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HISTOIRE DU SAINT MILAREPA | TIBET XIe s.

Le chemin de sa délivrance, raconté à son disciple Rétchung.

Transcrit au XVe s.

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‘Milarépa, ses méfaits, ses épreuves, son illumination.’

Traduit par Jacques Bacot en 1925. Ed. Fayard (260 pages)

Un texte considéré comme un des grands documents spirituels de l’humanité

UN CONDENSÉ EN 32 PAGES DE CE TEXTE ORIGINAL

EXTRAITS CHOISIS ET RASSEMBLÉS PAR ADELHEID OESCH ©

Thème d'une Séminaire de Sept journées en 2016

Introduction

   L’histoire qui nous est contée est le récit  d’une quête et d’une progression spirituelle dont les étapes se retrouvent dans toutes les traditions religieuses. Ces étapes font partie de l’expérience de toute vie. Il s’agit donc d’en faire une lecture symbolique, à la fois universelle et personnelle, sachant  qu’elle révèle, à chacun de ceux qui la méditent, une vision sacrée de son propre vécu et des enseignements dont ce vécu est porteur.

     Point n’est besoin de changer de religion… vous pouvez rester chrétiens tout en vous identifiant au cheminement de Milarépa ! Vous pouvez y reconnaître de nombreux parallèles avec les enseignements et la vie de Jésus.

    Cette histoire, je la découvris dans la bibliothèque de mon père et la lus pour la première fois en 1953, à l’âge de 14 ans. Elle prit feu en moi et me laissa une empreinte inoubliable.

    Point n’est besoin d’avoir rencontré un Maître spirituel incarné, car le Maître se cache en toute personne rencontrée, en toute  situation à laquelle la vie nous confronte. 

   Tout parcours dans lequel on s’engage, au service duquel on se donne par amour, par nécessité, avec foi et conviction  - fut-ce pour le bien ou pour le mal - nous instruira si l’on en fait un vecteur de conscience. Tout ce qui nous arrive, tout ce que l’on observe écoute et ressent... peut nous réveiller, nous inciter à cultiver l’Amour et de Détachement qui libèrent les êtres ; peut nous révéler ‘l’Essence  lumineuse et vide de l’Esprit’ qui est notre Nature propre…  cachée, voilée, par les apparences,  par les contraires, par la diversité de nos caractères, par les formes que nous prenons et celles qui nous entourent.

Milarépa dit de lui-même : 

A. ‘Dans ma jeunesse, j’ai commis de noires actions.

B.  Dans l’âge mûr, j’ai pratiqué l’innocence.

C.  Maintenant, également affranchi du bien et du mal… 

D.  J’ai épuisé toutes les raisons d’agir.’

(p. 33-37 du Texte de J. Bacot )

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Découvrir le cheminement spirituel de Milarépa

Vers une compréhension de notre Nature essentielle

Construire pas à pas une relation éveillée au Soi

EN PROGRESSANT AU FIL DU TEXTE

EN 14 JOURS DE RÉFLEXION MÉDITATIVE

SOMMAIRE

XII.   Le Nirvana. Milarépa chante son ultime enseignement depuis l’au-delà.                    Le Récit des disciples

 

Le Récit

Les citations du texte original, traduction Jacques Bacot, sont en italiques

De courts ajouts d’Adelheid relient ces extraits et sont en caractères droits.

Première semaine

LUNDI

Prologue

   Appelé auprès de son Maître par un Songe, Rétchung demande à Milarépa de lui faire le récit de sa vie et de son enseignement du Mahayana. 

(Mahayana grand véhicule, versus Hinayana petit véhicule).

L’appel intérieur. La vocation. Le songe de Rétchung. L’écoute.

Extraits des p. 33-37 du texte original ‘Milarépa, ses méfaits, ses épreuves, son illumination.’ 

Traduction Jacques Bacot en 1925. Ed. Fayard (260 pages.)

  « Rétchung vivait en prières dans sa cellule. Pendant toute une nuit, il fit un Songe :
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   ’Il entra dans une grande Ville dont les maisons étaient bâties et dallées de matières précieuses. Les habitants de cette ville étaient vêtus de soie et parés d’ornements… Leurs visages étaient beaux et agréables à voir,  car ils ne parlaient pas, mais ils s’adressaient des sourires et ils échangeaient des regards.

   Parmi eux se trouvait une disciple, Bharima…  Elle était vêtue d’une robe rouge.  Elle dit à Rétchung : ‘Petit-fils, te voilà, sois le bienvenu.’ Ayant dit, elle le conduisit dans une maison remplie de richesses inépuisables. Et elle l’honora comme un hôte par un festin, le réjouissant abondamment de nourriture et de boisson.

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    Puis elle lui dit : ‘En ce moment, le Bouddha enseigne, désires-tu l’entendre ? Si tu désires l’entendre, je lui demanderai.’ Désirant beaucoup l’entendre, Rétchung répondit oui. ‘Eh bien allons.’ Et ils partirent ensemble.

 

    Au centre de la Ville, Rétchung vit un trône large et élevé en matières précieuses. Sur ce trône le Bouddha Immuable… enseignait au milieu d’un océan de disciples. A cette vue, ivre de bonheur et d’allégresse, il pensa tomber privé de sentiment. Alors Bharima lui dit : ‘Petit-fils, reste ici un moment. Je vais demander l’agrément du Bouddha.’

Elle alla et fut exaucée. Conduit par elle, Rétchung arriva au pied du Bouddha et se prosterna. Il lui demanda sa bénédiction et demeura en face de lui, écoutant l’enseignement.

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Bouddha souriant

   Comme le Bouddha le fixait un moment en souriant, Rétchung se dit : ‘Il pense à moi avec miséricorde.’  Et comme il entendait l’histoire des Bouddhas et des Boddhisattvas… ses poils se dressèrent

 

    Le Bouddha narra l’histoire de Tilopa, Naropa et Marpa… Et les auditeurs, entendant cela, sentaient leur foi grandir. Le Bouddha dit encore : ‘Demain, je dirai l’histoire de Milarépa… qui en une vie et un corps a atteint une égale perfection.’

   Alors Rétchung pensa : ‘Les demeures du Maître sont au Tibet. Tous ces propos n’ont d’autre but que de réveiller mon ardeur. Aussi je dois absolument demander l’histoire du Maître pour le salut des créatures.’  Bharima le prit par la main et le secoua en disant : ‘Petit-fils, tu as compris. ‘Petit-fils, tu as compris.

     C’est alors que Rétchung se réveilla. Et au même moment, l’aurore se levait….  Cessant de méditer, il prépara son repas. Quand il fut rassasié et réjoui, il alla trouver le Maître. Et ressentant pour Milarépa une vénération extraordinaire, il le priait du fond du cœur et du milieu même de ses os : ‘ O Maître précieux, pour notre joie à nous tes disciples, pour les heureux qui se convertiront et seront tes disciples dans l’avenir, enfin pour mener les autres créatures sur la voie du salut, Maître précieux, au cœur aimant… raconte-nous ton histoire et tes œuvres.’  Il pria ainsi.

 

   Alors le Maître, avec un visage souriant lui répondit :

‘Rétchung, parce que tu le demandes, j’exaucerai ta prière.

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Une vénération extraordinaire

 

I.  Mon enfance.  Bonheurs et épreuves.

(p. 38-51 du Texte de J. Bacot )

   ‘L’année du Dragon-d’eau, au début de l’automne le 25e jour de la lune, sous une bonne étoile ma mère m’enfanta…. Mon père fut rempli de joie. Il s’écria : ‘ Ah merveille ! Il n’y a jamais eu qu’un fils (à chaque génération).  Ce fils qui m’est né - puisque cette nouvelle apporte de la joie - je l’appelle ‘Bonne-Nouvelle’…  

    Je fus élevé avec amour. N’entendant que voix douces, j’étais heureux… Dans ce pays nous étions influents par la parole et tout-puissants…

    Vers mes sept ans, mon père, Trophée-de-Sagesse, consumé par une maladie terrible, et certain de mourir, fit un long testament… dans lequel il confiait à son frère la protection de sa femme, de son fils et de sa fille et la gestion de tous ses biens,  disant…

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Paysan et son yak

  ‘Mes biens en montagne : yacks, chevaux et moutons ; en vallée : le champ Horma-Triangulaire ; dans le grenier les ustensiles, l’or, l’argent, le cuivre et le fer, les turquoises, les étoffes, la chambre aux grains, ne devront pas être convoités.  Prélevez une part pour les dépenses… Quant au reste, je vous les confie jusqu’à ce que mon fils prenne possession de son héritage…

   Sans écouter, mon oncle prit les biens masculins, ma tante les biens féminins. En été nous étions les serviteurs de l’oncle et en hiver ceux de la tante. Notre nourriture était celle des chiens, notre travail celui des ânes…

   Lorsque j’atteignis ma quinzième année. Ma mère invoqua le testament, mais l’oncle et la tante nièrent nous devoir quoique ce soit, disant : ‘Sont-ce tes biens ?  Ce n’est pas moi qui les ai. Les aurais-je que je ne vous les donnerais pas, orphelins. Aussi, si vous êtes riches, faites-nous donc la guerre. Si vous êtes pauvres, jetez-nous des sorts….’

 

     Au pays de Tsa, il y avait un maître magicien Gnimapa. Ma mère m’envoya chez lui pour apprendre à lire… Ma mère faisait le travail commun. Ma sœur courait dès le son du tambour, courait quand les fumées montent, pour gagner quelque nourriture et quelque habillement. Souffrant de la faim, les vêtements en loques, nous n’avons pas été heureux. 

MARDI

A.‘Dans ma jeunesse, j’ai commis de noires actions… ( II )

II. Disciple du mal.

(p. 52-59 du Texte de J. Bacot )

   Alors que j’étudiais, un jour j’accompagnais mon Maître à un banquet. Buvant beaucoup de bière mon maître fut ivre. J’étais ivre aussi. Le chemin passait devant ma maison et j’arrivai ainsi tout en chantant jusqu’à la porte même de chez moi. Ma mère m’entendit : ‘Qu’est-ce se dit-elle? Cette voix ressemble à la voix de mon fils. Il n’y a pas plus misérables que nous sur la terre. C’est trop inconvenant à lui de chanter…. Elle prit un bois dans une main, une poignée de cendre dans l’autre. Elle me lança la cendre au visage, me frappa du bâton dur la tête, et elle s’écria : ‘Père Trophée-de-Sagesse, voilà le fils que tu as engendré. Tu n’as plus de descendance.’ Et elle roula par terre privée de sentiment….

 

   Et comme elle pleurait, je me rendis compte de la réalité. Alors moi aussi je versai beaucoup de larmes. Je dis à ma mère : ‘ Ne sois pas affligée, je ferai tout ce que tu désireras que je fasse….’ 

   La mère lui dit : Je désire qu’ayant appris à fond la magie, l’envoûtement et la grêle, tu détruises ton oncle et ta tante, puis les gens du pays et les voisins qui nous ont fait du mal… Si tu reviens sans avoir manifesté dans le pays des signes de ta magie, je me tuerai sous tes yeux.’

Alors je promis et nous nous séparâmes. 

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Sorcier

 
 

L’engagement au mal

 

    Et je pris la route avec quelques compagnons. Un moine nous informa :

‘Au pays de Kyorpo habite un lama nommé ‘Homme-Vainqueur-Irrité -qui Enseigne-le-Mal.’  Il a un grand pouvoir en envoûtements et incantations terribles. 

Quand je me présentai devant le lama je lui donnai tout et lui dis : 

   ‘Je t’offre mon corps, ma parole et mon cœur… accorde-moi le plus puissant des sortilèges qui puisse se manifester dans mon pays.

 

   Quand il nous eut donné à peine quelques incantations, un an s’était écoulé. Tous mes compagnons se préparèrent à partir. Ils me demandèrent : ‘Bonne-Nouvelle, tu ne pars pas ? Je répondis : ‘Je n’ai pas appris assez de magie pour m’en aller...’

    Tandis que je retournais auprès du lama, je ramassai des fientes de cheval et d’âne, des bouses de vache. J’en remplis le devant de mon vêtement. Creusant un trou dans le champ nourricier et fertile du lama, je les cachai dedans. Le lama qui était sur la terrasse de sa maison me vit. Il dit à quelques disciples : ‘Combien de disciples sont déjà venus devant moi ! Il n’en est pas venu de plus aimant que celui-là…’ 

    Comme je faisais mon service, il me dit : ‘Bonne-Nouvelle, pourquoi n’es-tu pas parti ?’ Alors je rendis au lama mon vêtement et lui dis : ‘ Lama précieux, nous sommes trois, ma mère, ma sœur et moi. Mon oncle, ma tante, des gens du pays et quelques voisins, à force de traitements indignes nous ont jetés dans la misère. Je n’avais pas la force de me défendre. C’est pourquoi ma mère m’a envoyé apprendre la magie. Si je retourne dans mon pays sans qu’un signe se soit manifesté par mes soins, ma mère se tuera sous mes yeux. C’est pour qu’elle ne meure pas que je ne suis pas parti.’ Ayant ainsi parlé, je pleurai. Avec des sanglots, je racontai comment mourut mon père et comment l’on nous accabla de misère. Alors des larmes tombèrent une à une des yeux du lama. Puis il dit :’ Pour cette même magie, on m’a offert des richesses innombrables. Toi seul m’as donné ton corps, ta parole et ton cœur. Je vais rapidement examiner tes dires.’

