SÉQUENCE III

Notre ‘Famille intérieure’ de subpersonnalités

Isa :

- Voilà. Donc, nous allons continuer nos entretiens. Et nous allons aborder la théorie des subpersonnalités dans le ‘Dialogue Intérieur’.

Adelheid :

- Merci Isa. Volontiers !

Isa :

- Je vais rejoindre mes amis, et nous écoutons.

Adelheid :

- Je vous salue, je vous souhaite la bienvenue. Merci d'être là avec moi et de m'accompagner.

La personnalité va se former autour du noyau infiniment sensible, 

mais aussi infiniment impuissant, de chaque nouveau-né. 

Les subpersonnalités, c'est un ensemble d'énergies et de personnes intérieures qui constituent notre personnalité. Celle que l'on a dans la vie (de tous les jours), et aussi, celle (plus réactive) qu'on appelle la ‘personnalité de survie.’ Elle se forme très très tôt, déjà in utero, c'est ce qu'on peut supposer, et dans la période périnatale, quand les petites graines dont on parlait hier vont commencer à être stimulées ou arrosées, et que la personnalité va se former. Et elle se forme autour de ce ‘noyau extrêmement sensible du petit enfant’ qui est infiniment sensible et infiniment impuissant.

Il y a donc une nécessité de survivre, physiquement d'abord et identitairement ensuite. Et pour que cela soit possible, on doit s'assurer la bienveillance et le soin et le lien avec l'entourage. Et c'est cela que les subpersonnalités primaires (en anglais, primary selves) vont surveiller, protéger; donc, elles vont protéger ce’ noyau sensible.’

‘Primaire’ ne veut pas du tout dire primitif, mais sur le ‘devant.’ C'est-ce que l'on montre au monde; c'est-ce que les autres voient de nous, savent de nous. Les subpersonnalités primaires ont une double fonction. La première, c'est de développer nos ressources, par exemple de développer en nous une personne empathique, (ça coule de source !) généreuse, bienveillante, extravertie, qui sait se relier ! Ou bien, de développer en nous quelqu'un de très compétent, parce que l'entourage requiert cela. Peut-être qu’on a un papa qui attend de la compétence, une maman qui attend de la gentillesse. Et donc, on va développer, par exemple, deux énergies qui s'appellent comme ça : Compétence et Gentillesse, qui vont nous protéger.

Maintenant, ça n'est pas si simple, en fait, parce que ces configurations énergétiques suivent la loi de Newton, une loi de la dualité dans ce monde incarné, dès la conception. Pour chaque énergie que quelqu'un développe, il y a une énergie complémentaire ou opposée, qui se tient en retrait dans la psyché... Peut-être reniée, rejetée carrément, ou simplement dormante.

Quand tout va bien, il n'y a que les ressources qui se manifestent. Mais quand un danger, réel ou supposé advient ou lorsqu'on est blessé... ces ressources vont s'intensifier pour nous protéger. Elles deviennent des guerrières. A ce moment-là, elles sont intenses, éventuellement toxiques et excessives. Par exemple, la personne gentille peut devenir littéralement une carpette quand il se passe quelque chose, intensifier cela à l'extrême. Et à ce moment-là, elle sera peut-être protégée, mais aura dû renier sa propre vérité. Et puis, celle qui a développé tant de compétences et de savoirs, elle deviendra peut-être quelqu'un de tout à fait froid ou de tyrannique.

Dans les stratégies de protection, il y a essentiellement celles que nous partageons avec les animaux.... c’est toujours comme ça : Il y a l'agression, la colère ! Il y a la fuite ! Il y a la retraite ou simplement ‘je me mets en réserve.’ Et puis, il y a la soumission, la gentillesse. Il y a encore, faire le mort, stratégie très puissante, parce qu'à ce moment-là on ne répond plus, et notre entourage est paralysé. (Ajoutons: faire le caméléon, recourir à la manipulation, au mensonge délibéré ou inconscient).

Est-ce que jusque là, il y a une question, Isa?

Isa :

- Tu nous as bien expliqué ces ressources, ces primaires, ces ressources essentielles, leurs opposés, mais comment ça se gère, tout ça, à l'intérieur?

