SÉQUENCE XII

Aimer sans jugement, donner à chacun la permission d’être... C’est pardonner au monde et à soi

Adelheid :

- C’est important de comprendre que la paix n'est pas quelque chose d’abstrait.

C'est la conséquence de l'accueil qu'on peut avoir de tout ce qui nous habite; de l'accueil, autant de ce qui nous donne de la joie que de ce qui nous fait de la peine. L’accueil, autant des subpersonnalite qui sont des ressources et qui nous conviennent... que de celles qu'on aurait tendance à rejeter ou à laisser dormantes. Dans la paix, personne ne doit rester en-dehors à l'intérieur de nous, personne ne doit être exclu.

Peut-être qu’on pourrait aussi dire - je n’ai pas parlé de cela encore - que naturellement, on ne peut pas accepter tous les comportements, et que l’on doit mettre un terme à des comportements destructeurs et prédateurs.

Ceci dit, je crois profondément en ‘regarder, porter son regard, convertir son regard - toujours - pour aller vers la Source en chaque être, en chaque personne, en chaque

subpersonnalité ; et cela quel que soit son genre, quelle que soit son apparence et son comportement. Je crois qu’à ce moment-là, on éveille en elle cette Source d'amour et de paix qui est en chacun. Et là aussi, c'est se fonder sur cet ‘accueil de tout,’ sans rien omettre, ni personne, ni rien.

Souvenons-nous que tout sur cette terre est une personne ! La moindre pierre au bord du chemin, tout arbre, tout animal, tout insecte, toute bactérie. On peut aller très loin avec ça... les étoiles, le cosmos, et naturellement nos frères humains; oui... Tout est une personne ! Même l'ordinateur. Il marche beaucoup mieux quand on l’aime; marche beaucoup mieux quand on le comprend, ça certainement.

Cette vision qui date de mon enfance - que tout est une personne et doit être accueilli comme tel, aimé comme tel, respecté comme tel ! - c'est complètement transformateur, parce que cela nous ouvre un monde de relation totalement universel et sacré.

Alors, finalement, il faut conclure.

Et pour conclure, je vais vous raconter une petite histoire qui, je crois, est une histoire vraie. Elle a été rapportée par Richard Wilhelm (Allemagne 1873-1930), un sinologue, un savant, un philosophe. Richard Wilhelm a vécu longtemps en Chine. Il est l’un des premiers à avoir traduit le ‘Livre des Transformations,’ le Yi-King. Et c'est l’une des meilleures traductions qui soit. Et là, tout au début, il raconte cette petite histoire. L’histoire du ‘Faiseur du Pluie.’

    ‘’Il raconte que lorsqu'il séjournait dans un village, dans la campagne chinoise, c’était une période de sécheresse. Et les villageois n'avaient bientôt plus de riz. On était au bord de la famine, ce qui sûrement était assez fréquent en ce temps, et peut-être encore aujourd'hui.

Et les villageois décidèrent à ce moment-là, d'envoyer une délégation pour chercher un

Faiseur de pluie dans un autre village. Et puis, ils ont préparé un sac de riz, presque le dernier, pour l'apporter en offrande à se Faiseur de pluie et l'inviter à venir.

Au bout de quelques jours, la délégation revient avec le Faiseur de pluie. Les villageois, impatients de le recevoir et tout joyeux, lui disent: ‘Alors dis-nous ce dont tu a besoin pour tes cérémonies. Veux-tu des tambours, des clochettes ? Veux-tu qu’on prépare une estrade de fête?’ Et là, le Faiseur de pluie leur répond : ‘Écoutez, non ; je n'ai besoin de rien... juste d’une hutte, un peu en bordure de village, en un lieu tranquille, et que vous mettiez chaque matin un bol de riz devant ma porte.

Alors, les villageois sont déçus ; ils commencent déjà à s'interroger. Mais bon, ils respectent son vœu. On lui donne sa hutte. On lui apporte le bol de riz au matin, au premier matin. Et puis, silence ! On n’entend rien ; pas de chants, pas de mélopées, pas d'incantations, pas de clochettes, pas de tambours. Bon, les villageois patientent. Le deuxième jour, on remet le bol de riz. Les villageois commencent à murmurer en disant: ‘On n’entend toujours rien. Cet homme est peut-être un imposteur ! Qu'est-ce qu'il fait là... d'autre que de manger notre dernier riz?’ Toute la journée se passe dans les murmures, les récriminations, le mécontentement. Vient le troisième jour... et le bol de riz. Toujours rien ! Et là, la colère gronde, la colère monte et les villageois disent : ‘Eh bien, puisque c'est comme ça, on va le saisir au collet et le jeter à la porte du village.’ Enfin, ils commencent à discuter comme ça.

Mais, juste à ce moment-là, de gros nuages noirs s’amassent dans le ciel et tout le monde court chercher des récipients, des jarres et tout ça. Et voilà que... vers la fin du troisième jour, la pluie tombe en quantité, en quantité, comme ils n'ont plus vu depuis longtemps!

Et Richard Wilhelm raconte que sur ces entrefaites, il va interroger le Faiseur de pluie. Entre quatre yeux. Et il lui dit: ‘Mais enfin, qu'avez vous fait pour faire tomber la pluie? Et le Faiseur de pluie lui a fait la réponse suivante, il lui a dit :

‘Eh bien, la sécheresse, la famine, c’est signe de désordre dans le monde.’

Et on peut dire, que dans notre 21ème siècle, ce désordre est très présent ! La famine est dans beaucoup de pays. La terre est en désordre, elle est en chaos. On a tout ce dérangement

climatique, ces tornades et ces tsunamis et ces tremblements de terre qui semblent s’intensifier.

Et le Faiseur de pluie ajouta :
‘Eh bien, puisqu’il y avait du désordre dans l’univers, et dans ce village peut-être, je me

suis simplement assis, en silence... Et j’ai mis de l’ordre en moi-même.
Et quand j'ai pu mettre de l’ordre en-moi-même, au bout de ces trois journées, la pluie est

tombée.’’

Cette petite histoire, je crois, c'est aussi celle du Dialogue Intérieur. Et moi, je ne peux jamais y penser, sans sentir une émotion. Oui, parce que je trouve cela si beau et si vrai. Et que je crois que la Paix, si jamais elle doit venir... et la Conscience - si elle doit nous advenir à une large échelle -, elle viendra à travers cette ‘paix intérieure’ que nous saurons établir en nous-mêmes. Mon expérience de 28 années de pratique, c'est que le Dialogue Intérieur est un instrument merveilleux qui nous y conduit.

Et puis, juste, finalement, pour dire un dernier mot, je voudrais - enfin je propose - que nous qui sommes ici, et aussi tous ceux qui regarderont cette vidéo dans l’avenir, nous l'espérons, (une vidéo, je dois dire, artisanale et simple), ...que tous ensemble, on dédie ce travail, et ce qu'il contient, au bien de tous les êtres.

C’est une prière bouddhiste. L’on y consacre tout ce qui réussit, comme aussi tout ce qui ne réussit pas, tout ce qui serait encore plein d'imperfections et même nos mauvaises actions... Une prière où tout est dédié, chaque jour, au bien de tous les êtres !

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​L'ATELIER DU DIALOGUE INTÉRIEUR © Adelheid Oesch 2021