    Maintenant, puisque tu es sincère, il te faut aller auprès d’un autre maître pour lui donner mon secret et en apprendre un autre en échange… Il est grand médecin et grand magicien.

 

    Milarépa, chargé de présents par son lama, entreprend une nouvelle étape de son voyage et de son apprentissage. Son nouveau maître, lui impose de nouvelles conditions : 

 

    ‘Construisez sur la croupe de cette montagne, une cellule qui vous mette hors de l’atteinte de la main de l’homme.’

Nous fîmes une maison de trois étages sous terre et un seul étage au-dessus du sol. Nous donnâmes à cet étage de bonnes poutres liées côte à côte. Nous l’entourâmes d’une enceinte continue de blocs de pierre gros comme des yaks. Alors le lama nous donna l’incantation magique qui conduit au doigt la grêle….  (p. 52-59)

Colère et vengeance.   (p. 60-71)
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Sorcellerie

   A l’occasion d’un banquet au pays de Milarépa, les écuries, le bétail, la maison, furent attaqués par des scorpions gros comme un yack et d’autres bêtes effrayantes.

 

   Sous les décombres de la maison, écroulée, les fils de mon oncle, ses belles-filles et les autres,  en tout 35 personnes, furent tués.Ma mère eut un cri de joie… ‘Voyez !... puissé-je encore vivre longtemps, car le moment est venu de contempler un tel spectacle offert par mon fils. Voyez quel sera mon bonheur à partir d’aujourd’hui !’ Tous ceux même qui étaient dans leurs maisons entendirent ma mère crier sa vengeance. Quelques-uns dirent :’ Elle a raison. D’autres dirent : ‘ Il est vrai qu’elle a raison, mais elle parle trop…’

   ‘Le lendemain le lama revint et dit : ‘Il reste deux personnes à détruire. Faut-il les détruire ou les laisser ?’ Plein de joie, je dis : ‘Veuillez les laisser pour qu’ils reconnaissent ma vengeance et ma justice.’ C’est ainsi que  l’oncle et la tante furent gardés.

 

    Alors les gens du pays se concertèrent pour faire tuer Bonne-nouvelle et sa mère. Celle-ci fit porter à son fils, un message pour qu’il envoie encore de la grêle jusqu’à neuf couches de pisé, et pour qu’il se mette à l’abri loin de son pays.  Elle forgea aussi une lettre comme si elle venait de son fils, où il lui disait:

   ‘Si les gens du pays continuent à vous montrer une haine particulière… je détruirai ce pays jusqu’à ses vestiges…. ’ Elle fit en sorte que tout le monde la vît. Alors tous changèrent de sentiment. Ils reprirent à mon oncle le champ Horma-triangulaire et le lui rendirent. 

 

   Milarépa, pour obéir à sa mère envoya encore une grêle qui anéantit les moissons de tout le pays. Telle fut l’œuvre mondaine de Milarépa.   (p. 60-71)

 
 
MERCREDI

B. Dans l’âge mûr, j’ai pratiqué l’innocence… ( III à VI )

III. Repentir et conversion. Décision.

La rencontre avec mon Maître Marpa

(p. 74-84 du Texte de J. Bacot)

    ‘’Alors Rétchung demanda…’ Comment Maître es-tu entré en religion ?’ Et le vénérable Milarépa  continua ainsi :

    J’étais rempli de remords pour le mal que j’avais fait par la magie et la grêle. Le désir d’un enseignement (spirituel) était tel que j’en oubliais, le jour, de prendre de la nourriture. Si je sortais, j’avais envie de demeurer. Si je demeurais, je désirais sortir. La nuit je fuyais le sommeil. Je n’osais avouer ma tristesse, ni mon désir de délivrance, ni ma conversion. Tandis que je demeurais, faisant le service du lama, je me demandais sans cesse passionnément par quel moyen je pourrais pratiquer la vraie doctrine…

 

    Eh bien, dit le lama, puisque ton ardeur et ta foi sont si grandes, pratique la doctrine la plus pure.’ Et il me donna un yack et sa charge de drap fin… 

 

   Je fis une première étape auprès d’un lama qui me dit : ‘Ma doctrine est la doctrine très parfaite…. La méditer le jour, c’est être Bouddha. La méditer la nuit, c’est être Bouddha.

Alors je songeai : ‘Voici maintenant une règle encore plus facile que celles de la magie et de la grêle… Moi aussi par cette rencontre je suis un de ces fortunés Boddhisattvas. Ainsi, pensant triompher sans vraiment méditer, je passai le temps à dormir…

Voyant cela le lama me dit : ‘ Fier de ma doctrine, je t’ai parlé trop tôt. Je ne ferai pas ton salut. Rends-toi au monastère de la Vallée des bouleaux. Là vit un dénommé Marpa, disciple personnel du parfait Naropa, et roi des traducteurs…. Lui et toi vous êtes en communion spirituelle depuis vos vies antérieures. C’est pourquoi vas-y.’

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Milarépa disciple

Repentir et conversion

   A peine avais-je entendu ce nom du traducteur Marpa que je fus rempli d’un bonheur ineffable. Dans mon allégresse mes poils frémirent. Je sanglotai dans mon adoration fervente. Enfermant toute mon âme en une seule pensée, j’emportai mon viatique et un livre. Sans distraire ma pensée sur un autre objet, je me mis en route, me répétant sans cesse : ‘Quand sera-ce, quand sera-ce, que je verrai le lama face à face ?

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Naropa

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Marpa

    La nuit qui précéda son arrivée Marpa vit Naropa dans un songe. Celui-ci le bénit. Il lui donnait un sceptre à cinq branches en lapis-lazuli et légèrement souillé; en même temps, il lui donnait un vase d’or rempli de nectar pour le purifier. En lui disant : ‘Lave la souillure dans l’eau de ce vase pour le plaisir des dieux et le bonheur des créatures.’ Marpa s’éveilla, il se senti rempli d’allégresse et d’amour…. Marpa comprit qu’un disciple hors du commun allait se présenter à lui.

 

    Poursuivant mon chemin… sur le bord de la route, je vis un moine de haute taille et corpulent, aux larges yeux et à l’air terrible  qui labourait son champ. A peine l’avais-je aperçu que je fus rempli d’une joie indicible.

Lui me regarda des pieds à la tête pendant un long moment.

 

    ‘Qui es-tu ?’ Je répondis : ‘ Je suis un grand pécheur.

Marpa a une si grande renommée que je suis venu implorer

de lui sa doctrine.’ Eh bien, répondit-il, je vais prévenir

Marpa, pendant ce temps laboure ce champ. 

Un  enfant qui m’avait déjà indiqué la route peu auparavant vint me chercher. ‘Viens à la maison pour le service du lama, me dit-il à ma grande joie. Comme il était impatient de m’introduire auprès du lama, je lui dis : ‘Moi,  je suis impatient de terminer ce labour. Et je labourai le peu qui me restait à faire. Comme ce champ avait été l’occasion de ma rencontre avec le lama, je l’appelai Champ-de-la-Rencontre.

 

    Je me joignis à l’enfant et nous entrâmes dans la maison. Le même moine que tout à l’heure… y  était assis. Encore couvert de terre, il prenait son repas. Je pensai : ‘C’est le même moine que tout à l’heure, où peut bien être le lama ?’ Mais le lama dit :’ Il est vrai que tu ne me connais pas. Je suis Marpa. Prosterne-toi.’

 

    Alors, je me prosternai et posai son pied sur ma tête: ‘Lama précieux, j’ai été un grand pécheur. 'Je t’offre mon Corps, ma Parole et mon Cœur'. Je te demande la nourriture, le vêtement et l’enseignement. Veuille m’enseigner la voie qui dans cette vie mène à la perfection.’

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'Je t’offre mon Corps, ma Parole et mon Cœur'.

Le lama répondit : ‘Si tu es un grand pécheur, ne viens pas t’en accuser auprès de moi. en péchant tu ne m’as point offensé. Quels péchés as-tu commis ?’ Alors je confessai entièrement l’histoire de mes crimes.

 

    Le lama me dit : ‘Quoi qu’il en soit, j’accepte le don de ton corps, de ta parole et de ton cœur. Mais je ne te donnerai pas la nourriture et le vêtement en même temps que l’enseignement. Choisis entre les deux.

Eh bien, puisque j’ai été envoyé auprès de toi pour l’enseignement, permets que je demande à un autre la nourriture et le vêtement.   (p. 75-84)

 

JEUDI 

IV. Marpa me met très durement à l’épreuve

L’engagement, patience et la dévotion totale de Milarépa.

Ses tentations. Les bontés de la femme de Marpa.  

(p.85-119 du Texte de J. Bacot)

Dans tout le pays, je mendiais. Je récoltai ainsi vingt et une mesures d’orge. Avec quatorze mesures, j’achetai une marmite, de la viande et de la bière. Flageolant de fatigue, je portai le tout à la chambre du lama où je laissai tomber lourdement mon fardeau et la chambre en fut ébranlée. Le lama sursauta, cessa de manger… et dit. ? Tu es par trop odieux. Emporte ton orge.’ Et il le repoussait du pied. 

    Tandis que je trainais le sac dehors, je me disais simplement sans mauvaise pensée : ‘Ce lama est irritable. Il me faut veiller sur la manière de le servir et de me comporter.’ Et me prosternant, je lui offris ma marmite vide.

    Il la prit entre ses mains et il resta un moment les yeux songeurs. Puis des larmes tombèrent de ses yeux. Et il dit : ‘Ton présent est de bonne augure. Je l’offre à Naropa.’ Et il l’éleva en offrande. Puis secouant les anneaux du vase, il le fit tinter pour en apprécier le son et il le porta dans la chapelle. Il l’emplit du beurre fondu des lampes d’autel. A ce moment j’étais plein d’anxiété et brûlais du désir de la religion….

 

    Mais Marpa continue à multiplie les mises à l’épreuve de Milarépa. Il le provoque dans l’exercice des pouvoirs magiques qu’il a acquis. Pour commencer, il lui promet la transmission, s’il détruit par la grêle les récoltes et sème la discorde chez des ennemis de Marpa.*  Milarépa obéit. 

    * Note. Cela peut nous choquer, mais doit sans doute être envisagé du point de vue d’une ‘illusion de tous les phénomènes et apparences,’ propre au Bouddhisme, pour qui la vacuité est en toute chose l’absence de nature intrinsèque. « La vacuité n'est ni le néant ni un espace vide distinct des phénomènes ou extérieur à eux. C'est la nature même des phénomènes. Et c'est pour cela qu'un texte fondamental du bouddhisme, le ‘Sûtra du Cœur,’ dit : "La vacuité est forme et la forme est vacuité". D'un point de vue absolu, le monde n'a pas d'existence réelle ou concrète. Donc, l'aspect relatif, c'est le monde phénoménal, et l'aspect absolu, c'est la vacuité. […] Les phénomènes surgissent d'un processus d'interdépendance de causes et de conditions, mais rien n'existe en soi ni par soi. La contemplation directe de la vérité absolue transcende tout concept intellectuel, toute dualité entre sujet et objet. » Le Moine et le Philosophe, J.-F. Revel, M. Ricard, 1997

 

    Alors Marpa lui dit : ‘Il est vrai que tu es un grand magicien ! Mais… ‘Hé ! Hé ! Est-ce pour récompenser tes crimes que je serais allé en Inde au mépris de ma vie ! Tu dis vouloir ces ‘formules de délivrance et d’éveil’ pour les quelles j’ai offert de l’or sans compter, ces formules jaillies de la bouche même des déesses. C’est une plaisanterie si peu seyante qu’elle fait rire. Maintenant va rendre ces récoltes et va guérir les montagnards. Après quoi je t’instruirai. Si tu ne le fais pas, ne reviens pas ici.’

 Accablé de chagrin, je pleurai. 

 

    Le lendemain le lama vint lui-même et me dit : ‘ Hier soir, je t’ai un peu malmené, ne t’en afflige pas. Sois en paix. Donner l’instruction est long. Tu es vigoureux pour le travail. Construis donc une tour fortifiée ronde sur la Croupe Est de la montagne. Quand tu l’auras achevée, je t’instruirai.’

    Et je bâtis une tour ronde. Quand je fus arrivé à la moitié, le lama vint me dit :’L’autre jour, je n’ai pas réfléchi. Démolis cette tour jusqu’à la racine. Reporte la terre à sa place et les pierres à leur place.’ Je fis ainsi.

Après cela, sur la Croupe Ouest de la montagne, le lama fit comme s’il était ivre et me dit : ‘Fais une tour semblable à ceci.’ Et je fis une tour en demi-lune. J’en étais à peine arrivé à la moitié quand le lama revint et me dit :’ Ce n’est pas encore cela. Démolis et reporte la terre à sa place et les pierres à leur place.’ Je fis ainsi. 

