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LE DIALOGUE
INTÉRIEUR, UN VOYAGE VERS LE SOI
Le Dialogue Intérieur est une démarche de
connaissance de soi. Une exploration des énergies qui nous
animent, nous habitent. Ces énergies sont à la source de nos
pensées, de nos émotions, de nos sensations corporelles. Elles
sont, en quelque sorte, le moteur de nos comportements.
Trois
concepts-clé : se comprendre, s'accepter, s'aimer.
J'aimerais souligner d'entrée que, pour moi, ce
travail, bien que basé sur la psychologie et l'aide que celle-ci
peut apporter, n'a pas pour but premier de changer la personne,
comme l'on retaillerait à coups de ciseaux un costume qui ne
serait plus à notre goût. L'être humain n'est pas une pâte à
modeler, n'est pas un objet, mais quelqu'un à respecter. Nous
sommes sensibles, vivants et les coups de ciseaux font mal !
C'est, au contraire, une investigation où l'on fait l'expérience
de soi, tel qu'on est. La compréhension qui s'en dégage sera la
condition première à l'éclosion de l'amour de soi. Ce qui ensuite
nous transforme, spontanément, c'est cet amour, et non pas nos
efforts pour être différents. Se comprendre, c'est s'aimer.
S'aimer ouvre la porte à aimer l'autre, dans la mesure où l'on
reconnaît en lui notre semblable. Le Dialogue Intérieur est un
processus qui facilite cette prise de conscience. Il n'est pas
uniquement destiné à ceux qui se sentent des problèmes, mais à
toute personne aspirant à mieux se connaître.
Je vais essayer, de mon mieux, d'éclairer sous
divers angles, cette manière de se découvrir. J'aimerais souligner
que le Dialogue Intérieur prend en compte l'ensemble de la
personne, dans sa dimension à la fois humaine et cosmique. Il
contribue à nous révéler l'ampleur de notre potentiel, nous remet
en contact avec le sens de notre vie, avec notre être, dans sa
hauteur et sa profondeur, nous rend à nous-mêmes. Ce faisant, il
nous dévoile aussi une relation à l'autre complètement différente.
Chacun y est considéré comme un microcosme, contenant tout ce que
l'univers contient. C'est une recherche globale, où l'on apprécie
conjointement les sensations corporelles, les vécus émotionnels,
ainsi que les images et pensées véhiculés par le mental. En
apprenant ainsi à percevoir consciemment l'énergie qui nous anime,
nous explorons ce qui nous habite, nos relations à autrui et
également nos dimensions transpersonnelles, si nous le désirons.
Les origines.
C'est une méthode qui a été créée par un couple
de psychologues américains, Hal Stone, (PhD en psychologie
clinique UCLA, puis études à l'Institut JUNG Los Angeles ) et
Sidra Stone (PhD en psychologie Université de Maryland ). Après
plus de vingt ans de pratique thérapeutique, ils ont élaboré -
particulièrement depuis 1979 - la "théorie de la psychologie des
subpersonnalités" et des "schémas d'ancrage" et le travail du
Dialogue Intérieur. Ils l'ont fait d'abord ensemble, à l'écoute de
leur processus personnel, puis dans de nombreux séminaires. Ils
ont publié trois excellents livres.
Quelques définitions
: les subpersonnalités, les complexes, les énergies.
Le Dialogue Intérieur, dans la forme spécifique
que Hal et Sidra Stone lui ont donnée, est donc une technique
d'exploration psychique récente, puisqu'elle date des quinze
dernières années. Elle se rattache à la psychologie des
subpersonnalités. Par subpersonnalités, l'on entend différents
schémas d'énergie qui ont chacun une dynamique propre. Par leurs
interactions, ils constituent notre personnalité, ce dont nous
disons : "mais, cela c'est moi !".
C'est un concept très proche de ce que la
psychanalyse appelle "complexe". Un complexe peut être défini
comme un ensemble de sentiments et de comportements associés,
généré par un vécu antérieur auquel on est resté fixé. Au cours de
la vie, lorsque des circonstances analogues se rejouent, il y a
réactivation des énergies liées à l'expérience passée et
répétition des comportements associés. Nous agissons et réagissons
ainsi, sans avoir conscience de ce qui nous motive. La différence
entre "complexe" et subpersonnalité, c'est surtout que cette
dernière implique une dimension plus humaine et plus concrète. La
notion abstraite, le mécanisme, sont reconnus comme une personne,
ce qui sera la base de l'amour, du respect et de la simplicité
nécessaires à cette approche.
Le Dialogue Intérieur est essentiellement un
travail énergétique. L'expression verbale et l'évocation des
évènements vécus, ne sont là que pour mieux comprendre les
énergies qui les sous-tendent. Le Petit Larousse nous dit :
"énergie, du grec "energeia", force en action". Par énergie,
j'entends, en effet, tout ce qui nous meut ou nous émeut, nous
freine, nous limite, nous propulse ou nous bloque d'une manière ou
d'une autre. L'énergie dans cette définition sous-tend tout ce que
nous percevons comme expression de vie, ou comme retrait de la
vie, dans notre personnalité.
L'éventail de nos
subpersonnalités : un Conseil tribal.
Essayons de prendre une image concrète qui
illustre comment en Dialogue Intérieur s'articulent les
subpersonnalités qui incarnent nos énergies. Le Dialogue Intérieur
pourrait être comparé à un Conseil tribal, dont les membres se
rassemblent pour partager, tour à tour, leur vécu et leur point de
vue. Certains sont bien connus, d'autres plus discrets, d'autres
enfin sont des parents lointains, parfois même des étrangers ou
des ennemis, - en vertu des détours de l'histoire -, mais que l'on
a cependant invités à participer au Conseil.