Adelheid :

- Alors, ça ne se gère en somme pas... Si c'est vraiment ‘survie physique’, c'est instinctif, instantané ! Si c'est ‘survie identitaire,’ c'est également instantané, comme chacun le sait, ici : on réagit au quart de tour ! La colère... on est hors de soi ! La colère a pris possession de nous. Ou bien, on est blessé... on a reçu une flèche, on est effondré. Ou bien, on refoule tout... et on fait ‘le gentil.’

Donc, c'est automatisé ! Dans ce sens-là, même si on pense être conscient... on ne l'est pas vraiment. On peut avoir ‘conscience de’ en réfléchissant. Mais, c'est si rapide que l’on n'en est pas vraiment conscient. Il faut comprendre aussi, qu'on est dans un monde manifesté : tout le temps en train de prendre forme !

Donc, ce Moi prenant conscience dont on parlait hier - qui est un espace vierge dans lequel notre personnalité et nos subpersonnalités vont apparaître - n’est pas perçu. (Du moins pas tant que l’on ne l’a pas consciemment suscité, cultivé.)

On ne vit pas dans le Moi prenant conscience. On peut y revenir, en faisant une pause et en observant ce qui s'est passé. Mais dans le fil de la vie... c'est à toute vitesse !

Isa :

- Alors, parfois, je suis plutôt la gentille, c'est ma ressource ; et parfois, vraiment, je ne dis plus rien; je ne sais pas me défendre, parce que quelqu'un agresse. Et il y a quelque chose en moi qui dit: ‘Mais enfin Isa, pourquoi tu fais ça?’Alors qui c'est ça?

Adelheid :

- Alors... ce sont ces opposés qui n'ont pas voix au chapitre. Et donc, la mise en pratique, du ‘Dialogue Intérieur,’ est, en particulier, également destinée à donner une voix à toutes celles que l'on a mises de côté, à ce que l'on n’a pas développé. Et c'est ce qui créera un équilibre dans la psyché.

Tout le monde n'a pas besoin d'avoir la même place, mais tout le monde a besoin d'avoir ‘une place’ et de pouvoir se manifester et collaborer à cette famille intérieure que les subpersonnalités peuvent former. Au début, elles n'ont pas conscience d'être une famille, elles sont juste là ! Au moment où on apprend à les connaître et à les aimer et à les écouter (depuis le centre de soi)... cela devient une famille, à l'intérieur de laquelle, on pourra créer la paix et le respect de chacun.

J’aimerais encore dire une chose, à propos des ‘primaires...’ c’est qu'il y a une sorte de ‘triumvirat de contrôle’ parmi les primaires. Il y a d'abord - ce qui est très important et qui nous permet d’être fonctionnel dans la vie - ...il y a le Législateur. Ce sont nos lois du bien faire, nos valeurs, notre éthique. Ça c'est le législatif ! Et il y a un exécutif, c’est-à-dire une censure, qui est là également ; elle est composée de deux subpersonnalités : le Critique intérieur, qui va censurer contre soi-même, et le Juge (c’est une convention de vocabulaire), qui va censurer vers l’extérieur, qui va critiquer autrui.

Et donc, c’est vraiment ce qui chapeaute l'ensemble des subpersonnalités primaires... pour qu'on reste acceptable et fonctionnel dans l’existence.


Isa :

- C’est ce qu'on va retrouver à peu près chez chacun, ces trois là !

Adelheid :

- Ces données-là, c'est chez tout le monde ! Et les écouter, c’est leur donner une place, apprendre à collaborer, en fait ! Il va se développer, en ‘Dialogue Intérieur,’ une collaboration avec les subpersonnalités... parce qu'elles seront respectées dans la famille intérieure et qu'elles auront le droit d’avoir une voix. Elles nous avertissent qu'on est en train d'aller dans une fausse direction, par exemple. Qu’on va se faire tort. Ou qu’un autre nous fait tort.

Mais, il n'y a pas encore de Moi prenant conscience à ce moment-là.

Et puis, derrière... cette armada, pourrait-on dire, de subpersonnalités primaires, il y a les subpersonnalités sensibles, vulnérables qui sont cachées derrière ces protecteurs.