    Cette fois nous allâmes au sommet de la Montagne du Nord et le lama me dit : ‘J’étais ivre de vin, je ne t’ai pas donné de bons avis. Fais ici une bonne tour…. Aujourd’hui je ne suis pas ivre. J’ai soigneusement réfléchi. Cette tour s’appellera Tour-des-tantras. Elle devra être triangulaire. Elle ne sera pas démolie.’

Je fis une tour triangulaire. J’en étais au tiers environ quand le lama vint et me dit : ‘Pour qui construis-tu cette Tour ?’   

 

    Insensible  à la détresse de Milarépa, au comble de la mauvaise foi, le lama nie avoir donné ces instructions, se met en colère, l’accusant de vouloir l’envoûter et lui ordonnant de 

rapporter terre et pierres à leur place. Et à nouveau, il lui promet qu’après cela, il lui transmettra l’enseignement, affirmant que la voie est difficile.

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Et à chaque fois Milarépa s’émeut, verse des larmes et sent grandir sa foi. Et l’histoire continue par d’autres constructions… Alentour on commence à dire que Marpa est devenu fou, mais personne n’ose s’opposer à lui et Milarépa lui obéit, pleure, pense à mourir, mais persévère.

     Prise de pitié, la femme du lama nourrit, console et protège Milarépa en cachette ; elle l’instruit même en lui prescrivant certaines méditations, et l’encourage toujours à nouveau à insister pour obtenir l’enseignement. Elle va même jusqu’à confronter Marpa.*

* Note. En réalité, elle est paradoxalement en accord avec son époux.

   Elle représente la part féminine de nos énergies, consolante et nourricière.

Tour de Marpa

Marpa, quant à lui reste intraitable. Il persiste pendant plusieurs années à exiger de Milarépa des cadeaux extraordinaires, des tâches absurdes et surhumaines, l’exposant au rejet et à la douleur, pour éprouver l’incorruptibilité de son engagement et de sa patience.

Il l’oblige à travailler, mendier, se dépasser sans compter, et à garder la foi en le Maître et en la transmission de l’enseignement.

 

    Marpa, le voyant ainsi au travail, pensa : ‘ Cette soumission à tout ce qui lui est ordonné est prodigieuse.’ Et en cachette, il versa des larmes. Mais il reste impitoyable. Il rappelle à son disciple qu’il lui a donné son corps, sa parole et son cœur.

 

    N’en pouvant plus, Milarépa tente de quitter Marpa, mais se souvenant des bontés continuelles de la femme de Marpa, il retourne sur ses pas…

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La femme de Marpa

Après son départ, sa femme dit au lama: ‘Ton ennemi irréductible est parti. Es-tu content ? Qui est parti ? Eh bien, à qui as-tu infligé des misères comme à un ennemi ? 

A ces mots, le visage du lama devint noir et se mouilla de larmes et il dit :  'Protecteurs de l’espace, rendez-moi mon fils bien-aimé, mon héritier !’ Ayant ainsi prié, il se couvrit la tête et demeura immobile. 

    Mais rien n’y fait ! A bout elle aussi, la femme de Marpa, l’ayant enivré,  enleva de sa chambre les bijoux de Naropa et le sceau de rubis,  forgea une lettre de recommandation et y joignit ces présents. Elle scella le tout à la cire et le donna à Milarépa en disant : 

‘Va les offrir au lama Gnopa et demande lui de t’instruire.’

Milarépa, chargé de ces précieux présents, envoyés soi-disant par Marpa,  sera reçu en grande pompe par Gnopa et recevra de lui l’initiation. Mais  auparavant, Gnopa comme Marpa, exige que Milarépa  détruise d’abord ses ennemis par la grêle. Ceux-ci se soumirent au lama. 

    Ce faisant, Milarépa épargne cependant le champ de la vieille femme qui, au pays de l’ennemi, lui a offert l’hospitalité. Il pleure et se lamente de devoir sans cesse commettre d’abord le mal avant de pouvoir être initié.  Au retour, il voit partout les effets de ses destructions :

    Au  pied des buissons, je trouvai de nombreux petits oiseaux morts. Tout au long du chemin, je ramassai des cadavres d’oiseaux et de rats. J‘en remplis mon capuchon et le pan de mon manteau, et quand j’arrivai, je renversai tout au pied du lama Gnopa et lui dis : ‘Lama précieux, j’étais venu ici pour la sainte religion ; et voilà que je ne fais que pécher.’ Parlant ainsi, je pleurai. Le lama me répondit : ‘Frère Grand-Magicien, ne crains pas ainsi. Toutes ces bêtes maintenant tuées par la grêle dans l’avenir renaîtront autour de toi et te feront cortège. Réjouis-toi que d’ici là elles n’aient pas à renaître aux enfers. Qu’il en soit ainsi. Et après s’être recueilli un instant, il fit claquer ses doigts. Et aussitôt les cadavres s’étant animés se relevèrent, s’envolèrent dans le ciel et coururent sur la terre rejoindre leurs demeures. Alors le lama lui donna la consécration. 

Après qu’il m’eut donné les formules, j’aménageai une grotte abandonnée. Je m’emmurai, laissant une petite ouverture par où le lama m’instruisait. Je méditais sans relâche. Mais parce que je n’avais pas l’initiation de Marpa, je ne goûtais aucune joie, ni aucun signe. Je demeurai plein de crainte. Je me demandais, si je dirais toute la vérité (au sujet de la tromperie orchestrée par la femme de Marpa).

    Mais Marpa, invite alors Gnopa,  lui disant : ‘Amène avec toi certain mauvais homme qui m’appartient.’  Milarépa avoue alors à Gnopa le subterfuge. 

   Chargé de présents Gnopa se met en route avec  Milarépa.  Marpa le colérique, connaît le subterfuge de sa femme et l’erreur de Gnopa. Suivent alors encore de nombreuses péripéties trop longues à raconter... 

    | ...car Adelheid - scribe de ce condensé - bien que patiente et travailleuse, n’a pas encore l’inconditionnel dévouement exigé par Marpa! Peut-être, se dit-elle, devrais-je suivre plutôt l’enseignement de ma chatte Nûr (= Lumière), laquelle ne veut que jouer, recevoir des caresses et dormir. Cependant Adelheid persévère. |

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Milarépa, voyant que quoi qu’il fasse, il n’arrivera à rien sans la consécration de Marpa, finit par décider de se donner la mort en disant :

    Puisque je ne suis que cause de tribulations, puisque avec ce corps actuel je n’obtiens pas la doctrine (de l’éveil en son Être, en un seul corps et une seule vie), mais que je ne fais qu’entasser les péchés, je vais me tuer. Puissé-je, dans l’au-delà, renaître avec un corps digne de la religion.’ Comme j’allais me tuer, Gnopa me retint. Et avec des larmes il me dit : 

 

    ‘Brave Magicien, ne fais pas cela. Selon les meilleurs enseignements secrets du Bouddha, les facultés et les sens de chacun ne sauraient s’affranchir des dieux. Si tu meurs avant le temps, tu commets le crime de tuer un dieu. C’est pourquoi le suicide est un si grand crime. Renonce à te tuer. Il est encore possible que le lama te donne l‘enseignement.

     Je pensai avec douleur : ‘Mon cœur est-il donc de fer ? Car s’il ne l’était, il aurait éclaté et je serais mort. C’est en raison des crimes de ma jeunesse que j’endure pareille douleur pour chercher la religion.’

A ce moment de son récit, il n’y avait personne parmi les auditeurs qui ne pleurât à sanglots. Tel est le deuxième chapitre, celui où Mila est purifié par la douleur.   (p. 85-119)

VENDREDI

 

    Alors Rétchung parla : ‘ Maître, comment fus-tu admis disciple par le lama Marpa ?

 

   Emu par les supplications des moines et leurs allées et venues entre Milarépa et lui, Marpa, se laissa  enfin fléchir et envoya sa femme appeler Gnopa et tous les disciples à se rassembler auprès de lui.

 

    Milarépa  s’écria : ‘Heureux ceux qui poursuivent ! Quant à moi, pécheur, bien que le lama soit apaisé, je n’aurai pas le bonheur de me présenter devant lui. Car, si j’y allais, il me frapperait encore.’ Et pleurant, je demeurai. 

   Mais Marpa répondit : ‘Aujourd’hui, je ne ferai pas de même. Le Grand-Magicien est le premier des hôtes que j’ai conviés. Que la maîtresse aille le chercher. 

    Après que j’eus, avec larmes, rendu grâce au lama il me dit : ‘Tes grands péchés ont été effacés par tes huit grands actes de foi et tes multiples petits mérites. Maintenant je te reçois et te donnerai mon enseignement pareil à mon cœur de vieil homme. Tu prendras aussi mon viatique, et, t’enfermant pour la méditation, goûte le bonheur.’

   Comme il disait ces mots, je me demandai : ‘Est-ce un rêve ou suis-je éveillé ? Si c’est un rêve, je voudrais ne m’éveiller jamais. A cette pensée mon bonheur était sans mesure. Tout le monde, riant à pleine joie, se réunit en cercle.

    Marpa me dit : ‘ Je te remets le vœu commun de libération. Et il coupa mes cheveux. Quand j’eus ainsi transformé mon corps, le lama me dit : ‘Ton nom m’a été révélé par Naropa dans un songe à l’époque de ta venue ici. C’est pourquoi, sous la forme d’un laboureur, je suis allé à ta rencontre.’ Et il me nomma Mila-Trophée-de-Diamant.*

 

    * Note.  Marpa indique par le nom qu’il lui donne, qu’il lui transmet l’enseignement du Mahayana  et plus spécifiquement celui du Vajrayana ou Voie du diamant : du sanscrit, ‘véhicule’ (yana) du diamant ou adamantin (vajra). Le Vajra, en tibétain 'dorjé,' est sans doute le symbole le plus important du bouddhisme tibétain. Le terme signifie "diamant" ou  ’foudre.’ Il symbolise la destruction de l’ignorance et  l’indestructibilité de ‘l'esprit en soi,’ c.a.d. de l’ultime réalité, qui est à la fois, vide, impérissable, indivisible et compatissante.

 

V. L’initiation, la transmission. La voie du Boddhisattva.

(p. 120- 133 du Texte de J. Bacot)

    Il me lia par le vœu du noviciat et il me donna les commandements des Bodhisattvas.* 

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* Les Quatre vœux incommensurable

Puissé-je délivrer tous les êtres quoi qu'ils soient innombrables

Puissé-je éliminer tous les égarements quoi qu'ils soient incalculables

Puissé-je apprendre tous les enseignements quoi qu'ils soient illimités 

Puissé-je parvenir à l'état du Bouddha quoi qu'il soit incomparable

     Et nous vîmes clairement bouillonner une lumière à cinq couleurs…

 

   Puis apposant ses mains sur ma tête, il me dit : ‘Mon fils, dès la première heure tu as été un disciple capable d’instruction. Pour te purifier des ténèbres, je t’ai chargé du travail  toujours plus terrible de la construction des tours. Mais toutes les fois que je te chassais cruellement et que je t’accablais de chagrin, tu n’avais pas de mauvaises pensées contre moi. C’est pourquoi tes disciples auront zèle, sagesse et pitié ; peu désireux des biens de cette vie,  à force d’épreuves et d’énergie, ils endureront la méditation dans la montagne. Enfin, ayant acquis l’expérience de toute chose, ils seront miséricordieux. 

     C’est pourquoi réjouis-toi.

    Le lama me prescrivit d’appliquer ses leçons progressivement. Il me prépara les vivres nécessaires et m’emmura pour ma méditation dans une grotte, la Tanière-des-Tigres-de-la-Falaise-du-Sud.

    Alors il remplit d’huile une lampe d’autel et l’alluma. Puis il la posa sur ma tête. C’est ainsi que sans remuer de peur d’éteindre la lampe, je méditai jour et nuit. 

  Onze mois s’écoulèrent. Le lama et sa femme vinrent alors m’apporter de bons vivres en un cercle d’offrandes. Le lama s’écria :

    ‘Eh bien, mon fils… démolis un peu la porte de ta cellule et viens te reposer près de moi. Tu causeras avec moi suivant ton inspiration. Nous deux, père et fils, méditons ensemble. Mère, prépare un festin. 

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Milarépa dans sa grotte

Comme nous en faisions l’offrande, le lama me dit : ‘Mon fils,  quelle connaissance as-tu retirée de mon enseignement?'

    Dans un acte de foi et de vénération ardente envers le lama, je m’agenouillai et joignis les paumes de mes mains. Les yeux brouillés de larmes je lui fis hommage de ce que j’avais compris et je chantai un chant :

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‘Toi qui te montres sous des incarnations différentes au pécheur qui se convertit

Toi qui apparais Bouddha et Souverain Bien aux Boddhisattvas, je te salue.

Je salue en toi le Verbe unique qui a donné la loi dans la langue de chaque peuple,

En quatre-vingt-quatre mille paroles et par soixante voix distinctes.