En américain, le Dialogue Intérieur s'appelle
"Voice Dialogue", "Dialogue de Voix". Ces voix sont celles de ce
Conseil tribal. Elles se divisent en plusieurs groupes. Il y a
d'abord le groupe des voix puissantes, qui forment ce que les
jungiens appellent la "persona", c'est-à-dire, la manière dont
nous nous montrons à autrui, dont nous fonctionnons et nous
adaptons au sein de la famille et de la société. Il y a là les
subpersonnalités qui expriment nos mécanismes de défense, notre
façon de maîtriser les circonstances, de développer nos capacités,
de nous protéger et d'éviter au maximum les souffrances. Nous
rencontrerons ainsi notre Régisseur qui veille au grain, souvent
accompagné de l'Activiste qui nous pousse à faire davantage,
appuyés par le Perfectionniste qui exige le "toujours mieux" et
par notre Critique intérieur qui met le doigt sur nos moindres
faiblesses. Nous verrons encore notre Guerrier, notre Voix
professionnelle, notre Législateur qui édicte les règles
auxquelles nous nous plions. Nous rencontrerons la voix qui nous
incite à plaire, pour assurer l'amour et l'accord d'autrui, ou, au
contraire, celle qui crie sa colère, sa révolte, ou celle encore
qui se tait, pour ne pas accentuer le conflit. Ce sont souvent des
voix parentales, éducatrices, qui ont leur source dans nos schémas
familiaux, qui à la fois nous structurent, nous limitent et nous
jugent, dans le but de nous mettre à l'abri.
Derrière cet ensemble de voix puissantes et
familières, il y a les voix vulnérables qui sont, pour la plupart,
nos voix d'enfant : l'enfant blessé, fragile, souvent prisonnier
et muet, l'enfant rebelle, l'enfant coupable; mais aussi l'enfant
joueur, l'enfant aimant, l'enfant magique et sa créativité, avec
leur monde de spontanéité, de sensibilité, de fraîcheur.
Et puis, il y a le groupe des voix reniées ou
voix d'ombre, voix refoulées, inconnues ou subconscientes, jugées
pour des raisons éthiques et qui ressemblent comme des frères à
ceux que nous jugeons dans le monde extérieur : voleurs, menteurs,
assassins, stupides, ignorants, primitifs, malades, étrangers,
ceux qui sont les victimes de nos purifications ethniques et de
nos guerres. Niées en nous, nous les projetons sur autrui, nous
condamnons et détruisons, au dehors, ceux que nous n'avons pu
comprendre et intégrer, au dedans.
Il y a encore les voix archétypales, porteuses
d'empreintes communes à l'humanité; ce sont les énergies
personnifiées par les dieux de nos mythologies, les héros de nos
légendes, les personnages de nos contes qui font aussi partie de
notre univers intérieur. Enfin, il y a les voix transpersonnelles,
qui expriment en nous le divin, voix de l'âme, voix de sagesse.
L'éventail des subpersonnalités est immense et l'on peut aussi
dialoguer avec les voix de nos rêves, de nos douleurs corporelles,
de nos maladies, avec la voix de la vieillesse ou de la mort ou
avec celle de nos inspirations et de nos intuitions. Ce concert de
voix est l'expression de nos subpersonnalités.
L'adaptation, une
mutilation de nous-mêmes.
Le "Critique intérieur", le"Perfectionniste".
Nous vivons dans une inconscience relative,
parfois importante, laquelle entraîne une profonde méconnaissance
de nous-mêmes et le rejet de tout ce qui en nous a, - en un temps
donné, et surtout dans l'enfance -, menacé notre adaptation. Pour
être aimés, acceptés, pour être reconnus, conquérir une identité
et nous faire une place dans notre contexte, nous avons dû
sélectionner, d'une manière souvent draconienne, les énergies et
comportements que nous pouvions nous permettre. Nous avons dû
montrer la face utile et acceptable de nous-mêmes, former une
"équipe de représentants officiels" surveillée par un "Critique
intérieur" et un "Perfectionniste" qui, impitoyablement, dénoncent
tout ce qui n'est pas compatible avec l'orientation admise. Si ce
tandem devient trop puissant, il peut nous faire perdre toute
estime de nous-mêmes et cette dévalorisation systématique peut
nous pousser dans la dépression et des comportements
autodestructeurs.
Sans aller si loin, même si nous restons
équilibrés, conscients de nos atouts, ces pressions empoisonnent
notre vie quotidienne : prenons un exemple, féminin en
l'occurrence. Avec le printemps, les premiers beaux jours, notre
"Critique intérieur" fait une crise : "est-ce que tu t'es vue, ce
pli ici, ce bourrelet là et cette pâleur qu'on dirait maladive!".
Tout est détaillé, de l'unique cheveu blanc au moindre défaut de
la peau, en passant par l'ensemble de la garde-robe. Vite
l'aérobic, le régime, le solarium ! Et cela se déroule de la même
manière, que l'on soit une actrice célèbre pour sa beauté, ou une
simple mortelle. Cela peut prendre des proportions qui nous
réduisent au désespoir et nous convaincront que nous ne sommes ni
assez jeunes, ni assez féminines, ni assez aimables... pour être
même dignes d'être regardées. Nous perdrons confiance en nous.
Pour satisfaire à des exigences familiales,
culturelles, sociales, religieuses, nous en devenons les esclaves.
