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LA RELATION À L'AUTRE EN DIALOGUE
INTÉRIEUR LES SCHÉMAS D'ANCRAGE
En vertu de la loi des polarités, de la nécessité d' adaptation
qui nous amène à développer certaines subpersonnalités plutôt que
d'autres, il y a une très grande part de nous-même qui se trouve
reniée, refoulée, ou à tout le moins nonactualisée. Notre
psyché abrite de nombreuses facettes inconscientes, et tout un
potentiel en friche! Ce qui est réprimé, non exprimé, non choisi,
représente -sans y mettre aucun jugement de valeur -ce que l'on peut
appeler "l'Ombre". Cela ressemble à la face cachée de la lune,
c'est la partie non-éclairée de notre être. C'est comme si nous
étions un "gâteau d'énergie", de possibilités, dont la moitié
seulement est disponible, est utilisée. Ou encore un orchestre,
partiellement mis en chômage, réduit à quelques musiciens, à
quelques instruments, à quelques mélodies. Quel dommage !
L ' évolution, c'est justement ce qui nous invite à élargir notre
répertoire, à tenter la découverte de cet "autre versant de
nous-même", de ces "paysages du corps et de l'âme", qui nous sont
restés inconnus, inaccessibles, jusque là. L'évolution, c'est
toujours la relation! À quelqu'un, à quelque chose! Pourquoi ?
Parce que, précisément, "l'autre" a développé un instrument, une
partition d'orchestre, qui ne nous sont pas familiers. Une mélodie
que nous ne savons pas encore chanter. Une énergie que nous
n'exprimons pas, et dont l'action -souterraine en nous! -pourrait
devenir destructrice, pour nous-même ou pour autrui, si nous ne
l'intégrons pas... serait-ce de façon homéopathique... si nous ne
l'honorons pas, en lui donnant notre écoute et une place.
"Tomber amoureux" est en grande partie induit par cette
"aimantation de ce qui nous manque", et donc nous attire!
L'autre sexe, un "parent affectueux", une "reconnaissance". Ce
qui nous complète, ce que nous désirons, ce que nous admirons... De
manière analogue, "entrer en conflit" sera provoqué par l'irruption
de nos pôles dormants ou refoulés... Par l'émergence d'une
répulsion, par le rejet de ce que nous ne voulons pas -ou plus! -de
ce que nous refusons d'accepter en nous-même, et donc d'assimiler.
Conflit qui s'accentuera, parce que - simultanément -nous
renforcerons nos subpersonnalités protectrices habituelles: celles
qui ne supportent pas que nous soyons blessés ou remis en question!
Nos "transferts" -négatifs ou positifs -sont l'expression de ces
dynamiques. L'attraction, l'association, le choix d'un partenaire,
se jouent en réalité entre deux "ensembles de subpersonnalités", qui
se polarisent mutuellement. "Ils sont tout le contraire l'un de
l'autre" dit-on : la danseuse et l'homme d'affaires, le timide et la
battante. Le prince et la bergère...
Les partis politiques, les pays, les classes sociales et, dans
notre vie quotidienne, les employés d'un même bureau, les amis, les
enfants d'une même famille, se polarisent entre eux! S'agissant des
enfants, cela s'organise autour de l'adaptation au modèle -ou par
démarcation du modèle -incarné par les parents. Ainsi un père
ecclésiastique aura peut-être un enfant délinquant, le capitaine
d'industrie une descendance "d'incapables", l'ouvrier pauvre et
illettré des enfants qui font carrière. fi semble que, tout
naturellement, la vie nous porte, par le biais de nos rencontres -et
des lois de l'énergie elle-même -à nous "compléter", et donc, le cas
échéant, à être la victime -ou l'apprenti ! -de ce dont nous n'avons
pas pris conscience, de ce que nous n'avons pas fait valoir, ou
développé. L' attraction-répulsion se perçoit, se décode, comme "
analogue, enviable", ou -à l'inverse -"différent, détestable" :
«C'est si merveilleux; c'est si dégoûtant! »
Remarquons là, que quoique nous fassions -que nous nous
conformions ou que nous nous révoltions -nous n'en sommes pas moins
programmés! Soit par le jeu des énergies que nous privilégions, soit
par la nécessité d'en prendre le contre-pied ! C'est en cela que
nous ne sommes, parfois, que très peu l'expression vraie de
nous-même, pour devenir plutôt des "émanations" de nos contextes, de
notre environnement familial, social, culturel et religieux.
"Prendre conscience", c'est autre chose que de renverser un
sablier! comme le font trop souvent nos révolutions. Réaction n'est
pas action. La réaction nous propulse dans l'autre pôle. La prise
de conscience nous centre! Permet un nouveau mode d'être et d'agir.
Un nouveau mode de relation ! Chaque rencontre, qu'elle soit
conflictuelle ou enchanteresse, est donc un extraordinaire levain de
complétude et de croissance. Mais à une condition: celle de ne pas
considérer attraction et répulsion comme des " données magiques" ,
l'amour, le mariage, l'état de parents, comme une "science infuse",
mais d'en faire des terrains d'apprentissage conscient! Une
relation, cela se cultive, cela se construit. Cela se cultive avec
amour. Cela se construit avec lucidité. Avec un engagement à
l'honnêteté, à la communication. À l'être, plutôt qu'à l'avoir !