 

Je salue l’esprit du Bouddha Absolu, Immuable et omniscient,

Affranchi des ténèbres de la nuit dans le ciel lumineux de son Nirvana.

Je mets devant toi mon corps en offrande 

Et ce que renferment de bon pour les sacrifices toutes les régions du monde.

‘Sachant l’énormité du profit ou de la perte 

Afférents à la félicité ou à la damnation sur la frontière du bien et du mal,

Et combien  il est difficile d’échapper à l’Océan de la transmigration* 

Source de toute douleur,

Je prie pour que tous mes péchés soient expiés un à un,

Que tous les êtres soient marqués du bonheur et que l’enseignement soit prêché au loin.

Je prie que tant que les êtres ne se seront pas détournés des transmigrations,

Toutes mes actions soient profitables aux créatures.’

* Note. Transmigration des âmes:  généralement après la mort, le passage supposé de l’âme d'un corps dans un autre corps, ou le passage de certains éléments de l'âme dans de nouvelles formes d'existence. Par extension: passage d’un état d’être corporel, mental, émotionnel, dans un autre, par identification à… Dans le cadre même de notre existence présente, nous sommes soumis à l’impermanence,  nous transmigrons continuellement - d’une subpersonnalité dans une autre, d’une action/ situation/ dans une autre, de l’attraction au rejet -, tout au long de chacun de nos jours.

Je m’appuie sur ta force de conducteur des créatures pour arriver à la délivrance….

J’ai compris qu’il importait par-dessus tout de ne pas rompre mon vœu.'

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Je voulus donc trouver le renoncement au moi, l’oubli de soi et le néant de l’individualité ; oublier mon être périssable et apaiser mon esprit par la contemplation.  

   Quand j’eus apaisé mon esprit, la préoccupation continue de ma pensée fut interrompue... et en même temps le moi pensant perdit conscience de lui-même.’ 

    Ne pas accorder de réalité propre aux apparences ni prêter attention aux choses visibles - l’idée nue, claire, limpide - tel est le caractère de l’état de sérénité. Ainsi après avoir appuyé son attention sur la vacuité des choses, on dégage, et garde, la notion de leur illusion.  

   Je pense que cela est pareil à un escalier que l’on gravirait. Tous les méditants en état de sérénité doivent d’abord être incités à la miséricorde avant toute réflexion spéculative ou non.

D’abord on s’abandonne à un sentiment d’intérêt pour des êtres déterminés que l’on se représente. Ensuite la clairvoyance épure ce sentiment de tout lien avec des images concrètes. Enfin on demeure dans un état de prière désintéressée à l’intention de toutes les créatures.

 

    Je priai ainsi. 

    Le lama dit alors : ‘Fils, je souhaite qu’il en soit ainsi. Il était plein d’allégresse. Il rentra dans sa maison. Et moi, je re-murai l’entrée de ma cellule avec de la boue.      (p. 120-133)

 

Tchenrezi (Avalokiteshvara) le Bodhisattva de la Compassion, aux 10'000 bras,

dont chaque main contient un œil, pour aider tous les êtres à atteindre l’éveil.

 
SAMEDI

Ressusciter dans le suprême éveil

(p. 134-144 du Texte de J. Bacot)

VI. Milarépa quitte Marpa, son Maître incarné.

Séparation et bénédictions.

(p. 145-160)

  ‘Marpa est averti en songe qu’il ignore encore un certain enseignement, détenu par Naropa.  Au même moment, Milarépa fait aussi un rêve :  

 

   ‘Une jeune fille m’apparut dans un songe, bleue de ciel, belle par sa robe de brocart et par ses ornements d’os, aux sourcils et aux cils étincelants. Elle me dit : ‘Mon fils, ta doctrine Mahamudra mène au suprême éveil par une longue méditation. Tu n’as pas encore la formule qui fait ressusciter dans le suprême éveil en la méditant en un instant. Demande-la.’  Et elle disparut.

    Je pensais : Est-ce un avertissement des dieux ? Est-ce une malice du démon ? Je ne sais. Quoiqu’il en soit, mon maître qui est Bouddha du passé, du présent et de l’avenir doit le savoir. Je dois lui demander la doctrine de la résurrection dans le suprême éveil. Je défis le mur de ma cellule et me rendis auprès du lama.

 

   Ensemble, Marpa et Milarépa cherchent en vain dans tous les livres.  Marpa, malgré son grand âge et les risques encourus, décide de retourner aux Indes pour la demander à Naropa. 

 

    Naropa était mort. Mais voulant le trouver au mépris de sa vie,  récitant des prières, Marpa  partit à la recherche de Naropa. Il le rencontra dans la forêt et lui demanda la formule de la Résurrection. Naropa lui demanda : ‘Te souviens-tu de l’avertissement reçu des dieux en rêve ?’ Je ne m’en souviens pas. C’est mon disciple Bonne-Nouvelle qui en a reçu l’avertissement.’

    O merveille ! s’écria Naropa. Dans le Tibet ténébreux, ce disciple est pareil au soleil levant sur les neiges. Et Naropa enseigna entièrement à Marpa les formules transmises par les dieux. Marpa retourna ensuite au Tibet.

 

    A cet instant,  Milarépa fit encore un grand songe, celui des Quatre colonnes, qu’il rapporta à Marpa. 

Marpa, grand avatar et traducteur, en comprit les symboles. Il comprit  que ce songe annonçait l’expansion de l’enseignement du Vajrayana par Milarépa et que celui-ci était prêt. Il comprit aussi que maintenant son rôle sur terre était accompli. 

    Alors Marpa chanta à ses disciples un chant où il interprétait ce songe et termina en disant :

'Mon œuvre de vieillard est terminée

Votre œuvre, à vous disciples, est venue.

La doctrine parfaite se répandra dans l’avenir.'

     Et Marpa, dont le fils était mort et qui était sans héritiers, ouvrit à tous ses grands disciples le trésor des doctrines et des sentences, donnant à chacun d’eux sa loi particulière et ses devoirs à remplir.   

    A Milarépa, il donna l’éminente loi de la chaleur mystique, pareille à un feu de bois bien fendu, et les vêtements de Naropa. Alors chaque grand disciple partit pour son pays.

   Puis il dit à Milarépa: ‘Toi, demeure encore quelques années près de moi. Je te donnerai encore une consécration et une initiation spéciales.  Il faudra que tu m’exposes les recherches de ton esprit. C’est pourquoi demeure dans une retraite particulière.’

    Je me retirai dans la grotte appelée Grotte-de-Cuivre de la prophétie de Naropa. Marpa et sa femme, père et mère, me donnèrent une part du repas pour mon écuelle des offrandes. Et ils le firent avec beaucoup de tendresse.    (p. 134-144)

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Tumo tibétain.

Pratique de la chaleur mystique.

    Alors Rétchung demanda : ‘ Maître, à la suite de quelles circonstances fus-tu amené à te retirer de devant Marpa ? Milarépa répondit : 

 

    ‘La cause en fut mon retour au pays. J’étais alors dans la réclusion et avais une piété ardente.  Autrefois, je n’aurais pas dormi ; mais une fois je m’assoupis vers le matin et j’eus un songe : J’arrivais à mon pays. Ma maison Quatre-Colonnes-et-Huit-Poutres était crevassée comme les oreilles d’un vieil âne. La pluie gouttait sur les biens de l’intérieur et sur le Trésor-de-la-Loi. Mon champ Horma-Triangulaire était envahi par les mauvaises herbes. Mes parents et ma vieille mère étaient morts. Ma sœur errait et mendiait.’

   Je me réveillai et mon oreiller était trempé de larmes et je résolus de tout faire pour revoir ma mère. Alors le jour se leva. Je défis la porte de ma cellule et allai parler au lama.

 

   Je m’approchai de lui et m’inclinant humblement à la tête de son lit, je lui chantai ce chant :

VI. Milarépa quitte Marpa, son Maître incarné.

Séparation et bénédictions.

(p. 145-160 du Texte de J. Bacot)

‘O Seigneur Compatissant et Qui-ne-Change,

Envoie-moi comme mendiant dans mon pays.

Mon amour ne peut plus supporter la séparation.

Laisse-moi revoir une seule fois ma mère.

Et je reviendrai aussitôt.

    Le lama répondit : Si tu pars, je te laisserai aller. Mais si tu comptes revenir, sache que ta venue ici pour me présenter ta requête et le sommeil dans lequel tu m’as trouvé, présagent que nous ne nous verrons plus dans cette vie. Cependant le soleil qui se lève dans l’espace présage que tu feras resplendir comme un soleil l’enseignement du Bouddha. Je ne puis que te laisser partir.

   Le lama dressa un cercle pour les offrandes et sa femme, la Maîtresse, disposa celles-ci. Puis le lama me donna quelques dernières initiations. Et il chanta ce chant :

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‘L’esprit est pour l’esprit un cheval incomparable à chevaucher

Ton propre corps est un sanctuaire.

Une piété soutenue est le meilleur des remèdes.

Le Maître, l’enseignement et ta foi sont une trinité,

Puissent, placés dans la main de mon fils, le rameau et son fruit

Se développer sans se corrompre, ni se dissiper, ni se dessécher.’

Ton propre corps est un sanctuaire.

    Des larmes coulaient de ses yeux. ‘Puisque, père et fils, nous ne nous reverrons pas dans cette vie, moi je ne t’oublierai pas. Toi ne m’oublie pas non plus. De telle sorte que, dans l’au-delà… nous rencontrant dans le paradis, notre joie n’aura pas d’hésitation.’

    J’imprimai dans mon cœur ces dernières paroles encourageantes du lama.

Enfin le lama dit : ‘Maîtresse, prépare le départ de Mila-Trophée-de-Diamant pour demain matin. Et à moi : ‘Toi, viens dormir avec moi ce soir. Le père et le fils auront encore un entretien. Et je dormis auprès du lama. Alors la mère entra. Elle pleurait et se lamentait. Le lama lui dit : ‘Maîtresse, pourquoi pleures-tu ? Est-ce parce qu’il a obtenu les initiations et qu’il va méditer dans le désert ? Y a-i-il là de quoi pleurer ? 

    Ce qui fait pleurer, c’est la pensée que toutes les créatures peuvent être Bouddha, qu’elles ne le savent pas et meurent dans la douleur ; la pensée surtout qu’une fois arrivées à la condition d’homme, elles meurent sans idéal. Si c’est pour cela que tu pleures, il faut pleurer continuellement :’

   La mère répondit : ‘Tout cela est bien vrai. Mais il est difficile de ressentir pareille pitié continuellement. En ce moment, le fils né de moi (elle est sa mère spirituelle), lui si plein de foi, de ferveur, de sagesse et de douceur, va nous quitter vivant. C’est pourquoi je n’ai pas la force de supporter mon chagrin.’

 

    Quant à moi j’étais suffoqué de sanglots. Le lama lui-même versait des larmes. L’aurore du lendemain se leva. Environ 13 disciples m’accompagnèrent avec le Maître une demi-journée de marche.

 J’offris au lama ce chant de départ :

 

‘O Seigneur Porte-Sceptre-qui-ne-Change

Pour la première fois, je pars comme un mendiant

Par la grâce de mon père et seigneur lama,

Au sommet des cols de Silma, 

Les douze déesses viendront à ma rencontre. 

Puissantes et bénies, je leur adresse cette prière :

 

Je mets ma confiance dans les Trois Joyaux.

(Le Bouddha, l’Enseignement, la Communauté).

Je marcherai avec les Boddhisattvas pour compagnons.

Veuillez protéger mon corps, ma parole et mon âme.

Veuillez vous charger de la réalisation de mes vœux.

Veuillez m’initier au pouvoir de la miséricorde.

Accordez-moi une vieillesse sans maladie.’

Je priai ainsi et le lama me répondit :
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‘Mon fils, il en sera ainsi.

Puis, ayant posé ses mains sur ma tête, il chanta

Dans la grotte du désert

Tu changeras la transmigration en délivrance.

Dans le monastère de ton corps,

Ton âme forte sera le temple

Où se réuniront les dieux arrivés à l’éveil.’

Dans le monastère de ton corps

Parlant ainsi le lama montrait une grande joie. Ensuite la mère me donna un bon viatique, un vêtement et des bottes neuves. Puis elle dit : ‘ Mon fils, ces choses ne sont que des biens matériels que je te donne comme adieu terrestre. Je prie pour que dans l’au-delà nous nous retrouvions dans le bienheureux ciel. Comme adieu, je te dis de ne pas oublier ces paroles du cœur de ta mère.’ Et elle chanta ce chant :

‘Sans oublier tes père et mère pleins de grâce,

Puise ton courage dans la gratitude.

Le vêtement du souffle profond des dieux, revêts-le chaudement,

Puisses-tu dans les champs de l’au-delà, reconnaître le lama et aller à lui.

Et puissions-nous, mère et fils, accordant nos cœurs,

Dans les champs bénis de l’au-delà, nous reconnaître et aller l’un vers l’autre !’