Nous nous faisons violence, nous favorisons certaines facettes au
détriment de toute une cohorte d'êtres, qui en nous vivent cachés.
Nous finissons par devenir "quelqu'un d'autre". En réprimant notre
Vulnérabilité, en désavouant notre Ombre, nous nous privons d'une
grande partie de notre originalité, de notre créativité. Parfois
aussi, dans le contexte d'une épreuve, ceux qui vivent en nous,
ainsi reniés, inconnus, réduits à la portion congrue, font
irruption, explosent et détruisent ce que nous avons construit
avec peine, remettent en question notre vie familiale, nos
convictions et nos acquis. Les énergies bloquées sont source de
maladies, de douleurs du corps et de l'âme, de crises
existentielles. Leurs irruptions nous surprennent, lorsque nous
sommes restés inconscients de ces forces captives, ou lorsque nous
les avons délibérément rejetées.
L'enfant vulnérable,
coeur fragile de notre forteresse.
Pour Hal et Sidra Stone, le Dialogue Intérieur
a commencé de façon très simple et très personnelle. Après leur
rencontre, tous deux s'engagèrent dans une interrogation très
poussée de leur processus relationnel. Cette démarche confirma
pour eux, ce qui les avait déjà frappés dans leurs pratiques
respectives : à savoir le rôle primordial que joue notre
vulnérabilité dans tous nos problèmes, réactions et conflits.
Un jour, alors qu'ils en discutaient, Hal eut
l'idée de proposer à Sidra de prendre une place et de prêter voix
à sa partie vulnérable. Il raconte comment, étonné, il se retrouva
en face d'un très petit enfant, dans toute sa réalité, replié sur
lui-même, pré-verbal, incapable de communiquer, en mots, sa
souffrance. Les concepts de "subpersonnalité", de "complexe", leur
étaient évidemment familiers. Par contre, que ceux-ci puissent se
manifester comme une vraie personne, comme un enfant avec toutes
les caractéristiques énergétiques de son âge, les surprit
complètement. Cette découverte fut le point de départ du Dialogue
Intérieur. Une subpersonnalité a tous les attributs d'une
personne, - elle est une personne -, et doit être comprise comme
telle, si l'on veut bénéficier de ce travail. Elle a une énergie
spécifique, que l'on peut reconnaître lorsqu'elle nous emplit,
nous habite. Interrogée sur ce qu'elle sent, elle se définit par
un âge, un sexe, des sensations corporelles et des sentiments qui
lui sont propres. Elle a ses idées, ses espoirs, ses craintes, ses
souffrances et un rôle bien précis dans notre vie.
L'enfant intérieur est le coeur fragile et
sensible, autour duquel se structure l'éventail des
subpersonnalités puissantes. Ces dernières constituent ce que nous
appelons notre ego, notre mode de fonctionnement et d'adaptation
consciente à l'environnement. Lorsque nous naissons, arrive un
petit être qui n'a pas encore d'identité formée, qui ne sait pas
vraiment se distinguer de sa mère, qui n'a pas encore d'ego. Ce
petit être, dépend, pour survivre, physiquement et psychiquement,
des soins et de l'amour de son entourage.
Incapable encore de s'aider lui-même, l'enfant
va donc développer les stratégies qui pourront lui assurer l'amour
et les soins indispensables à sa survie, et les comportements par
lesquels il évitera d'être blessé. C'est pour protéger ce noyau
délicat de l'être, nu et sans défense, que nous émanons tout le
groupe des subpersonnalités puissantes et rejetons dans l'ombre
leurs opposés. Nous ne pourrons, cependant, faire l'économie de
toutes les blessures, loin de là. Le petit enfant subsiste au fond
de nous, mais peu à peu, nous le masquons par des protections
toujours plus élaborées.
Si la vie nous est dure, les tactiques qui
mettent à l'abri l'enfant vulnérable finissent par ressembler à
des murs qui nous emprisonnent. Nous devenons une forteresse, au
centre de laquelle vit un enfant, dont nous avons perdu
conscience, occupés que nous sommes à assurer sa défense du haut
des remparts. Nos subpersonnalités puissantes sont programmées, en
effet, comme des défenseurs. Chaque fois qu'une flèche atteint ou
menace notre enfant, ils se portent au-devant de l'attaquant, ou
font le mort, la victime pour l'éloigner, ou pactisent avec lui,
dans l'espoir de l'adoucir.
Mais, pendant que nous parons au plus pressé,
l'enfant intérieur reste isolé, privé d'amour et d'attention.
Ainsi, faute de relation, il n'évolue guère et nos stratégies se
répètent, invariablement les mêmes. Souvent, nous ne nous
apercevons pas que devenus adultes, nous ne sommes plus si
inexpérimentés, si exposés, qu'autrefois. Nous ne réalisons pas
notre aptitude à parenter cet enfant intérieur, ni que notre
force, notre autonomie, pourraient rendre superflus des murs si
hauts et si bien défendus. Le Dialogue Intérieur est une
invitation à cette découverte, une invitation à transformer notre
forteresse en jardin, et à y ressusciter à la fois un enfant
heureux et la richesse de notre sensibilité, dont il est le
dépositaire.
Développer un témoin
intérieur, un "ego conscient".
Ces prises de conscience, seront le fondement
de ce que l'on appelle, en Dialogue Intérieur, "le processus de
l'ego conscient". Cet "ego conscient" sera, en quelque sorte,
notre Jardinier, réaménageant, avec sagesse, notre écologie
intérieure, lui restituant son naturel et sa vivacité.
