘Merci beaucoup pour tout ce que tu as partagé ! Et maintenant, je vais t’inviter à revenir t’assoir dans le ‘Moi prenant conscience’ qui est au milieu.’

Second retour dans la place du ‘Moi prenant conscience’

Albert revient au centre. Et là, il prend un petit moment, pour pouvoir se situer entre la Rage et le Désespoir... prendre conscience de lui-même :

‘Qui suis-je, comment suis-je, entre les deux... quand je ne suis ni l’un ni l’autre, finalement ? Sans du tout vouloir les rejeter ! Mais parce que, maintenant, ils sont à ma droite et à ma gauche; des compagnons, des membres, de ma famille.’

Et puis là, le Moi prenant conscience se sera étoffé encore un peu. En lui, l’espace s'est agrandi. L'espace est plus vaste, plus neutre, plus tranquille, plus lumineux aussi. Plus clair.

Facilitation d’un Opposé à la Rage et au Désespoir

‘Subpersonnalité primaire’ que l’on laisse venir spontanément

Elle se manifeste d’elle-même quand les précédentes ont pu être entendues et déchargées

C’est à ce moment-là, qu’on peut commencer à se poser la question :

‘Mais qui donc est dans l'opposé de la rage?’

Là, c’est quelqu'un qui n'était du tout présent au début de cette histoire! Donc, on va inviter un Opposé à se présenter... Ou, on pourrait même dire une troisième énergie, qui sera dans l'opposé, à la fois de la rage et du désespoir. Et celle-ci va se mettre ... là, à la gauche du Moi prenant conscience.

(Albert quitte la place au centre et prend une autre place, figurée par un fauteuil blanc, introduit par Véronique et posé à la gauche à la fois du ‘M. p. c.’ et de ‘l’Enfant désespéré’ - tabouret rouge.)

Et là... c'est une hypothèse, mais que j'ai vu se vérifier dans de très nombreuses facilitations. Comme chacun sait, dans l'opposé de la rage, il y a l'amour; dans l’opposé de la haine, il y a l’amour. Et ces énergies sont polarisées en nous !

Je vais inviter cette nouvelle subpersonnalité - qu'on n'aura pas forcément nommée -, et je vais lui dire à dire:

- ‘Ferme les yeux un instant, écoute, écoute ce qui se passe en toi...
Quelle est l’énergie qui se présente?’

Et puis là... je vais sentir qu'il y a une autre énergie
(= subpersonnalitté) qui vient. Elle dira

peut-être :
- ‘Je me sens détendue.’
Et puis, tout d'un coup - elle en sera elle-même surprise ! -, elle dira :
- ‘Ah, mais je me souviens de notre amour. Ce qui me vient, c'est notre amour.

L’amour entre Albert et Julie.
- ‘Je me souviens de Julie, combien je l’aime... de tout ce qu'on a partagé. Je ressens de

la gratitude, c’est complètement étonnant !’

Puis, Albert se mettra à sourire...

Et là, on verra, que quand la Rage est déchargée, quand la Colère est déchargée. ...sans doute, ce qui peut venir en premier, c’est en effet, la Tristesse et le Désespoir.

Et puis, quand ces deux énergies sont déchargées, voilà que l’Amour peut revenir !
Le monde... plus vaste, plus large, peut revenir: on se souvient de la beauté, de ce qui

allait bien !

Et quand ceci aussi, aura eu sa place... j’inviterai Albert à revenir encore une fois dans le Moi prenant conscience, et à se séparer, en somme - aussi bien de la Rage, que du Désespoir, que de l'Amour - pour revenir au Centre, sans rejeter personne ! Et en ayant découvert plus profondément ces personnes magnifiques dans sa famille intérieure.

Retour final dans la place & l’énergie du ‘Moi prenant conscience’

Là, je demanderai à Albert, de nouveau, de faire le point sur son ressenti.

Et vraisemblablement, presque toujours, il se sentira plus vaste, plus ancré, davantage conscient de son corps ; davantage conscient même de moi, de ce qui l’environne. Parce qu’il y a une sorte d'élargissement du champ qui se produit, une dé-focalisation. Et une neutralité, qui va a permettre a Albert de se retrouver lui même et d'avoir conscience à la fois de la colère, du désespoir et de l'amour qui peuvent l'habiter, tour à tour.

Et, au moment où il retrouvera Julie, il pourra la prendre sans difficulté dans ses bras !

- ‘Alors, merci, Albert, d'avoir partagé tout cela avec nous !’

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​L'ATELIER DU DIALOGUE INTÉRIEUR © Adelheid Oesch 2021