     Le lama lui dit encore : ‘ Un jour ta contemplation se heurtera à un obstacle. A ce moment regarde ceci. Ne le regarde pas avant.’ Le lama me donna un rouleau de papier cacheté. J’imprimai dans mon cœur ses dernières paroles. Dans la suite, le souvenir de chacune de ces paroles fortifia ma dévotion.  

 

       Après nous être salués, je partis pour mon pays. J’y arrivai en trois jours.

Je pensai : ‘Là encore le souffle intérieur est cause de joie.’ 

 

(p. 145-160) Ce voyage lui avait demandé autrefois plusieurs mois de route.

 
DIMANCHE

    En arrivant dans son pays, Milarépa ne retrouvera que mort de sa famille, ruine et dévastation de ses biens.

Un berger lui dit :

 

    Dans cette maison, il n’y a que des fantômes, le cadavre de la mère. Une sœur est partie on ne sait où. 

Jusqu’au coucher du soleil, je me cachai pour pleurer. Quand le soleil fut rouge, je me décidai à entrer dans le pays. Il en était bien comme dans mon rêve. Mon champ était envahi de mauvaises herbes. La maison crevassée. La pluie et la terre étaient tombées sur le Trésor-de-la-Loi. Les livres couverts de fientes de rats et d’oiseau. Il y avait là beaucoup d’ossements blanchis et fragiles. Je compris que c’étaient eux de ma mère. Incapable de supporter ma douleur, je perdis connaissance. Tout de suite après, je me rappelai l’enseignement du lama. Alors je fis un lit aux ossements de ma mère. Puis, sans être un seul instant troublé de corps, de parole et de pensée, je demeurai en contemplation. Je vis avec certitude que mon père et ma mère étaient délivrés de la douleur et de la transmigration. Sept jours s’écoulèrent et je sortis de ma contemplation. 

    Je me mis à réfléchir. M’étant convaincu du néant des créatures, je ferai faire un reliquaire pour les ossements de ma mère. Après, je veux me livrer sans distinction de jour et 

de nuit à la méditation. Si je cède à la loi des désirs, que les dieux me prennent ma vie. J’en fais le serment terrible du fond du cœur. 

VII. Milarépa constate la nature illusoire de toutes choses. 

Il pratique le renoncement, le détachement, l’équanimité.

(P. 160-169 du Texte de J. Bacot)

     Et je chantai ce chant avec sanglots sur l’essence des choses.

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‘Toutes les lois du monde apparent sont éphémères et fragiles.

Tout ce qui apparaît dans le monde des transmigrations est  néant.

Parce que j’ai fait œuvre illusoire

Je vais maintenant faire œuvre religieuse et réelle.

Je pratiquerai la loi de la réalité. 

 

D’abord mon père n’avait pas de fils…

Quand il eut un fils, moi je n’eus plus de père

Notre rencontre fut illusion.

Je pratiquerai la loi de la réalité. 

 

 Quand j’avais une mère, elle ne m’eut pas comme fils,

Maintenant que je suis venu, ma vieille mère est morte. 

Notre rencontre fut illusion.

Je pratiquerai la loi de la réalité. 

 

Quand j’avais une sœur, elle n’avait pas de frère,

Maintenant que son frère est venu, elle est errante.

Notre rencontre fut illusion.

Je pratiquerai la loi de la réalité. 

 

Quand j’avais des livres saints, je ne leur rendais pas de culte

Maintenant que le culte leur est rendu, la pluie les frappe goute à goutte.

Notre rencontre fut illusion.

Je pratiquerai la loi de la réalité. 

 

Quand j’avais une maison, elle n’avait pas de Maître.

Maintenant que son Maître est venu, elle est en ruines.

Notre rencontre fut illusion.

Je pratiquerai la loi de la réalité.’ 

 

Quand j’avais un champ nourricier, il n’avait pas de maître,

Maintenant que le Maître est venu, il est envahi de mauvaises herbes.

Notre rencontre fut illusion.

Je pratiquerai  comme maître la loi de la réalité. 

 

Ermite, je vais chercher la délivrance.

O père plein de grâce, Marpa, bénis ma retraite au désert.

 Je n’ai pas d’autre pensée. Je suis résolu à méditer.

Cette résolution brille dans ma poitrine comme une lampe allumée.'

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    Pour ceux qui n’ont pas connu infortune pareille, la loi du bonheur suffit. Mais moi je suis sollicité de parvenir au renoncement de la nourriture, du vêtement et de la parole.   P. 160-169

 

C. Maintenant également affranchi du bien et du mal…  ( VII à XII)

Deuxième semaine
LUNDI

VIII. L’effacement des offenses causées par l’ignorance,

et dont Milarépa discerne ‘l’irréalité’.

La pratique incessante de ce discernement par la méditation

(p. 170-185 du Texte de J. Bacot)

    Milarépa médite dans la réclusion, mais ayant épuisé ses vivres, il ne peut résister physiquement et, affaibli, il va mendier dans la vallée. Il tombe d’abord sur la tante qui lui avait volé ses biens. Celle-ci, l’ayant reconnu,  l’accable et l’insulte et lui donne des coups de bâton.

Mais Milarépa lui chante un chant, celui des malheurs de sa famille, de sa douleur présente.

Secoué par les sanglots, je chantai des stances pleines de douleur.

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C’est cette douleur intolérable qui m’a appelé à la vie religieuse.

Pareil à un insecte expirant à l’entrée d’une fourmilière,

Je suis arrivé à la porte de ma tante ;

Elle m’envoya comme messager un chien carnassier

Ses imprécations, paroles mauvaises et malédictions

Firent déborder mon cœur de douleur.

Bien que je sois près de perdre la vie ;

Bien que je sois en droit d’être le plus irrité, 

J’accomplirai les ordres du lama.

O tante apaise ta colère et fais-moi l’aumône de vivres pour ma retraite.'

    La tante, de son côté, ne tint pas sa promesse de lui livrer de la farine. Milarépa, cette fois encore, quoique conscient de ses pouvoirs renonce à la punir.

 

    ‘Rien ne m’empêcherait de la renverser, la plante des pieds en l’air. Mais je ne le ferai pas. Et puis, comment exercer sa patience sans motif de colère ? Si je venais à mourir ce soir, que ferais-je de tout ceci ? C’est grâce à mon oncle et  ma tante que je suis entré en religion. Et en témoignage de ma reconnaissance, je ne cesserai de prier pour leur accession à l’éveil.

    Fatigué du labeur de la transmigration universelle, si je m’en souille, je brise l’artère vitale de la délivrance.

Ton fils, sans considération pour les illusions,

Tient la charrue avec obstination

Il fait claquer le fouet de son zèle et de son ardeur,

Il retourne le champ des cinq misères de la corruption.

Il rejette les pierres de l’égoïsme et il amende toutes les erreurs.

Il coupe les épis fruits de ses œuvres et fait moisson de belle histoire.

Et l’excellent grain moulu par les dieux sera ma nourriture d’ascète solitaire.

Telle est l’explication de mon rêve.’ 

OM MANI PADME HUM

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‘Je te parle, Maître plein de grâce, bénis le mendiant,

Qu’il accomplisse sa retraite au désert.

Tu as fécondé d’une foi vigoureuse

Ma voie à travers le champ de l’égalité de toute chose, 

Et semé la semence d’une âme blanche et pure.

Le tonnerre terrible de ta prière gronde.

Et la pluie de tes bénédictions tombe sans effort.

Par le couple de bœufs sans hésitation

Tu me signifie de labourer par mes moyens et ma sagesse.

   Cette scène se répète lorsqu’il mendie aussi auprès de l’oncle qui lui lance des pierres meurtrières et des flèches, entrainant quelques jeunes hommes du pays à en faire autant. Certains habitants s’émeuvent, d’autres  effrayés au souvenir des magies de Milarépa… commencent à lui donner des aumônes. Sa fiancée qui l’a toujours attendu, voyant qu’il est résolu à rester ermite, lui propose de gérer ses biens, du moins aussi longtemps que sa sœur ne sera pas retrouvée. Cependant, touchée par la foi et la dévotion de Milarépa, elle préfère choisir la vie religieuse. La tante, flairant la bonne affaire, le voyant si détaché des biens du monde, insiste pour qu’il lui laisse sa maison et son champ contre un peu de farine livrée pour sa subsistance  dans son ermitage.  Milarépa accepte.

 

    Milarépa, abandonné de tous,  concentre ses forces spirituelles, mais il ne parvient plus à se mettre dans l’état heureux de chaleur intérieure.  Un soir il fait alors le songe suivant :

    'Je labourais une bande de mon champ. La terre était sèche et je me demandais si je l’abandonnerais.

Alors le révérend Marpa m’apparut dans le ciel et me dit : ‘Mon fils, affermis ta volonté, aie du courage et laboure. Et tu avanceras à travers la terre sèche et dure.’ Parlant ainsi, Marpa me conduisait et je labourais. Alors une moisson serrée et abondante poussa.

Je m’éveillai plein de joie et chantai ces réflexions sur le sens de mon rêve :

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    Milarépa fait vœu alors de ne plus quitter son ermitage tant qu’il n’aura pas atteint

l’ultime état de Bouddha, dusse-t-il mourir de faim, de froid, de maladie ou de tristesse.

‘O Fils du Seigneur Naropa, bénis le mendiant au désert 

Pour qu’il achève le chemin de la délivrance.

Augmente la profondeur de ma méditation  à l’abri de l’agitation du monde.

Puissé-je ne point me satisfaire du lac béat de l’inconscience,

Mais que naissent en moi les flammes de l’illumination.

Que sous l’impatience des désirs, je voie se multiplier en moi les feuilles de l’équanimité.

Que le doute n’habite pas ma cellule, mais que murisse le fruit de ma certitude.

Sans que les démons puissent me faire obstacle, que la foi gouverne mon esprit.’

Ayant prononcé ce vœu, je chantai ce chant de promesses et de prières :

     Ayant ainsi prié, je me soutins par le seul parfum de la farine que j’avais chauffée et j’entrai en méditation.

Pendant  de nombreuses années encore, Milarépa reste reclus. Il sera éprouvé… peinant parfois à contrôler son souffle et la chaleur de son corps, se nourrissant d’orties jusqu’à devenir tout vert et aussi maigre qu’un fantôme. Mais il reste ferme et persévère, avec l’aide de Marpa qui lui apparaît,  l’encourage et l’instruit par des visions.  Ainsi il tient son serment et il grandit en sainteté. 

   ‘Quand mon poil fut tout vert également, je pris l’écrit que le lama m’avait donné et je le posai sur ma tête.

J’eus l’idée de briser le sceau de l’écrit et de regarder. Mais un signe m’avertit de ne pas l’ouvrir.’     (p. 170-185)

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Milarépa mangeur d'orties

 

a) Distinguer les causes et les effets de la souffrance, le bien et le mal.

b) Voir que tous les phénomènes sont irréels, car ‘vides d’essence propre.’

c) Voyant leur illusion, les souffrances et le ressentiment qui en découlent,

Pratiquer la compassion et l’équanimité et la dissolution des offenses.

MARDI

(p. 185- 203 du Texte de J. Bacot)

IX.  Les réalisations et les fruits nés de sa résolution, de sa persévérance,

et de sa bienveillance envers autrui et lui-même.

Ayant brisé le sceau du rouleau de papier que m’avait donné le lama, je regardai. Il contenait l’essence d’une prière pour écarter les obstacles et principalement, pour le moment présent, le conseil de recourir à une bonne alimentation.

 

    Conformément aux prescriptions du rouleau de papier, je m’efforçai de réaliser les conditions de corps, de respiration et de pensée. Les nœuds de mes veines se délièrent. Mes pensées redevinrent claires et je pus à nouveau méditer. Je devins apte à une réflexion toute différente. Une fois l’obstacle écarté, je changeai le péril en avantage et ne croyant qu’à l’instabilité du monde, mon corps nirvanique (corps de béatitude fruit de l’extinction du désir humain) commença à paraître. 

   Parfois des chasseurs ou des pillards le débusquent dans sa retraite, le prenant pour un spectre, et il arrive qu’ils le malmènent, mais il n’y a rien là qu’ils puissent lui prendre, et Milarépa leur explique qu’il est un ermite en méditation et qu’il n’a rien d’autre à manger que des orties.

   Convaincus, ils lui offrirent beaucoup de viande avec les restes de leurs provisions. Impressionnés par sa sérénité, sa douceur et sa pauvreté, ils lui demandèrent alors ses prières :

 

    ‘Tes œuvres sont admirables. Sauve de l’enfer les créatures que nous avons tuées. Et nous-mêmes lave-nous de nos péchés.’ 

 

Milarépa se dit avec joie : ‘Voilà que j’ai de la nourriture que mangent les hommes.’ Ayant mangé de la viande et des légumes, sa santé s’améliora. 

 

    Sa sœur, ayant entendu parler de lui, le retrouve, lui rend visite avec beaucoup d’émotion et le supplie de revenir parmi les hommes. Milarépa continue pourtant à vivre dans la réclusion et le dénuement, et à chanter les bienfaits de la solitude, du renoncement et du détachement de toute illusion. Cependant sa sœur, effrayée et touchée par sa faiblesse, revient lui apporter vêtement et nourriture qu’il consent à manger. 