Le Dialogue Intérieur se pratique à deux. Il y
a celui qui chemine dans sa recherche et, en face, celui qui
l'accompagne. La personne qui prend la session est appelée à
devenir l'axe du Conseil tribal, le centre du futur Jardin. Là,
elle forgera un caractère de témoin, un "ego conscient", qui
écoute et regarde, qui donne la parole et accueille l'expression
énergétique de chacun des membres du Conseil. De ce poste
d'observation, elle apprendra aussi à connaître et à aimer
l'enfant vulnérable. Ainsi, "l'ego conscient" pourra, avec le
temps, assumer la responsabilité de l'ensemble. Tout au long de la
session, il va rester présent - par la conscience - même lorsque
la personne facilitée quittera la chaise centrale pour marquer
ainsi son entrée dans une supersonnalité.
En anglais, "ego conscient" se dit "aware ego",
"ego attentif". En fait, il tend vers, et va incarner, un
processus de prise de conscience. Au début, cela n'est encore
qu'un concept, une abstraction. Cette dimension, cet état d'être,
va se développer au fur et à mesure du travail, se structurer,
apprendre à percevoir son énergie propre et se familiariser avec
sa tâche de guide, de chef du Conseil, pour reprendre cette
comparaison. Sa place est toujours au milieu de ce que l'on
pourrait aussi appeler un mandala d'énergies, un mandala de
subpersonnalités. C'est là, que la personne commence et termine
chaque session. J'aime bien l'image du mandala, car elle illustre
qu'en s'engageant dans cette différenciation des énergies, la
personne, loin de se déstructurer, de se morceler, se sent
devenir, au contraire, un tout, car cette démarche équilibre et
met en relation ce qui en nous s'ignorait ou s'opposait.
Entrer dans une
subpersonnalité.
Après une prise de contact initiale, la
personne va donc quitter sa place centrale et choisir dans la
pièce l'endroit que va occuper l'une des subpersonnalités. Chaque
énergie aura donc une place distincte. Souvent, au début, notre
monde intérieur ressemble à un enchevêtrement de brins de laine,
de diverses couleurs et qualités. Peu à peu, l'on démêlera cette
pelote de mouvements et d'impulsions dont nous disons: "cela,
c'est moi!". L'on dégagera ces brins de laine, ces
subpersonnalités qui vont s'ordonner autour de l'axe central.
Lorsque la personne entre dans une
subpersonnalité, elle va s'immerger dans les sentiments, les vécus
qui se manifestent et traduire, aussi complètement que possible,
son registre propre. Elle dira "je", et lorsqu'elle se référera au
sujet, elle l'appellera par son prénom. En voici un exemple : Jean
se sent envahi par des sensations de colère. La voix "Colère" va
choisir une place pour s'exprimer. Elle dira : "je me sens hors de
moi" et pourrait ajouter : "c'est rare que Jean me laisse un
espace, il craint mes éclats, notamment au bureau. C'est toujours
la "Voix conciliante" qui s'adresse au chef du personnel". L'on
opère ainsi une sorte de "dédoublement", pour bien marquer la
différence.
L'accompagnant va faciliter et soutenir
l'expression de la subpersonnalité présente, par ses questions,
son interaction, sa propre énergie et sensibilité, qui vont entrer
en résonance avec elle. L'on va ainsi partager, pendant un temps
qui peut varier de quelques minutes à une heure, ou davantage,
l'univers personnel de cette subpersonnalité, lui donner
l'occasion de se sentir, de s'identifier au maximum à ce qui
l'anime.
C'est un travail qui se vit entièrement dans le
présent. Les évènements d'un passé proche ou lointain, qui seront
peut-être évoqués, ne le seront que pour mieux éprouver,
comprendre, l'énergie qui les sous-tend et par là même mettre en
évidence la dynamique psychique qui en résulte. La prise de
conscience se fait dans "l'ici et maintenant" des sensations, des
émotions et des images qui se présentent. Ensemble, l'on est à
l'écoute de leur expression physique et verbale. Cette expression
sert à concrétiser ces vécus, à les intégrer. La personne va les
dire, les nommer, les décrire. Nommer, appeler par son nom, est
une activité créatrice, comme l'illustre la Genèse, qui nous
raconte ainsi la création : "Dieu dit : que la lumière soit et la
lumière fut. Dieu appela la lumière "jour" et les ténèbres, il les
appela "nuit". Il y eut un soir, il y eut un matin". Nommer n'est
pas anodin, mais signifiant et créateur; cela donne sens et vie
aux êtres et aux choses.
A cela s'ajoute tout l'aspect du partage avec
les deux témoins que sont "l'ego conscient" - présent par l'esprit
- et l'accompagnant. Vivre ce qui nous concerne en face à face,
est bien autre chose que de le vivre dans le secret de notre
solitude. Souvent, c'est la première fois que quelqu'un est le
témoin attentif et aimant de ce qui nous habite ! Le témoin
intérieur, le témoin qu'est l'autre, vont devenir le point de
référence qui crée ce regard, cette distance qui permettront de
construire une relation à soi.
Les polarités.
Au cours de ces interactions avec les
subpersonnalités, l'on peut observer que la psyché se manifeste
comme un système polarisé, dans lequel nos énergies sont
comparables à un faisceau de pôles opposés. Ce que nous
connaissons de nous-mêmes ne représente qu'un pôle sur deux et les
autres pôles, ceux qui sont subconscients, voire inconscients,
s'avèrent contenir une charge contraire, de force égale à celle
qui se manifeste dans les pôles conscients.