Hal et Sidra Stone proposent un modèle à la fois simple et très
concret de la façon dont nos "familles intérieures" se font face, et
ont consacré un ouvrage entier à nos comportements relationnels. Ils
y mettent en scène ce qu'ils ont appelé nos "schémas d'ancrage"
(bonding patterns), décrivant avec précision les mouvements
d'énergie entre deux personnes et leurs rapports de force: sous
forme de compensations, de tentatives d'équilibrage entre puissance
et impuissance, pouvoir et vulnérabilité! Ces interactions ont
leur source dans notre passé, et s'illustreront en particulier dans
nos rapports de couple: chacun des partenaire se sentant, se vivant,
à tout moment, comme l'enfant ou le parent de l'autre, dans la
relation. Et ces "schémas d'ancrage" seront alors ressentis comme
paradisiaques ou insupportables... selon qu'on est amoureux ou en
voie de désenchantement... Ils peuvent être compris et
travaillés, d'une manière claire et très accessible, par le Dialogue
Intérieur .
Ces "mouvements relationnels" se fondent largement sur ceux vécus
dans notre enfance. Une petite fille devenue complaisante et docile
face à un père autoritaire, sera peut-être, plus tard, une femme
douce et tendre, mariée à un « Don Juan », ou à un tyran domestique.
Lequel aura peut-être, de son côté, souffert, tout en les
méprisant, d'un père absent, ou d'une mère trop légère... Ou,
inversement, les aura admirés... Quel que soit le cas de figure et
les stratégies qui ont prévalu à l'élaboration de notre
personnalité, c'est bien d'une course à la vie et à la survie, donc
au pouvoir, qu'il s'agit! Pouvoir de se faire aimer, ou de
contraindre l'autre à nous satisfaire... Nous nous protégeons !
Nous tentons de gagner! Par l'agression ou la fuite. En faisant le
mort, ou en nous rendant indispensables. Par la séduction, la
gentillesse, notre capacité à prendre soin de l'autre... Ou par
notre rigueur, notre dureté. Ou par notre irresponsabilité.
Tomber amoureux, c'est, espérons-nous, trouver le corollaire
parfait, la moitié idéale, la part manquante! C'est un temps béni,
qui ressemble fort au Jardin d'Éden avant la chute, lorsque nous
n'avions pas encore connaissance du bien et du mal : l'autre est
parfait! Notre «Critique intérieur", notre « Juge », notre «
Activiste », sont en vacances! Et le degré de sécurité, de
non-jugement, d'acceptation mutuelle, est maxima». Et c'est alors
que nos I’enfants intérieurs» se sentiront parfaitement heureux et
rassurés. Enfin reconnus et choyés comme ils le souhaitent! C'est le
temps des jeux et des rires, d'un émerveillement tendre et
permanent.
Les contes de fée ne parlent guère de ce qui se passe « après ».
Sans doute parce qu'alors on ne voudrait plus y aller... et que la
vie a besoin que l'on procrée, que l'on serve ses lois! Ils se
marièrent, furent heureux, eurent beaucoup d'enfants...! Vie
quotidienne et vie commune ne se chauffent pas de ce bois-là, ne se
concluent pas comme les contes, mais au contraire, nous demandent
des comptes... Nous remettent invariablement face à notre
apprentissage, à notre évolution. Il ne s'agit donc pas, de profiter
seulement des atouts de l'autre, ni par la suite de juger ses
traîtrises ou ses torts: lorsque ce qui nous séduisait en lui
devient son plus grand défaut! Il s'agit, bien plutôt, de développer
en nous cette « altérité », ces « qualités de l'autre », lesquelles
sont en quelque sorte enclavées dans l'ombre de notre propre
psyché.
Mais, pour ce faire, il nous faudra d'abord acquérir une
maturité, une autonomie, qui nous permettent de prendre en charge
notre « enfant intérieur », notre vulnérabilité, plutôt que de
projeter sur autrui et le monde extérieur la responsabilité de leur
répondre! Ce que nous projetons finit toujours par nous revenir
...Et, le cas échéant, par se retourner contre nous! La dépendance
est le statut naturel de l'enfant, mais ne devrait pas être -une
fois adultes -la dynamique de nos relations!
Trop souvent, nous continuons, inconsciemment, à réclamer du
monde qu'il comble nos besoins, nos carences affectives. Cela
s'adresse d'abord à nos parents, mais se reporte sur nos
partenaires, nos amis, nos propres enfants! Ou sur la société. À
court ou long terme, cela détruit la relation. D'une part, parce
qu'alors nous ne reconnaissons pas l'autre comme « sujet », mais
seulement comme «objet» : ne le voyant qu'à travers nos propres
attentes, et non pour lui-même ! D'autre part, parce que -s'il
est lui aussi «en manque» -il ne pourra jamais vraiment satisfaire à
nos exigences. Et ne recevra pas non plus ce qu'il attend! Et c'est
nous qui deviendrons son "objet" ! C'est la porte ouverte aux abus.