Cette alternance de jeune et d’alimentation, et les souffrances de son corps, absorbèrent alors tellement son attention, qu’il ne pouvait plus méditer. 

 

    Milarépa pensa :

    ‘Il n’y a pas de plus grand obstacle pour moi que l’incapacité de méditer.’

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 Connaissant toutes les lois de la délivrance de la transmigration, mon esprit a atteint l’impartialité envers ces deux lois:

 

  • Se guider par la vue (perceptions terrestres des sens) sur le chemin de l’erreur conduit à la perpétuelle transmigration.

  • Se guider par l’esprit sur la voie supérieure (du détachement et de la compassion) conduit à la délivrance.

 

J’avais la certitude lumineuse de la non-réalité, essence de ces deux vérités.

Et je chantai ces vérités essentielles :

'Je me prosterne aux pieds de Marpa

Qu’il bénisse le mendiant pour qu’il achève sa retraite au désert.

‘Ce corps difficile à obtenir, facile à détruire,

A retrouvé la santé grâce à la nourriture.

 

Mon corps subtil nourri par mon père et ma mère

Et l’enseignement du saint lama

Présagent de mon entrée auprès des dieux.

 

L’essence de ce présage est mon vœu solennel.

L’essence de ce présage est ma persévérance. 

L’essence de ce présage est la non-réalité.

L’essence de ce présage est la miséricorde.

L’essence de ce présage est la bénédiction.

L’essence de ce présage est la félicité.

 

O Porte-Sceptre essentiellement Immuable,

Tu connais les joies et les peines du mendiant.’

Ainsi je chantai et redoublant de zèle je méditai.

 

    Dans sa quête de la Nature de Bouddha, avec une résolution sans faille, Milarépa s’est donné entièrement à une pratique constante de la dévotion, de la foi, de la miséricorde. Chacun de ses vécus, chacune de ses rencontres, de ses épreuves, de ses joies et de ses peines, l’accueil comme le rejet,  furent ses maîtres ;  furent les portes à franchir, le chemin à comprendre, les signes à interpréter,  les guides de son éveil ; furent - sous les apparences quelles qu’elles soient - le visage même de Bouddha.       (p. 185-203)

 
MERCREDI

X.  Le corps nirvanique de félicité. Le corps subtil de la délivrance. 

(p. 203- 205 du Texte de J. Bacot)

     Au fil de son parcours si éprouvant, le corps énergétique de Milarépa  s’est développé progressivement, alors même que son corps physique est dans la plus extrême faiblesse.  Lorsqu’au bord de périr, il prend connaissance du message de Marpa dans le rouleau scellé,  et  qu’il se réalimente… il découvre dans toute son ampleur la mutation du corps et de l’esprit qui s’est opérée en lui :

    'Le jour je changeais mon corps à volonté. Mon esprit imaginait d’innombrables transformations volant dans le ciel. La nuit, dans mon rêve, je pouvais explorer librement et sans obstacle l’univers entier depuis les enfers jusqu’au sommet. Et me transformant sous des centaines de formes corporelles et spirituelles différentes, sous chaque forme, je visitai des cieux des différents Bouddhas et j’écoutai leur prédication. Je pouvais prêcher la Loi (de l’Eveil = détachement et compassion) à une multitude de créatures.

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Mon corps s’embrasait de flammes

et en même temps lançait des eaux.

Ayant fait ainsi un nombre inconcevable de transmigrations,

transporté d’allégresse et de courage, je méditai avec ardeur.

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     Je pensai : ‘Quoique j’aie déjà fait pour les créatures, je dois faire tout ce que je peux pour leur être profitable.’ J’eus la certitude que le but parfait de ma méditation était d’étendre encore mon dévouement à l’enseignement et aux créatures.’ 

     Puis je pensai encore : ‘Voici que je suis demeuré longtemps en ce lieu. Pendant ce temps, j’ai fait parade de ma religion devant ceux qui m’ont visité. Parvenu à la spiritualité suprême des hommes me voient voler dans les airs. Si je demeure ici je retombe sous l’influence du monde. Je risque que les démons provocateurs de désirs ne troublent ma méditation.

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     Alors, emportant mon vase à cuire les orties, je quittai ce lieu.  Mais affaibli par les méditations, mon pied glissa et je tombai. L’anse du vase se brisa. Celui-ci roula sur la pente. Du vase brisé, les couches de résidu déposé par l’ortie, jaillirent d’un seul bloc vert et ayant la forme d’un pot. Je me consolai en pensant que tout ce qui est composé est périssable.

 Je chantai : 

‘Le vase désirable contenant mes richesses.

Dans le moment même où il se brise, devient mon maître.

Cette leçon de la fatale impermanence des choses est grande merveille.'  

     Comme je chantais ainsi, des chasseurs arrivèrent. Ils me dirent : ‘Ermite, ton chant est harmonieux. Maintenant que tu as brisé ton pot que vas-tu faire ? Tu es un homme industrieux. Si au lieu de cette misère, tu avais vécu une vie mondaine, tu monterais un excellent cheval pareil à un jeune lion. Tu serais ceint de trois espèces d’armes et tu aurais vaincu tes ennemis. Tu serais riche et opulent et tu aurais le bonheur d’être ton propre maître.’

Je répondis : ‘A vos yeux, je semble excessivement misérable. Vous ignorez que dans le monde il n’y a pas plus heureux que moi. Ecoutez donc ce chant de l’ermite courant à cheval.

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‘Je me prosterne aux pieds de Marpa plein de grâces

Dans le monastère de montagne qu’est mon corps,

Dans le temple de ma poitrine. 

Au sommet du triangle de mon cœur,

Le cheval qu’est mon âme vole comme le vent. 

Si je l’arrête, avec quel lasso l’arrêterais-je ?

Si je l’attache, avec quel piquet l’arrêterais-je ?

S’il a faim, quelle pâture lui donnerais-je ?

S’il a soif à quelle rivière l’abreuver ? 

S’il a froid, dans quelle enceinte l’enfermer ?

 

Si je l’arrête, je l’arrêterai avec le lasso de l’Absolu.

Si je l’attache, ce sera au pieu de la méditation profonde.

S’il a faim, je le nourrirai des préceptes du lama. 

S’il a soif je l’abreuverai au courant perpétuel du souvenir (= de Dieu)

S’il a froid, je l’abriterai dans l’enceinte du néant (= de la non-réalité).

 

Comme selle et comme mors, je le doterai de moyens et de connaissance.

Je le garnirai de la solide martingale de l’Immuabilité.

Je disposerai la bride de l’énergie puisée dans l’inspiration profonde.

 

L’enfant de la connaissance le montera.

Pour casque, il portera le sceau du Mahayana.

Sa cotte de mailles sera faite d’attention, de réflexion et de méditation.

Il portera dans le dos le bouclier de l‘endurance.

Il tiendra la lance de la contemplation.

L’épée de la sagesse sera fixée à son côté.

Si le bambou qu’est son esprit est flexible,

Il se redressera sans révolte.

 

Il se revêtira de l’empennage des ‘Quatre Vertus infinies.’

Il lui fixera (sur ses flèches) la pointe aiguë de la sagesse.

Ayant apposé l’encoche profonde de la miséricorde

A l’arc de l’irréalité des choses.

Archer, il lancera ses flèches par tous les mondes.

Ce qu’il atteindra ce seront les croyants.

Ce qu’il tuera, ce sera l’égoïsme.

Ami, il protégera les six classes de créatures.

 

S’il galope, il galopera dans les plaines de la félicité immense.

Courant en bas, il coupe la racine de la transmigration.

Courant en haut, il atteint la rive des Boddhisattvas.

Chevauchant un pareil cheval, on atteint l’Eveil. 

Voyez si votre bonheur est comparable.’

Et je leur chantai :

* ‘Quatre Vertus infinies.’

 

La Bienveillance amicale
Le souhait que tous les êtres trouvent le bonheur et les causes du bonheur.

La Compassion 
Le Souhait que les êtres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance.

La Joie altruiste

Le Souhait que les êtres trouvent la joie exempte de souffrance.

L’Equanimité ou détachement, non jugement 
Le Souhait que les êtres demeurent égaux et en paix quels que soient les événements, bons ou mauvais

qu'ils soient libres de partialité, d'attachement et d'aversion.

 

Je parlai ainsi et les chasseurs se retirèrent touchés par la foi. (p.203 à 205)

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     L’histoire de la ‘Vie de Milarépa,’ nous décrit les fruits de ses longues années de constance: sa tante finalement se repent de ses méfaits et les visiteurs de Milarépa, émus par sa patience, sa bonté, ses épreuves, et instruits par ses chants, se convertissent: 

     Tous les disciples présents, hommes et dieux, et tous les auditeurs étrangers, sentirent en leur cœur naître un repentir, une foi et une pitié sans bornes. Ayant répudié l’attachement aux vanités terrestres, ils se donnèrent aux joies du pur enseignement.

     Milarépa  médite en d’innombrables lieux, forteresses intérieures, forteresses de la méditation, grottes et cavernes aux noms évocateurs : La caverne Soumission-des-Démons, la Grotte- sur-le-Point-de- S’écrouler, la Caverne-des Tigres.

 

     Il illustre et transmet son cheminement et ses réalisations par des Chants. Ses Chants sont si chargés d’amour, de dévotion, d’émotion, de force et de foi,  qu’il subjugue, transforme, neutralise, apaise, convainc, toutes les énergies de la création : les humains, les esprits de toute nature, les animaux, les démons et les entités divines ; les forces du mal et du bien.  Il exorcise la nocivité. Il délivre ceux qui souffrent. Il répand la paix et la félicité.

 

Il acquiert ainsi de nombreux disciples : Rétchung-Pareil-au-Diamant, Chakya-Guna-qui-Montre-du-Chagrin, Répa-Lumière-de-Paix, Répa-qui-Chasse-le-Mal, Saint-au-Souffle-Puissant ; il fut suivi par des bergers et des chasseurs.    Parmi ses disciples, l’on compte : huit fils spirituels, treize disciples intimes et quatre sœurs de ceux-ci, devant tous devenir vingt-cinq saints selon la prophétie.

    Plein de compassion, vaste comme le ciel, et rendant lumineux, l’enseignement du Bouddha, le Maître protégea les créatures des douleurs multiples, de la transmigration et de l’enfer.     (p. 205- 232)

 

Et en réalité je pouvais voler dans l’espace.’

JEUDI

D. J’ai épuisé toutes les raisons d’agir…  ( XI – XII )

XI. Un Geshé envieux tente de confondre et de tuer Milarépa.

(p. 232-255 du Texte de J. Bacot)

    ‘Alors que les œuvres de Milarépa avaient été accomplies, il y avait dans la cité de Tchrin un Geshé ( titre académique accordé à des moines spécialistes des textes) très riche et influent. Il faisant semblant d’honorer le Maître. Mais, succombant à l’envie et désirant le confondre, il simulait des doutes et posait des questions.

      Et le Geshé présenta un traité en disant : 

     ‘Maître, veuille dissiper mon incertitude et m’expliquer cela mot par mot.’

 

     Milarépa répondit :

   ‘Tu sais bien l’explication de ces dialectiques. Cela signifie que celui qui a renoncé aux lois du monde est serein ; vainqueur de ses appétits ; indifférent à la mort ; triomphant de la subjectivité des choses. Les phrases apprises pour lesquelles tu me demandes une réponse ne sont pas nécessaires. Je ne les ai jamais apprises. Les saurais-je que je les oublierais.

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Salut au traducteur Marpa. 

Qu’il me bénisse pour que j’évite la controverse,

Que mon esprit ne soit pas troublé par ces choses.

 

Ayant médité la douceur et la pitié,

J’ai oublié la différence entre moi et les autres.

Ayant médité mon lama au sommet de mon âme,

J’ai oublié ceux qui commandent par influence.

 

Ayant médité la formation des Trois Corps *

J’ai oublié de songer à l’espoir et à la crainte.

Ayant médité cette vie et l’au-delà,

J’ai oublié la crainte de la naissance et de la mort.

 

Ayant composé des vers pour la descendance,

J’ai oublié de prendre part aux polémiques de la doctrine.

Ayant médité ce qui n’a ni commencement, ni négation, ni lieu,

J’ai négligé toutes les formes de conventions.

 

Ayant choisi le corps et le langage des humbles,

J’ai oublié le dédain et l’arrogance des personnages importants.

Ayant fait de mon corps mon propre monastère

J’ai adopté l’esprit sans la lettre.'

 Et il chanta ce Chant :

*Les Trois Corps: le corps de réalité absolue sans forme ; le corps de compassion; le corps de félicite

      Le Geshé dit alors :

‘Si je poussais mon argumentation savante, ton discours ne pourrait plus avancer. 

Cela déplut aux donateurs. Ils lui dirent d’une même voix :

‘Maître Geshé, quel que soit ta science religieuse, tu pèses moins qu’un seul poil follet du Maître. Tu n’as pas le moindre parfum de religion.’