Ce que l'on appelle refoulement, déni, ombre -
et qui constitue le facteur caché de nos réactions - est logé,
souvent comprimé, dans ces pôles opposés. L'expérience montre,
qu'en vertu de la tension qui existe entre deux pôles, l'on peut
basculer aisément - et à notre surprise - d'un pôle dans l'autre.
Ceci, à condition d'incorporer d'abord, aussi intensément que
possible, l'énergie du pôle habituel, car il y a un effet de
balancier. L'on bénéficiera de l'élan dans une direction pour
renverser la course et se retrouver de l'autre côté, comme sur une
balançoire. Nous en avons l'exemple dans la vie de certains Saints
qui - dans un mouvement de conversion - se sont transformés de
persécuteurs du Christ, d'hommes de mauvaise vie, en hommes de
Dieu, comme St. Paul sur le chemin de Damas et St. Antoine.
En Dialogue Intérieur, le but n'est pas de
changer de pôle, mais d'utiliser cette loi de l'énergie pour
faciliter l'intégration progressive et prudente de cet autre
versant de nous-mêmes, resté obscur. Cela contribuera à libérer,
en partie, nos élans prisonniers ou inconnus, à diminuer nos
blocages. Ainsi, nous nous ouvrons à la diversité, nous nous
donnons des choix, nous devenons plus dynamiques, plus créatifs,
plus flexibles, nous équilibrons et régénérons la circulation des
énergies qui nous animent. Par exemple, sonder le pôle, la
subpersonnalité, caractérisés par une certaine impuissance,
ouvrira la voie au pôle opposé et nous donnera accès à notre
force, sans pour autant devoir renier notre faiblesse. A l'instar
de vases communicants, ces deux pôles s'ajusteront : notre
puissance sera plus accessible et notre faiblesse en deviendra
moins paralysante.
Le rôle de "L'ego
conscient", un vase vide, un écran vierge.
Qu'est-ce que "l'ego conscient" ? Quelle est sa
fonction ? En un sens, "l'ego conscient" est comparable à un vase
vide. Lorsque, dans la vie de tous les jours, une subpersonnalité
se manifeste, il y a identification spontanée, involontaire, et
souvent inconsciente. Son énergie remplit et colore ce vase, qui
deviendra son contenant. Nous ne sommes, alors, plus que colère
par exemple, ou méditant, ou envol sur le piano. Dans notre vécu,
ces énergies ne coexistent pas, mais se substituent l'une à
l'autre, comme un clou chasse le précédent. A chaque fois, toutes
nos autres subpersonnalités, l'homme d'affaires, la mère, l'enfant
blessé, et ainsi de suite, sont éclipsés, occultés; nous perdons
de vue leur existence, leur nature, leurs besoins.
L'on pourrait encore comparer "l'ego conscient"
à la neutralité d'un écran de cinéma, sur lequel vont se projeter
les séquences de notre vie et les personnages qui les animent. Un
film fait suite à l'autre, mais l'écran au-dessous reste blanc,
vierge, dans sa nature intrinsèque, comme le vase reste le vase,
quel que soit le bouquet. "L'ego conscient" est celui qui englobe
toutes nos facettes. En tant que contenant, il est plus vaste que
la somme de ses parties et en même temps, il ne se résume à aucune
d'entre elles. La succession des énergies qui s'y impriment
illustre que tout en nous est changeant et le vase vide, l'écran
blanc, illustrent ce qui en nous est conscience immuable. Il y a
là une vision qui se rapproche de celle de la spiritualité
orientale. Dans le bouddhisme, par exemple, l'on pratique
méditation et détachement, en lesquels nos pensées, nos émotions,
ne font que traverser un ciel de vacuité. Considéré sous un
certain angle, il y a donc aussi une lecture métaphysique du
Dialogue Intérieur.
Le processus
d'identification. "L'ego conscient" comparé à "l'ego ordinaire".
"L'ego conscient", c'est donc un peu
l'expérience du vase vide et de la manière dont il se remplit et
se draine à nouveau; c'est la conscience de la succession d'états
d'être auxquels nous nous identifions. On en a bien l'exemple,
lorsque quelqu'un nous blesse et que nous sommes, pour une
fraction de seconde, emplis de désespoir, puis, presque
immédiatement, envahis par la colère, puis souvent, il y a un
reflux, un déni qui se mue en indifférence. Ce suivi peut être si
rapide, que nous n'avons même pas conscience de la blessure de
tout-à-l'heure, ni des souffrances afférentes. Et cela, à plus
forte raison, si la blessure initiale - celle qui dans un lointain
passé marque le premier vécu de l'enfant - est devenue plus ou
moins inconsciente. Travailler en Dialogue Intérieur, c'est
prendre conscience de ces "enchaînements" (au double sens du
terme), redécouvrir leur source vive et ce qui, dans notre vie
actuelle, leur redonne perpétuellement naissance.
Plus prosaïquement, l'on pourrait aussi
comparer ce qui se passe en nous, à la conduite d'une automobile.
La voiture serait symbole de notre vie et la question: "qui donc
est au volant ?". Si l'on reprend les identifications successives
de l'exemple cité, c'est d'abord "un Enfant blessé" qui conduit,
puis "Colère", puis "Indifférence". Cela pourrait être aussi le
"Conciliateur", etc. L'ego, au sens ordinaire du terme, est fait
de ces mécanismes et structures qui, à notre insu, propulsent au
volant de notre vie des conducteurs variés, dans le but de tenir
la route à travers les cahots de notre existence. Parmi ces
conducteurs, il y en a bien quelques uns qui nous exposent à des
accidents ...
