SÉQUENCE II

Conscience cosmique et personnalité de survie

Adelheid :

- Bonjour ! Bienvenue dans cette nouvelle journée.

Pour poser un peu, les structures générales du ‘Dialogue Intérieur,’ je sens que c'est bien de commencer par dire quelque chose de la conscience.

Qu'est-ce que la conscience ?

Isa :

- Qu'est-ce que la conscience ? Ça, c'est une grande question.

La conscience… se pose comme un ‘espace vide’ qui nous permet, et

permet à toutes choses, d’apparaître et de s’effacer clairement en elle.

Adelheid :

- Bien sûr, tous les philosophes, de tous les temps, s'y sont déjà penchés ! Donc, c'est simplement une proposition personnelle que je vais faire. La conscience, je la pose comme un espace vide... ce qui permet aux choses d'apparaître ; d’apparaître en elle. Après, il y a un deuxième temps, c'est que la conscience est aussi une Présence, en fait. Et que c'est cette présence qui permet d'entrer en lien avec ce qui va apparaître.

Véronique :

- Est-ce que tu peux me donner une image peut-être, pour que je comprenne mieux ce dont tu parles ?

Adelheid :

- Alors, on peut prendre une métaphore assez simple... qui est celle d'une pièce qui est encore vide. Et cet espace vide, on peut le meubler. Il va se meubler ; on va y mettre des meubles et des objets. Et, à ce moment-là, c'est l'espace vide entre les meubles et les objets qui permet de les voir clairement; de les voir apparaître clairement et distinctement, par comparaison et parce que chacun est entouré d'espace.

En ce qui concerne l'enfant, l'enfant à naître, on peut dire qu'il a une double dimension. Il a une conscience qu'on pourrat appeler cosmique, qu'on pourrait appeler Dieu. Et à ce moment- là, c'est une dimension de notre Enfant-Source. Et cet Enfant-Source, il est semblable à cet espace vierge qui est relié à la Source.

Maintenant l'enfant, a aussi une hérédité. L'enfant biologique a une hérédité : des contenus, des contenus psychiques et physiques qui remontent sur des générations. Et on pourrait comparer cet héritage avec lequel il vient, à un paquet de graines qui sont là en attente, en attente de pousser dans l'incarnation, en attente de se manifester dans cet espace cosmique de la conscience de l'enfant.

Et là, on va en venir à une conscience plus personnelle.

Isa :

- Qu'est-ce qui se passe avec ces graines, pour l'enfant? Pour la conscience de l'enfant?

Adelheid :

- Au moment où l'enfant est conçu, il y a un contexte qui se manifeste: disons, ses parents, les conditions de la gestation, les conditions sociales, le siècle dans lequel il naît, la religion dans la quelle il naît, une société donnée.

Alors ça, ce sont des terrains et des cultures. Et à ce moment-là, ce à quoi il est exposé, le terrain auquel il est exposé - par ses parents d'abord et par son entourage immédiat - va d'une certaine manière arroser, faire croître certaines de ces graines. Il y a les graines qui croissent parce qu'il y a un contexte douloureux, et puis il y a les graines qui croissent parce qu'il y a un contexte soutenant, affirmatif, aimant. Et puis, ça va faire un ‘paysage de la personnalité.’

Après cela, on peut encore concevoir une autre chose par rapport à ce point de départ où l’on voit - juxtaposées - une conscience cosmique et une conscience personnelle. C'est que l'enfant a un premier devoir, un devoir initial, absolument nécessaire, qui est de survivre. Et pour survivre, il doit être protégé par son contexte. Donc, immédiatement, par rapport à ces paramètres qui font croître certaines graines intérieures, il va développer ce qu'on appelle une personnalité de survie. En ‘Dialogue Intérieur,’ on l’appelle ‘personnalité de survie;’ on peut aussi dire que cela s'appelle l'ego.

Véronique :

- Est-ce que tu peux clarifier en peu ce que tu entends par ‘personnalité de survie;’ nous donner une compréhension en images ?

Adelheid :

- Si je ne me fais pas - déjà in utero - accepter et aimer et soigner par la personne qui s'occupe de moi (en général, c'est plutôt la mère et le père), je ne vais pas survivre!

Quand l'enfant biologique arrive... (il est déjà impuissant dans la matrice, en fait) ...et quand il naît, il est toujours encore impuissant à prendre soin de lui-même. Et donc, immédiatement, il va développer une personnalité protectrice dont on parlera un peu plus tard... qui va être son caractère. Il y a ceux qui se protègent, par exemple, en étant gentils; il y a ceux qui se protègent en se mettant en colère, en réclamant quelque chose. Il y a ceux qui se protègent en se taisant, en se disant : ‘Je serai mieux accepté si je ne dis rien, si je ne pleure pas, si je ne fais pas de drame.’

Toutes ces réactions, qui dépendent du contexte et de l'héritage de l'enfant, (lequel n'arrive pas du tout comme une page blanche en ce sens), vont déterminer sa personnalité. Et on dit survie, parce que s’il n'est pas protégé, il va mourir. Et si il n'arrive pas à avoir un lien avec

son entourage, il mourra psychiquement ou il sera dysfonctionnel psychiquement.

Claire :

- Est-ce que cela a un rapport avec ce qu'on a pu observer chez certains enfants qui, effectivement, étaient nourris; dont le corps était nourri (il recevait le lait qu'il fallait etc.) mais, par contre, il n'y avait pas forcément de lien affectif évident pour eux. Et finalement, ils étaient un peu dans un mort psychique ou une dépression.

Quel rapport fais-tu entre cette matrice nécessaire pour que l'enfant grandisse, entre les besoins naturels physiques et des besoins relationnels affectifs ?

Adelheid :

- Alors, ça va être un équilibre entre le besoin physique et le besoin affectif. Le besoin affectif, c'est un lien du cœur; c'est quelque chose de plus mystérieux qui circule... Par exemple, entre le cœur de la mère et le cœur du bébé, déjà lorsqu'il est dans le ventre, bien sûr. Tout de suite. Et peut-être, qui sait, déjà avant la conception; cela peut se préparer. On peut déjà se mettre en lien avec l'enfant à venir.

Et alors, juste pour conclure, je veux dire qu'on verra (dans une Séquence ultérieure) que le ‘Dialogue Intérieur’ propose une façon de recréer le lien qui a été lacunaire dans la petite enfance ou même in utero. Et cela en tout temps, puisque dans la psyché, il n'y a pas de temps, et que cet enfant biologique va devenir l'Enfant intérieur de la personne, et être présent - perpétuellement présent et vivant - ici et maintenant, pendant toute notre vie !

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​L'ATELIER DU DIALOGUE INTÉRIEUR © Adelheid Oesch 2021