Son visage devint noir. Il pensa : ‘Moi qui ai acquis tant de science, je compte moins qu’un chien. Il promit à sa concubine une turquoise qu’il avait. Puis il mêla du poison à du lait et envoya sa concubine le porter à Milarépa.

     Milarépa, savait que ses fortunés disciples étaient désormais assurés de la délivrance et que, même s’il ne prenait pas le poison, son temps de mourir était venu. Il savait aussi que cette femme n’aurait pas la turquoise (symbole du ciel) avant qu’il ait bu.

     C’est pourquoi il dit :

‘Je ne boirai pas ce breuvage maintenant. Rapporte-le plus tard et je le boirai.

     La concubine prise de crainte et de doutes, veut refuser la turquoise,

mais le Geshé lui promet en plus le mariage et tous ses biens.

 Et lui dit :  

S’il avait le don de double vue, il ne t’aurait pas dit de rapporter le breuvage. Prends cette turquoise et fais en sorte qu’il boive.’

Et il lui donna la turquoise.

   Elle  mêla le poison au lait. Elle le porta au Maître. Le Maître sourit et prit le vase dans ses mains. Elle pensa : ‘Il ne semble pas avoir la double vue.’ Comme elle pensait ainsi, le Maître lui dit :

‘Est-ce là la turquoise qui te récompense de l’action que tu fais ?’ 

Confuse et épouvantée elle se prosterna. Et tremblante elle dit:

‘ Ne prends pas ceci. Je le boirai, coupable que je suis.'

      Le Maître reprit :

     ‘D’abord, j’ai trop de compassion pour te le donner à boire. Ce serait contraire aux enseignements des Boddhisattvas. Mais surtout mon temps d’épreuve est fini et le moment est venu d’aller dans un autre monde. 

     Ton poison en lui-même ne me ferait aucun mal et il serait indifférent que je le boive ou non. Mais si je l’avais bu la première fois, tu n’aurais pas eu la turquoise comme salaire de ton crime, c’est pourquoi je n’ai pas bu.

 

     Maintenant que la turquoise est entre tes mains, je boirai. Repens-toi dès cette vie, purifie-toi et médite. Si tu le peux, ne commets plus de crimes semblables. Prie-moi d’un cœur sincère. Vous deux avez à jamais renoncé au bonheur et acheté le chagrin. Je verrai si je peux dès maintenant effacer votre crime.’ 

    Ayant ainsi parlé, il but.

      La femme rapporta ces paroles au Geshé. Il répondit :

     ‘Toute parole n’est pas vérité. Il me suffit qu’il ait pris le poison.’ 

 
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VENDREDI
La maladie et la mort de Milarépa

  Milarépa enseigna encore pendant bien des jours, entouré de prodiges et de lumières célestes.

    Les auditeurs demandèrent au Maître : ‘Nous avons la pensée que le ciel et la terre sont remplis de dieux et d’hommes écoutant la parole et nous en sommes ravis de bonheur. Quelle est la raison de ces prodiges ?’

 

      Le Maître répondit :

     ‘Les auditeurs célestes qui remplissent l’espace en m’offrant les hommages divins font naître en vous la joie. Telle est la cause des prodiges dont vous avez le sentiment et de ceux que vous voyez manifestement.’

      Alors dirent-ils : ‘Pourquoi ne voyons-nous pas certains prodiges ?’ 

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    ‘Pour voir, il n’est jamais besoin de l’œil de chair. Si vous accumulez les mérites et les purifications, vous verrez les dieux en vous-mêmes.’ 

    Et il dit :

Maintenant je suis vieux. Retenez courageusement dans votre cœur les enseignements que je vous ai donnés. Si vous faites ainsi, partout dans les champs de l’éveil, vous renaîtrez les premiers de mes disciples.’

     Les auditeurs se demandèrent si cette façon de parler ne signifiait pas son départ prochain.   

 

    Milarépa chanta encore de nombreux chants, répondit aux questions et instruisit ses auditeurs ;  et ceux-ci, montrant une grande joie, doutaient que le Maître dut mourir.

 

     Mais le Maître leur dit :

    ‘Ma vie est finie et ma tâche épuisée. Je vais montrer les signes que je dois émigrer.’ Quelques jours après, le Maître montra des signes de maladie. 

     Répa-de-Gnandzong lui dit : ‘Pour cette maladie, nous, disciples, offrirons des sacrifices.’ 

 

     Le Maître lui dit:

   ‘Si mon temps n’était pas venu, je pourrais faire comme vous me dites. Mais prolonger sa vie sans bénéfice pour les créatures, c’est offenser les dieux de la sagesse. Attendu que pour tout ermite, la maladie est une exhortation à la vertu, sans faire aucune cérémonie, je suivrai ma voie, maladie ou mort.

    Parce que j’ai plié des ennemis à devenir des amis de cœur, je n’ai pas besoin de cérémonies. Je ne veux ni victimes expiatoires ni appels de tambours. Les démons des maladies ayant montré leur visage ont rempli leur fonction de protecteurs de la religion.

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Mon esprit ne peut changer de nature. Je n’ai donc pas besoin d’exorcismes. Je ne veux pas du remède composé de six simples, car la  maladie des cinq poisons me devient l’aurore des cinq célestes sagesses. 

 

    Mais si votre temps n’est pas encore venu, et si vous n’arrivez pas à la perfection, alors il n’y a pas de faute à employer les remèdes et les cérémonies.

    Maintenant mon temps est venu ; mon corps doit se transformer. Les hommes du monde doivent expier leurs fautes ici-bas, par la douleur de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Ils ne l’évitent ni par la puissance du roi, ni par les prouesses des héros, ni par la beauté du corps, les ressources de l’intelligence, les biens du riche, ni par un habile plaidoyer. Si effrayés par cette douleur, on désire la joie, j’ai un rite secret pour éviter cette douleur et obtenir le bonheur éternel. ‘ 

    ‘Veuille nous le donner.’

    ‘Eh bien, les œuvres temporelles étant dispersées, les ouvrages étant détruits, les unions séparées, ce qui est né devant mourir, il faut dès le début vous convaincre que cette douleur inévitable est votre propre ouvrage.

Consacrez-vous à l’amour des êtres

Et il chanta le Chant des choses utiles :

'A quoi bon méditer sur la patience si elle ne répond pas aux injures ?

A quoi bon les sacrifices si on ne renonce pas à la partialité et à la haine ?

A quoi bon les aumônes si on n’arrache pas la racine des désirs ?

A quoi bon ériger des stupas si la foi ne grandit pas dans vos âmes ?

Ermite ayant rempli ma mission, je n’ai plus besoin de rien.'

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SAMEDI

Discernement. Compassion et pardon des offenses. Aimer ses ennemis.

    Comme le Maître montrait des signes de maladie toujours plus graves, le Gueshé fit semblant de s’intéresser à sa santé et lui dit : ‘Il est vraiment fâcheux qu’une pareille maladie tombe sur un saint tel que toi. S’il est possible de la partager, partage-la avec tes disciples. S’il est possible de l’échanger, tu peux la passer à un homme tel que moi. Mais comme c’est impossible, que faire ?’

      Le Maître sourit et dit :

    ‘Tu sais fort bien que ma maladie n’a point de cause et qu’elle a été provoquée. D’abord la maladie d’un homme ordinaire ne ressemble pas à la maladie d’un homme consacré.

Et il chanta :

'Les maladies, les mauvais esprits, les péchés, les misères,

Ornent l’ermite que je suis.

Ils sont en moi artères, semences et fluides.

 

Puisse le méchant être absout de ses crimes.

Cette maladie me pare grandement,

Je puis la transférer, mais n’ai pas de raison de le faire.’

      Le Gueshé, cherchant toujours à le confondre, prétend alors qu’il voudrait l’exorciser, si au moins il savait ce        qu’il a ; qu’il voudrait le guérir, prendre sur lui sa maladie. Il somme Milarépa de la lui transférer. 

 

      Et le Maître lui dit :

    ‘Une certaine famille est possédée par le démon de l’envie qui est le plus grand de tous. C’est lui qui m’a troublé la santé. Tu ne pourrais ni exorciser le démon ni guérir la maladie. Si je partageais ma maladie avec toi, tu ne pourrais la supporter un seul instant. Je ne te la transférerai pas. Mais je la transférerai à cette porte. Regarde bien. Aussitôt la porte craqua et se gondola en tous sens. En même temps le Maître était guéri. 

      Le Gueshé se demanda si c’était un mirage de ses yeux et dit : ‘Transfère donc à moi-même.’

Milarépa reprit le mal à la porte et le transféra au Gueshé. Celui-ci se pâma de douleur. Paralysé, étouffant, il était sur le point de mourir.

    Alors le Maître reprit une grande partie de la maladie et dit : ‘Peux-tu supporter seulement la moitié de ma maladie ?’

 

     Le Gueshé plein de remords d’avoir infligé une pareille souffrance, se jeta aux pieds du Maître en sanglotant :

‘O Précieux Maître, ô saint, c’est bien comme tu l’as dit : un possédé t’a fait ce mal. Je t’offre tous mes biens,  veuille m’éviter le châtiment de mon crime.’

 

     A cet aveu sincère, le Maître, rempli de joie retira  au Gueshé le reste de la maladie et dit : ‘Je ne désire ni domaines ni biens. Reprends tes présents. Désormais, au prix même de ta vie, ne viole plus l’enseignement. Je vais prier pour que tu ne sois pas puni de ton forfait.

‘ Je me prosterne aux pieds de Marpa le prédestiné.

Puissent même les cinq péchés inexpiables

Etre effacés par le repentir.

Que soient effacés les péchés de tous les êtres,

Par la vertu des Bouddhas.

 

Que toutes les douleurs soient prises et effacées par moi.

J’ai pitié de celui qui offense son Maître, son frère et sa mère.

Que le châtiment de sa conduite soit pris et effacé par moi. 

Qu’il évite sous les dehors trompeurs

Les mauvaises pensées qui ruinent les mérites.

Que toutes les créatures atteignent

A la perfection de leur âme.’

Et le Maître chanta :

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‘J’ai voulu demeurer pour amener ce pécheur au repentir’

     Milarépa déclare qu’il ne veut pas mourir en ville, mais dans son ermitage. Les disciples, voyant sa faiblesse,  veulent l’y amener en palanquin. 

 

     Le Maître leur dit :

   ‘Il n’y a pas de réalité dans la maladie. Il n’y a pas de réalité dans la mort. J’ai montré ici les apparences de la maladie. Je vais montrer dans mon ermitage les apparences de la mort. 

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    Milarépa se retrouva dans son ermitage avant les disciples. Les disciples l’y trouvèrent en arrivant. Et nombreux étaient ceux qui l’avaient simultanément rencontré, en différents lieux en chemin.

Des arcs-en-ciel apparurent. Alors tous furent certains qu’il allait partir pour un autre monde.

      Ils lui demandèrent: 'Dans quel monde le Maître pense-t-il aller ? Où irons-nous pour prier ? 

     Le Maître leur répondit: ‘Priez où vous serez. Partout où vous prierez avec foi, je serai devant vous. Tout ce que vous demanderez, vous l’obtiendrez. Ne poursuivez que la sainteté.

    Maintenant, voici mon principal testament. Il y a, caché sous le foyer, tout l’or que j’ai amassé durant ma vie, et un écrit qui le répartit entre vous. Après ma mort, regardez et faites ce qui est écrit.

     Ils demandèrent encore: ‘Si nos pratiques extérieures étaient profitables aux créatures, pourrions-nous les exercer ?’

     Le Maître répondit: ‘S’il n’y a pas d’attachement à votre propre désir, vous pouvez aider les créatures. Mais cela est difficile. Ceux qui sont pleins de désirs ne peuvent rien faire pour autrui. Ils ne font même rien de profitable pour eux-mêmes. C’est comme si un homme emporté par un torrent prétendait sauver les autre.

 

    Nul ne peut rien pour les créatures sans connaître l’essence des choses.  Commencez par aimer votre prochain et désirez devenir Bouddha pour sa cause. Renoncez au vêtement (aux apparences), à la nourriture (aux désirs), à la parole (au jugement).

      C’est ainsi, que parvenu à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, le Maître montra les signes de la mort.   P 232-255

DIMANCHE

XII. Le Nirvana. 

Milarépa chante son ultime enseignement depuis l’au-delà

Le Récit des disciples 

(p. 256-260 du Texte de J. Bacot)

 Alors Rétchung chante au Maître

des lamentations pleines de regret et d’amour.

Aussitôt la fraîcheur du visage s’évanouit

et le corps est consumé par le feu.

Et le Maître apparaissant avec son corps mystique,

se leva de son bûcher, un genou replié, écrasant la flamme

avec sa main droite et soulevant sa joue avec la gauche.

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Avec une voix sortie du fond de sa poitrine... Il chanta ces stances essentielles et suprêmes:

'Rétchungpa, semblable à mon cœur,

écoute ce chant de préceptes et de dernière volonté:


Dans l’océan de la transmigration des trois mondes,
Le corps irréel est le grand pécheur.
Tant qu’on s’inquiète de la nourriture et du vêtement,
Il n’y a pas de renoncement au monde.
Renonce au monde, Rétchungpa.