"L'ego conscient", par comparaison, ce sera la
capacité de reconnaître qui conduit, de diriger lucidement notre
véhicule. Cette clarté d'appréciation nous ouvre des alternatives.
Plutôt que de rester un jouet des circonstances, nous pouvons
évoluer et devenir une personne responsable et lucide, apte à
faire des choix, basés sur une réelle compréhension de nous-mêmes.
L'on pourrait dire aussi, que nous sommes
comparables à une grande maison d'énergie, qu'habite une
communauté, et la question serait : "Qui est là, qui occupe quelle
pièce et combien de m2 ? Qui occupe le placard à balais ou la cave
?". Cela me rappelle quelqu'un qui me disait : "en moi, la "femme
puissante" est toujours dans l'armoire et la "gentille
conciliatrice" vit au salon et à la cuisine".
Honorer tous les
dieux.
Hal et Sidra Stone comparent la démarche du
Dialogue Intérieur à ce que, dans un contexte mythologique, l'on
appellerait : "honorer tous les dieux". Honorer tous les dieux,
respecter toutes les voix, c'est pénétrer dans l'enceinte sacrée
de notre vie et déposer en chacun de ses temples, devant chaque
divinité, - ces symboles, ces archétypes de la nature humaine -,
un bouquet de fleurs. C'est prononcer pour chacun une prière de
reconnaissance, même si, en dernier ressort, l'on va passer
l'essentiel de notre temps auprès de notre divinité protectrice
préférée ...
Ne pas procéder ainsi est dangereux.
L'histoire, les contes et les mythes le dépeignent de multiples
façons. Dans le "Conte de la Belle au Bois Dormant", la 13ème fée,
que l'on omet d'inviter, se venge. Elle détruit la vie familiale,
la vie quotidienne bien réglée du château, en plongeant la
princesse et tout son entourage dans un profond sommeil - image de
l'inconscience qui nous tient prisonniers -. Cent ans plus tard,
il faudra qu'un prince, investi de toutes les qualités de la
maturité, affronte avec courage la haie d'épines qui défend
l'accès du château. Il éveillera la princesse par un baiser
d'amour.
L'amour de soi, le courage de se faire face,
sont le secret de ce travail et de l'éveil qui en résulte. Le
Dialogue Intérieur, c'est une rencontre avec soi, sans jugements,
sans discrimination, c'est le respect de tout ce qui nous habite,
de toutes nos énergies, qu'elles aient été bienvenues ou non dans
le passé. C'est honorer qui nous sommes, dans toutes nos facettes,
qu'elles soient d'ombre ou de lumière, connues ou inconnues.
Se connaître,
s'aimer, c'est aimer l'autre, construire la paix.
Parallèlement à ces découvertes intérieures,
nous pourrons commencer à comprendre les "pourquoi" et les
"comment" et les souffrances de ceux que, dans le monde, nous
jugeons incompatibles ou destructeurs. Nous pourrons aller à leur
rencontre, communiquer, apprendre à les aimer. C'est d'un tel
amour, basé sur la lucidité et la tolérance, que pourraient naître
les transformations qui nous conduiraient à la paix.
L'inscription "Connais-toi toi-même", gravée au
fronton du temple d'Apollon à Delphes fut la devise choisie par
Socrate. Le Christ, dans le deuxième commandement, nous dit:
"Aimes ton prochain, comme toi-même". Loin d'être une démarche
égoïste, la connaissance de soi, l'amour de soi, sont le fondement
même sur lequel se construit l'amour des autres. Si je n'aime, ni
ne comprends l'étranger, l'enfant abandonné, le destructeur, le
législateur, le courtisan qui se côtoyent en moi, comment
pourrais-je les aimer et les comprendre, lorsque je les croise
dans le monde et que j'entre en conflit avec eux ? La définition
de l'égoïsme n'est-elle pas, de privilégier un élément isolé au
détriment de l'ensemble ?
Si nous en faisons l'expérience, nous pourrons
dire : "je suis le monde, le monde est moi", et nous lierons alors
notre bien personnel au bien de tous. Le Dialogue Intérieur nous
ouvre à ce partage, à cette communication dont bénéficient toutes
nos énergies, et par assimilation tous les êtres.
Comme les hommes s'opposent au dehors, nous
sommes divisés au dedans. Souvent, le Dialogue Intérieur commence,
lorsque nous nous sentons déchirés par des contradictions
incompréhensibles, insolubles. Il y a des moments, où notre
réflexion débouche sur une impasse et sur la confusion. Nous
prenons alors conscience qu'en nous se mêlent, en apparence
inextricablement, l'amour et la haine, la vérité et le mensonge,
l'aspiration spirituelle et nos imperfections. Il y a des étapes
où nous réalisons, par exemple, que le sourire que nous adressons
à nos proches était un sourire obligatoire, qui recouvre une
colère et un désespoir, ou un vide, dont nous n'avions pas eu
conscience. Nous nous sentirons alors hypocrites, loin de notre
vérité, piégés dans nos incompatibilités, séparés de nous-mêmes,
ou trahis. Nous entrerons dans le doute, dans une amère
auto-critique, ou prononcerons des jugements et des reproches à
l'égard d'autrui. Nous nous sentirons inaptes, solitaires,
incohérents.
La plupart du temps, notre désir de changement
se heurte à notre impuissance. Impuissance à enrayer les
difficultés et les destructions qui menacent le monde, impuissance
aussi à se transformer soi-même. Nous essayons alors d'écarter, de
supprimer, de nier ce qui nous gêne. Le bien-portant ignore ou
rejette le malade, le blanc le noir, le civilisé le barbare, et
inversement ! Le conjoint se détourne de son partenaire, qui ne le
comprend plus. La solution nous paraît être d'effacer, d'éradiquer
ce et ceux qui sont différents, car partout nos différences sont
source de conflit et de douleur.