Là, je veux encore dire quelque chose d'important à propos des ‘primaires.’ Elles sont comme des guerriers sur les murs d'un château; elles sont branchées sur le monde extérieur, entrain de scanner les dangers possibles ! Le Critique nous en avertit ; le Juge stoppe les autres. Pour cette raison, elles ne regardent pas vers nous, elles ne sont pas conscientes du fait qu'elles agissent par crainte, pour nous protéger. Par crainte que l'Enfant soit blessé. Elles protègent l’enfant. Mais elles protègent sur les murs extérieurs du château.

Pendant ce temps... le ‘Moi sensible et l'Enfant’ sont seuls à l’intérieur du château. On peut dire que la veuve et l'orphelin, restent dedans ! Et donc, les ‘subpersonnalités primaires’ ne se relient pas ! Elles interagissent... mais ne se relient pas par le Cœur. Pas encore ! Cela viendra plus tard ...au fil des facilitations.

 L’Enfant-Source nous attend au Cœur de notre forteresse

Maintenant, je vais encore vous parler, peut-être surtout de l’enfance, de l'Enfant... parce qu'au centre du château, au cœur du château, il y a le Cœur de l'Enfant. Et l'Enfant y est très très isolé... derrière cette armada de tout à l’heure.

L'Enfant, c’est le dépositaire de notre Moi-source. C’est ‘qui en nous’ est relié au divin, à la Source, au cosmos. C'est notre véritable trésor. C'est notre trésor de sensibilité.

Parmi les voix vulnérables qui sont cachées derrière les primaires, il y a d'abord essentiellement les voix sensibles, les voix créatives, les voix joyeuses, les voix magiques ! Et il y a, oui, il y a toute notre imagination, je dirais ! Il y a toute notre empathie ; il y a toute notre capacité de lien, tout le besoin qu’on a de se relier. Et, au fond, le lien passe précisément à travers l’Enfant. Il passe à travers la sensibilité, à travers le Cœur.

Et malheureusement, tout cela est caché ! Et l’Enfant est alors très très isolé. Cette nécessité de se protéger, fait qu'on va lui couper les ailes; on va l’enfermer. Il va être caché pour nous et pour les autres ! Et cela donne naissance à une autre partie des subpersonnalités vulnérables, ce sont celles qui sont blessées. Ou ce qu'on pourrait appeler le Moi souffrant ou Les moi souffrants... qui sont assez nombreux en nous. S'il y a d'un côté un Enfant magique, un Enfant joueur, un Enfant créatif... il y a aussi en nous un Enfant désespéré, un Enfant solitaire, un Enfant abandonné, un Orphelin dont on n'a pas conscience... tellement nous sommes occupés à trouver sa place dans le monde ! Et en perdant l'Enfant... on perd sa Source. On perd sa propre beauté, on perd son propre trésor.

Donc, le ‘Dialogue Intérieur’ va beaucoup s'occuper de l'Enfant intérieur. Cet Enfant intérieur, ce n'est pas seulement l'Enfant du passé. C’est l'Enfant qui reste vivant en nous pendant toute notre vie. Il est toujours là, puisqu’il n'y a pas de temps dans la psyché. Il est toujours là, présent, quel que soit notre âge !

Je vais dire quelques mots de la vulnérabilité chez l’adulte. Il y a trois secteurs, dans l’adulte que nous devenons, qui sont particulièrement sensibles ! C'est d'abord le parent en nous. On a beaucoup d'angoisses par rapport au bien-être de nos enfants, mais aussi de toute personne plus vulnérable dans notre entourage ou qui aurait besoin de soutien. Et cette crainte, fait de nous des ‘bons parents,’ si on peut dire. Et donc, c’est un secteur extrêmement sensible où il y a beaucoup de souffrance pour chacun. Parce que la vie est dure et compliquée.

Et puis, il y a la question du Moi masculin et du Moi féminin. Le féminin et le masculin sont des zones éminemment sensibles ; elles sont très identitaires. On a de grandes craintes de ne pas être une ‘vraie femme,’ un ‘vrai homme.’ De ne pas plaire, de ne pas conquérir quelqu'un qu'on pourrait aimer. On a des angoisses et des doutes sur notre identité sexuelle— qu’on soit un homme ou une femme. Donc, c’est aussi un grand domaine de vulnérabilité.

Maintenant, on continue cependant, à associer dans une certaine mesure, le Moi souffrant de l’adulte à l’Enfant intérieur. Pourquoi? Parce que, même si on est un adulte très compétent, dès l’instant où l’on est blessé... l’on se sent - au moins pour un moment - complètement démuni; impuissant, dysfonctionnel, atterré ! Et donc, dans ce sens là... on ‘redevient toujours comme un petit enfant.’