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Dans la cité des corps irréels
L’âme irréelle est la grande pécheresse.
Soumise à la chair et au sang du corps,
Elle n’a jamais notion de sa propre nature.
Discerne la nature de l’âme, ô Rétchungpa.

Aux confins de l’esprit et de la matière,
La connaissance créée par soi-même est la grande coupable.
Passant subitement d’une impression à une autre,
Elle n’a pas le temps de se rendre compte
Que ces impressions n’ont aucune origine propre.
Tiens-toi au sol ferme de la non-objectivité de toutes choses.

Dans la dépendance réciproque de cette vie et de l’autre,
La mémoire aux enfers est la grande coupable.
Privée de corps, elle cherche l’association d’un corps.
Elle n’a pas le temps de découvrir la non-réalité du monde sensible.

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Conclus au vide, ô Rétchungpa.
Dans la cité décevante des six classes d’êtres,
L’aveuglement du péché est immense.
L’esprit suit l’impulsion de l’amour et de la haine
Il n’a pas le temps de percevoir l’égale inanité des choses.
Rejette amour et haine, ô Rétchungpa.

Prie ensemble comme une trinité unique,
Lamas, Yidams* et dieux.
Réunis en un seul tout
Contemplation, méditation et dissolution.
Accoutume-toi à ne faire qu’une chose
De cette vie, de la prochaine et des limbes.
Ceci est mon dernier enseignement.'

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* Note. Les Yidams sont des ‘manifestations d’entités divines,’ ou énergies, que l'on peut visualiser au moyen de son œil intérieur, puis dissoudre à nouveau, au cours d'exercices de méditation (= comme on peut en ‘Dialogue Intérieur’ s’identifier à des subpersonnalités de son choix, puis revenir dans un ‘moi prenant conscience’ affermi). Les Yidams peuvent adopter des formes paisibles ou courroucées. L’observation de ces identifications éclaire nos structures psychologiques ; elle révèle aussi notre nature de Bouddha  comme une 

lumière sans ombre brillant au-delà. Ces pratiques sont un moyen de prise de conscience et d’approfondissement de la compréhension de l’essence vide de tout phénomène.

Aussitôt ces paroles prononcées, le bûcher se transforma en mausolée merveilleux.

 

Alors une voix pareille à celle du Maître se fit entendre:

 

‘Que les disciples cherchent sous le foyer conformément à l’ordre du Maître.’

 

Il n’y avait pas d’or...

...mais un carré de soie, un couteau effilé, une boule de sucre et cet écrit :

‘Partagez cette soie et ce sucre avec ce couteau

Et distribuez-les aux créatures.

Ils ne s'épuiseront jamais.

Ceux qui goûteront de ce sucre et se vêtiront de cette soie

Seront sauvés de la douleur.

Cette nourriture et ce vêtement

Ont été les miens pendant mes extases.


Ceci est ma nourriture de méditation.

Je l'ai mangée durant ma longue vie.

C'est la nourriture de compassion et sa vertu est double.

Ceux qui en mangent n'entrent pas dans l'enfer de la faim.

 

Cette soie blanche est le vêtement de la sagesse

et de la chaleur intérieure.

Ceux qui en ceignent leur corps ou leurs épaules

N'entreront pas dans l'enfer du chaud et du froid.'

(désirs et craintes)

    Les disciples firent comme il était écrit.

Le sucre divisé se reformait et l’étoffe partagée entre les créatures redevenait carrée.​

Les créatures furent affranchies de la douleur dans cette vie et dans l’autre.     

(p. 256-260)

 

Aussitôt après la mort du Maître, les prodiges se multiplièrent dans le ciel. Les disciples et auditeurs se disputaient  son cadavre.

     Mais une voix céleste les apaise: ‘A quoi bon vous disputer ses reliques puisque le Maître est dans l’absolu. Il n’a de corps que le corps spirituel. Votre dispute insensée a pour objet une apparence.

    Les disciples apaisés bâtissent un bûcher et y déposent le corps. Comme le corps rajeunissait et décroissait rapidement, les disciples craignirent  que le corps ne disparût et ils se hâtèrent de mettre le feu au bûcher. Mais le corps ne se consumait pas.

 

      Des voix célestes expliquent alors que Milarépa a donné l’ordre d’attendre son disciple Rétchung. 

    Cependant Rétchung était au monastère de Lorodol. Le Maître lui apparut pendant son sommeil. Alors il se hâta de partir. Il franchit miraculeusement en quelques instants une distance qui demande deux mois de route avec un âne. Parti au chant du coq, il arriva au lever du soleil. Les jeunes moines qui ne le connaissaient pas l’empêchent d’approcher du bûcher.

Les disciples de Milarépa

Se multiplièrent

Comme les étoiles du ciel

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© Olivier Föllmi

Milarépa. Biographie. Bibliographie.

La lignée du Rosaire d’Or. Les Maîtres de Milarépa.

Jetsun Milarepa Mantra:

OM AH GURU HASA VAJRA HUNG

 
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Tilopa

Naropa

Marpa

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Milarepa

À l'écoute de l'Enseignement de ses Maîtres et de celui de sa propre vie

SIX CONSEILS DE TILOPA À NAROPA

1. Ne te rappelle pas : Laisse aller ce qui est déjà passé.

2. N’imagine pas : Laisse aller ce qui peut venir.

3. Ne pense pas : Laisse aller ce qui arrive maintenant.

4. N’examine pas : N’essaie pas d’interpréter quoi que ce soit.

5. Ne contrôle pas : N’essaie pas de faire en sorte que quelque chose arrive.

6. Repose-toi : Détend toi, maintenant, et repose-toi.

BIBLIOGRAPHIE 

 

‘Milarépa, ses méfaits, ses épreuves, son illumination.’ 

Traduit par Jacques Bacot en 1925. Ed. Fayard / 260 pages


    L'autobiographie de Milarépa est certainement la meilleure clé pour comprendre le bouddhisme traditionnel du Tibet. Magistralement traduit par Jacques Bacot, ce récit où se mêlent merveilleux et poésie est aussi l'un des plus grands documents spirituels de l'humanité. Selon l'un de ses disciples qui consigna sa vie au XIIe siècle, Milarépa pratiqua la magie noire et commit d'innombrables méfaits pour venger l'honneur de sa famille. Puis, pris de remords, il décida de rejoindre un célèbre maître, Marpa, qui le soumit à toutes sortes d'épreuves avant d'accepter de l'instruire. Enfin initié à la doctrine du Bouddha, Milarépa se retira pour méditer dans les montagnes, où il atteignit le nirvana. Il passa les dernières années de sa vie en allant d'ermitage en ermitage, où de nombreux disciples écoutèrent son enseignement et le répandirent.

Milarépa était réputé pour donne son Enseignement en chantant

‘Milarépa. Les cent mille chants.’

Tomes I, II, III  Ed. Fayard 1986

Marie-José Lamothe en a donné la traduction la plus belle que l'on puisse concevoir.

La traduction du premier volume des Cent Mille Chants de Milarépa, le poète ermite tibétain du XIe siècle, a reçu le prix Alexandra David-Néel 1987. 

Résumé. Tome I / 297 pages

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Je suis un homme étrange, un ermite vêtu de coton
Qui médite aux mois d'été dans les montagnes enneigées :
Le souffle vivifié purifie tous les brouillards du corps.
Aux mois d'automne je mendie des aumônes :
Rien de tel que de l'orge pour rendre la santé.
En hiver je médite dans les forêts profondes
Qui m'épargnent les attaques cinglantes de la bise.
Au printemps je demeure par prairies et collines
Et me libère ainsi du flegme et de la bile.
Hiver ou été, qu'importe la saison pourvu que je médite,
Prévenant par là les affres de la décrépitude.
Une attention constante et sans agitation
Permet de dominer les cinq passions nocives.

Résumé. Tome III / 350 pages

 

       J'ai fait ce que je devais faire pour l'enseignement du Bouddha », dit Milarépa dans ce dernier volume des Cent Mille Chants, où l'ermite tibétain rencontre son deuxième grand fils spirituel, Gampopa. Celui-ci deviendra le fils bâtisseur, le véritable fondateur de l'ordre des Kagyüpas, lignée de transmission orale de maître à disciple, encore vivante de nos jours.
 

     Milarépa chante, rit, danse, plaisante et parfois se moque des villageois venus jusqu'à son ermitage pour lui demander un enseignement. Comme son maître Marpa le Traducteur, il a dépassé en esprit toutes les contraintes et tous les comportements conventionnels. Ses réponses aux interrogations de Gampopa sur ses expériences et sur sa pratique du yoga composent l'un des moments les plus surprenants. La joie de Milarépa lui permet d'être simple et profond. Il dispense les vérités ultimes de sa philosophie avec la perfection de celui qui, en tout, perçoit l'essentiel.

'Tout se tient dans une réalité absolument vide de substance.

Le yogi ne fixe pas ce qui est transitoire.

Les variations lumineuses de l'ouverture d'être

N'est-ce pas ce que l'on nomme les étapes de la route ?'

Milarépa chante... tout est le Tout

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Milarépa vécut au XIe siècle au Tibet.


Saint bouddhiste, yogi et poète tibétain.
Son destin exceptionnel nous révèle la Voie du Bonheur.
Le parcours initiatique de cet homme ordinaire, sur le chemin qui va de la vengeance aux remords, est un itinéraire exemplaire où la compassion finit par l'emporter sur la colère.

     Milarépa dont le nom signifie approximativement « Mila, celui qui porte la robe de coton des ascètes » vécut de 1052 à 1135. C'est l’un des plus célèbres saints tibétains. Après avoir subi les épreuves les plus dures, il reçut de son maître Marpa les doctrines complètes du Mahâmudrâdans la tradition du Vajrayana ou Voie du Diamant. La manière parfaite et exemplaire dont il mit en application le contenu de ces doctrines aboutit à la fondation de l'école Kagyüpa. 

Les premières versions écrites connues de la vie et des chants de Milarépa, datent du XVe siècle et constituent aujourd'hui encore l'une des grandes sources d'inspiration du Bouddhisme tibétain. 

SON HISTOIRE

     Milarepa naquit à l'ouest du Tibet, près de la frontière népalaise. Son père mourut alors qu'il avait sept ans et la propriété familiale tomba aux mains de cousins cupides qui maltraitèrent la mère et le fils. A la demande de sa mère, pour venger les outrages subis, Milarépa devint un magicien noir,  apprit à commander aux forces destructrices de la nature et fit périr de nombreuses personnes dans un orage. Désireux par la suite d'expier son action, il se tourna vers Röngtön, maître de l'école Nyingmapa, lequel le renvoya à Marpa dont Milarépa devint l'élève à l'âge de 38 ans. Pendant six ans, Marpa le soumit à des épreuves si dures, parfois même si cruelles, qu'elles vinrent à bout des forces de Milarépa et l'amenèrent au bord du suicide par désespoir.

     Après lui avoir fait expier de la sorte ses fautes passées (Karma), Marpa prépara son élève à une existence de solitude, lui transmit les enseignements de Nâropa. Vêtu d'une simple robe de coton, Milarépa vécut pendant des années comme un reclus dans le froid glacial de l'Himalaya, à l'abri de grottes de montagnes où il s'adonnait à la méditation. Après une période de neuf années de solitude ininterrompue, il finit par prendre avec lui quelques disciples. Il transmet tout son enseignement au moyen de son exemple de vie et de ses Chants.

'Je suis Milarépa, le meilleur des yogis.
Je suis celui qui pourchasse le visage des apparences,
Celui qui accueille tous les souhaits.
Je suis un yogi sans opinions,
Celui qui ne s'empresse jamais, quoi qu'il advienne.
Je suis le renonçant sans vivres,
Le mendiant sans possessions,
Le vagabond nu.
Je suis celui qui a vaincu toutes les pratiques,
Je demeure ici mais n'y réside pas,
Je suis un Fou, heureux de la mort,
Je ne possède rien, je n'ai besoin de rien.’ 
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     Ainsi chantait Milarépa (XIe siècle), l'ascète qui incarne le Bouddha tibétain, lorsque, quittant la solitude de son ermitage, il rencontrait des villageois et leur racontait les étapes de son cheminement spirituel. Ses Cent Mille Chants ont été recueillis puis repris pendant des siècles par ses disciples qui les ont immortalisés. Marie-José Lamothe en traduit aujourd'hui la première partie en français et restitue la magie d'une parole inspirée où passe le souffle des grands espaces himalayens.

Résumé. Tome II / 330 pages

 

   Dans ce deuxième volume des Cent Mille Chants, Milarépa, le célèbre maître spirituel du Tibet, énonce les instructions essentielles du bouddhisme et montre la voie tantrique qui permet de les réaliser en axant l'énergie sur l'expérience directe :

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​L'ATELIER DU DIALOGUE INTÉRIEUR © Adelheid Oesch 2021