Le Dialogue Intérieur nous invite à une
approche radicalement autre. Il ne s'agit plus de réformer, mais
d'accueillir, il ne s'agit plus de corriger, mais de reconnaître.
Petit à petit, dans le vécu des sessions, l'on fait l'expérience
d'être écouté, compris, regardé sans jugement, ni de la part de
"l'ego conscient", ni de la part de l'accompagnant, qui restent, -
dans la mesure humainement possible -, des témoins neutres, en
lesquels s'affermissent bienveillance et compassion.
Cet accueil de nous-mêmes, nous ramène à notre
exemple du Conseil tribal. Dans les sociétés, dites primitives, ce
Conseil va palabrer des jours et des nuits durant, jusqu'à ce que
chacun, ait pu s'exprimer et se réexprimer, au fur et à mesure
qu'il affine et complète son point de vue, par l'écoute des
autres. En fin de compte, les décisions seront prises, à la quasi
unanimité, lorsque de cette consultation aura émergé un consensus.
C'est à une unification analogue que pourra nous conduire le
Dialogue Intérieur.
Le processus de
désidentification et la relation à soi-même.
Revenons à ce qui se passe au bout d'une heure
ou plus de session, pendant laquelle nous avons fait amplement
connaissance d'une subpersonnalité donnée. Après l'avoir remerciée
pour tout ce qu'elle a partagé, l'accompagnant l'invite à
reprendre position au centre du Conseil, dans ce que l'on appelle
"l'ego conscient". Là, commencera un travail de différenciation
qui rendra possible la relation à soi. Jusqu'à lors, on avait pris
le temps de s'identifier au maximum à la subpersonnalité explorée,
maintenant, l'on va essayer de susciter la distance, la
désidentification, pour devenir à la fois le témoin et le
partenaire de soi-même.
La subpersonnalité est encore présente, par le
souvenir de son vécu et de la place qu'elle occupait dans la
pièce. La dissociation entre "l'ego conscient" et la
subpersonnalité, va s'étayer sous forme de séparation énergétique.
L'on observe en quoi - une fois de retour au milieu - on se sent
différent, au niveau des sensations corporelles, des émotions, des
pensées, de la subpersonnalité que l'on vient de quitter. On la
visualise : elle doit prendre corps à nos yeux, être regardée
comme une personne distincte, pour laquelle on éprouve certains
sentiments; elle doit être perçue clairement, à la fois dans son
énergie, son comportement et ses aspirations.
Comprendre notre famille intérieure n'est qu'un
premier pas. L'on connaît maintenant les ingrédients qui composent
le pain. Nous savons qui a pétri la pâte et comment. Le levain qui
la fera lever, la chaleur qui la transformera, c'est l'amour,
c'est la relation qui va s'établir entre un ego progressivement
plus conscient, et donc dissocié, et les subpersonnalités que
notre travail aura mises en évidence. Pourquoi cette relation
est-elle si nécessaire ?
Se séparer, une
condition de notre accès à la maturité.
Cette nécessité d'une relation prend modèle sur
la vie elle-même. Comparons cela au développement de l'enfant.
Aussi longtemps que l'enfant est dans le ventre maternel, il y a
symbiose, identification à la mère. Il faudra un processus
continuel de séparation, qui se concrétise à la naissance et se
poursuit tout au long de la croissance, pour qu'une relation
s'établisse, au plein sens du terme, entre l'enfant et son
environnement.
La séparation est une condition de notre
épanouissement, de notre évolution vers la maturité, car c'est
elle qui rend possible la relation à la mère et au monde, miroirs
à travers lesquels l'enfant se structure, découvre son identité.
C'est cela qui fera de lui un adulte autonome, indépendant,
capable de donner, d'aimer et de refléter, plus tard, adéquatement
ses propres enfants.
La relation à soi,
s'assumer.
La relation à soi suit le même chemin. "L'ego
conscient", futur adulte du système, doit se démarquer peu à peu
des subpersonnalités auxquelles il était identifié, et dont
certaines avaient le rôle de parents introjectés. Parallèlement,
"l'ego conscient", en devenant attentif à la fragilité, à la
souffrance de l'enfant intérieur, pourra commencer à le prendre en
charge, devenir en quelque sorte, à son tour, son parent, protéger
et aimer ce noyau précieux de l'être. Un enfant qui ne bénéficie
pas d'une bonne relation avec une mère qui le reflète, d'une façon
juste, avec amour, pourra rester bloqué, à divers niveaux, dans sa
progression vers la maturité. De même manière, une subpersonnalité
restera bloquée dans son évolution, si l'on ne cultive pas ce
témoin, cet ego conscient et différencié, capable de l'aimer et
d'entrer en relation avec elle.
Nous rêvons tous de la personne qui nous
aimera, nous acceptera sans conditions, tels que nous sommes, avec
nos défauts, nos faiblesses et nos limites. Nous projetons cette
relation idéale sur nos parents, qui trop souvent ne peuvent
qu'échouer face à cette exigence. Et nous leur en voulons ! Cet
espoir d'être aimés inconditionnellement est en constante
contradiction avec notre expérience. Il est mis en échec par notre
éducation, qui a pour tâche de nous adapter à un système familial
et social, imparfait et parfois franchement hostile. Plus tard,
nous projetons le besoin de cet amour idéal sur nos partenaires,
nos conjoints, nos enfants, nos amis qui, pas plus que nos
parents, ne pourront l'assumer ou y répondre, et nous vivons alors
un cortège de déceptions; souvent, nous nous considérons trahis.