Et c’est vrai de la vieillesse, quand la vulnérabilité s'installe, quand on perd ses facultés, quand on perd sa vivacité. Et cela va très loin, parce que petit à petit, on va tout perdre. Au moment où l’on meurt, on a tout perdu. Et donc la vulnérabilité est accrue quand on prend de l'âge. Et, en ce sens-là, on retombe dans l’enfance, pas seulement par rapport à perdre ses facultés, mais parce que la sensibilité devient extrême.

Le Dialogue Intérieur va beaucoup beaucoup s'occuper de ces voix vulnérables qui sont derrière les voix primaires. Pour leur donner une place dans notre amour, dans notre bienveillance. Et puis aussi, dans un but que nous verrons plus tard... celui de re-parenter cet Enfant. C’est possible de re-parenter l’Enfant, de guérir le Moi souffrant—ou tout au moins de l'apaiser. Les souffrances naissent dans l'enfance. Mais, il y a une gradation ! Parce que chaque fois qu'il se produit quelque chose d’analogue, quelque chose qui nous rappelle ces blessures initiales - qui peuvent être héréditaires ou qui peuvent être simplement réactivées dans cette vie là - cela peut devenir très intense et nous mobiliser complètement ! Et nous empêcher de contribuer, de partager, d’exister... Et surtout d'être créatif, d’être spontané, d’être heureux, je dirais !

Est-ce que vous avez une question?

Isa :

- Donc, ce que l’on comprend-là, ce sur quoi tu attires notre attention, c'est que l'Enfant est toujours là. Il est toujours là, même si on est des adultes. C'est pour ça que ce sera important de savoir comment on va pouvoir, de quelle façon précise on va pouvoir être en relation avec lui.

Adelheid :

- Oui. Ce sera important. On en reparlera.

L'Enfant est la seule subpersonnalité à laquelle on va donner... car les ‘primaires,’ elles, se tiennent autour de nous (gestes vastes) et les ‘opposés aussi ; ils ont toujours une place à l'extérieur (gestes vastes), dans la famille (geste englobant) ! Mais l'Enfant, lui, on peut le mettre dans le Cœur (main sur le Cœur). Et le Cœur est à l'intérieur du corps ; il est au milieu de la poitrine. Il est vraiment au Centre de nous !

Je ne sais pas si je réponds à ta question?

Isa:

- En tout cas, ce que je comprends, c’est que ça va être une belle façon d'avoir de la paix en nous. Lorsque nous nous sommes présentés, plusieurs d'entre nous avaient dit : ‘Ce que j'ai acquis avec le ‘Dialogue Intérieur,’ c'est la paix. Et je crois que c'est par ce biais-là, par cette action-là, par cet accueil que la paix est là, en nous.

Adelheid :

- Tout à fait. Et cela va créer quelque chose d’important et d’étonnant...dans une époque, la nôtre, en ce 21e siècle où tant de personnes doivent changer de carrière, parfois aux deux tiers de leur vie.

Si l'on veut trouver une nouvelle inspiration, dans une nouvelle profession, ce qui d’ailleurs à été mon cas, ce sont les rêves de l'Enfant, c’est l’enthousiasme de l'Enfant, c’est- ce que l'Enfant aime... qui pourra nous donner cet élan. Parce qu'on ne réussit que dans ce qui nous donne de la joie, dans ce qui est relié à une profonde motivation. Et ces motivations, elles sont au cœur de l'Enfant. Au cœur de ce que l'Enfant a aimé, imaginé, voulu, espéré ! C'est sur cette base que l'on peut investir une nouvelle profession ou même la première profession qu'on va entreprendre.

Il y a un philosophe, enseignant américain très connu, qui s'appelle Joseph Campbell. Quand ses étudiants lui demandaient: ‘Quelle carrière choisir?’ Il leur citait William Blake, en leur disant cette parole en anglais: ‘Follow your bliss !’ Suis ta félicité ! Et donc, écouter l’Enfant, c’est suivre sa félicité.

Isa:

- Merci Adelheid, c’est très clair.

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​L'ATELIER DU DIALOGUE INTÉRIEUR © Adelheid Oesch 2021