Reprendre ses projections, être responsable de soi-même, c'est
rendre à nos proches leur liberté, enlever de leurs épaules le
poids de nos attentes et de nos blâmes.
Dans ma vision personnelle, il n'y a que deux
êtres qui peuvent, d'une certaine manière, combler notre soif d'un
amour inconditionnel : Dieu, si nous y adhérons, et nous-mêmes, si
nous le voulons bien. Ne sont-ils pas, nos plus proches prochains,
habitants de notre coeur, 24 heures sur 24, de la conception à la
mort, et peut-être au-delà de l'une et de l'autre ? C'est cette
histoire d'amour et de pardon face à soi-même, d'acceptation de
nos différences que nous fait vivre le Dialogue Intérieur.
La "Vision lucide",
devenir un spectateur, un méditant.
Nous avons vu, qu'en fin de session, après
avoir éclairé, par le dialogue, la nature d'une subpersonnalité,
et fait connaissance également, le cas échéant, avec l'énergie du
pôle opposé, la personne se rassied au centre, dans "l'ego
conscient". Là, nous avons séparé l'énergie de "l'ego conscient"
de l'énergie de la subpersonnalité.
Pour appuyer ce processus, il y a une dernière
phase qui va compléter notre travail. La personne va se placer à
côté de l'accompagnant, c'est-à-dire en face de tout ce qui se
sera déroulé pour elle pendant la session. Elle sera une
spectatrice, une auditrice, sans autre tâche que d'être le témoin
détaché du film de sa vie. Elle regardera la place de "l'ego
conscient", celle des "voix" qui ont participé, et écoutera, sans
intervenir, le récit que va lui faire l'accompagnant. Celui-ci
retracera pour elle les étapes parcourues, lui en dépeindra le
vécu. Cette dernière position est celle dite de la "Vision
lucide".
Elle est importante, car elle contribue au
lâcher prise, au détachement, et soutient la compassion que l'on
développe pour ce qui nous habite. Il y a là bien des points
communs avec ce que vit et cultive le méditant, qui, dans le
silence et l'immobilité, laisse défiler sans les investir, les
images qui le traversent, attentif seulement à demeurer dans sa
qualité d'être, sans jugement et sans attaches.
Le Dialogue Intérieur
: un processus d'épanouissement de la conscience.
Aujourd'hui, la recherche scientifique met en
évidence que l'homme est à la mesure de l'univers, ne faisant que
confirmer ce que croyaient les Anciens. Dans la "Table
d'Émeraude", par exemple, il est dit : "ce qui est en bas est
comme ce qui est en haut", entendant, je crois, que l'homme est à
l'image de Dieu et contient dans sa finitude toutes les
caractéristiques de l'infini. J'y vois une parenté avec la
découverte qu'une seule cellule de notre corps contient
l'information de l'ensemble, dans son code génétique. Peut-on
imaginer que la connaissance de l'univers pourrait, elle aussi,
être déduite d'une seule cellule, d'un seul atome ?
Un corps se construit lorsqu'une première
cellule se divise et ainsi de suite. Il y a multiplication, puis
différenciation, puis relation entre les cellules, agencées en
système, puis conscience de cela, et enfin, cette merveille qu'est
un être complet, doué d'intelligence. Certains physiciens
proposent qu'un ordre impliqué sous-tend l'univers et donne un
sens et une direction à des éléments qui se divisent et
s'assemblent, formant sans cesse de nouvelles structures. Le
processus de la conscience pourrait bien évoluer de façon
analogue, en séparant et connectant les éléments que contient
notre psyché, en nous remodelant à travers une relation toujours
neuve, à nous-mêmes et à l'autre. Le Dialogue Intérieur est bien à
cette image.
Mais on a peu l'habitude de pratiquer ou même
d'imaginer ce que peut être une relation à soi. Nous sommes trop
identifiés. Comme quelqu'un qui poserait son nez sur la page de
son livre, nous ne pouvons nous lire de si près. Voir clair
demande de la distance. Aimer aussi : espace, séparation qui
garantissent, dans un véritable amour, la liberté de chacun. Cela
sera ressenti comme une bouffée d'air frais dans le cachot des
prisonniers intérieurs. L'oiseau retrouvera ses ailes, l'enfant
vulnérable l'étonnement d'être, sa joie et ses larmes, sa
spontanéité.
Nous contenons chacun toutes les énergies, et
donc toutes les personnes qui peuplent cette planète. Les
comprendre, les aimer en nous, c'est aussi les comprendre et les
accepter ailleurs. C'est savoir établir avec elles cette relation
qui, d'un étranger, d'un ennemi, d'un inconnu, fera un frère.
Copyright © 1994
Adelheid Oesch
Tout droits de reproduction réservés.
BIBLIOGRAPHIE:
Aux Éditions Le Souffle d'Or
Hal et Sidra Stone
:
" Le Dialogue Intérieur"
" Les Relations source de croissance"
" Votre critique intérieur : ennemi ou allié"
"L'alliance amoureuse" Ed. Le Jour 2001
Sidra Stone:
"Le patriarche intérieur: êtes-vous
sûre d'en être libérée ?" 1998
Adelheid Oesch :
"L'Arche du Coeur, la multiplication par l'Un" 1999
Tome I : Du "Dialogue Intérieur" au silence intérieur. Conte
initiatique
Tome II : Manuel d'Exercices, le "Dialogue Intérieur", clé d'une
conscience unifiée
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