C'est le «tonneau des Danaïdes" , le puits sans fond. Le «rocher de
Sisyphe». Ce n'est jamais assez! Ou alors, l'on se consacrera
totalement au "bien de l'autre», refusant par là même toute
satisfaction, même légitime, de nos propres besoins... Abondance du
"donner", mais famine intérieure ! Si l'on en revient au principe
des polarités, il ne s'agit pas de "faire porter" à nos conjoints, à
nos partenaires, à nos enfants, à nos proches, à nos associés, à nos
clients, à nos patients, aux pays voisins ou lointains, ou encore
aux générations futures, ce que nous ne voulons pas être... Pas plus
que ce que nous voudrions qu'ils soient !
Devenir adulte, c'est devenir son propre parent. Redevenir
Source. Afin de pouvoir, à notre tour, être des parents pour nos
enfants, plutôt que les enfants de nos enfants! Des égaux, dans
notre vie de couple, dans nos interactions professionnelles,
sociales et politiques. S'approfondir, se prendre en charge,
pratiquer l'écoute et l'amour de soi, c'est diminuer l'impact de nos
besoins et de nos craintes, et donc de nos transferts inconscients,
et des manipulations qui en découlent! Car ceux-ci dirigent,
façonnent, contrôlent, nos relations, et finissent presque toujours
par les compromettre ou par en altérer gravement la qualité. Voilà
l'enjeu, le défi, que pose la relation à l'autre! En prendre
conscience, y répondre, c' est bâtir des relations qui sauront être
honnêtes, heureuses, passionnantes, fructueuses et durables.
L'ébranlement de notre "lune de miel" se produit tôt ou tard,
mais souvent d'abord à notre insu, dès les premières épreuves que la
vie nous impose: intégrer l'arrivée d'un enfant, difficulté
financière ou professionnelle, problème de santé, ou encore
événement qui touche notre entourage. Car, c'est alors que notre
vulnérabilité, que l'enfant sensible en nous -si à l'aise auprès des
amoureux! prend peur. Chaque difficulté, chaque épreuve,
réactive la nécessité de se protéger. Et donc de refouler ce qui
pourrait porter ombrage à notre sécurité! Très vite, nous nous
sentons blessés, menacés! Très vite, chacun -pour se mettre à l'abri
-recourt à son système de défense, à ses modes de survie. On se
ferme, on se juge, on juge l'autre, on est expulsé de l'Éden !...
pour tomber dans un monde de rapports de force et de conflit. On
remet les "feuilles de vigne" (on utilise la sexualité pour se
réconcilier, ou on la refuse). On est déjà en armure, on rabat la
visière, on ne communique plus qu'avec ses armes. On met en
veilleuse le corps et le coeur !
Voilà que notre relation à l'autre, notre "schéma d'ancrage",
s'est retourné comme un gant! Que de positif, il est devenu négatif!
Notre vulnérabilité est touchée. Nos "subpersonnalités reniées" sont
mises sous pression: nous assistons à un "retour musclé de nos
subpersonnalités d'adaptation, puissantes et protectrices". Et il
n'y a pas que cela! Ce qui est renié en nous -et qui nous plaisait
tant en l'autre! -va maintenant nous narguer: car cela s'exprime
justement en tant que "subpersonnalité puissante, devenue excessive
ou agressive" ! chez notre partenaire. Et tout cela va se manifester
de plus en plus intensément, puisque chacun va se protéger de
l'autre... C'est l'escalade... "Cette danseuse tendre,
spontanée, fantaisiste, devient un monstre d'incompétence, de
laisser aller, de laxisme. On ne peut pas compter sur elle! Ce
capitaine d'industrie, si fort, si fiable, si sécurisant, qui la
déchargeait de tout, devient autoritaire, exigent, coercitif,
violent. Un vrai tyran !" Chacun accuse, souffre, se sent trahi.
Voilà bien de quoi tuer l'amour. De quoi couper le lien! La danseuse
n'a pas pris soin d'intégrer les éléments de structure qui lui font
défaut, et maintenant -se sentant menacée par ce qui auparavant la
rassurait! -elle les rejette. L'homme d'affaires n'a pas fait sien,
le brin de fantaisie, qui lui aurait donné de la flexibilité, du
charisme... Ce qui aurait équilibré la balance! Quant à la
vulnérabilité, aux blessures, chacun les remet sous le boisseau...
Notre vulnérabilité cachée, nos besoins inconscients, sont la
poudre dans le baril. Et ce qui met le feu aux poudres, ce sont nos
difficultés de vie, et la remontée fulgurante de nos mécanismes de
défense qui leur font écho! C' est la confrontation de ce que nous
renions et qui maintenant nous provoque... Et, en réponse à cela, le
retour en force de nos rigidités, de notre contrôle, de nos
stratégies de pouvoir, de nos "Critiques" et de nos "Juges". C'est
la perte de confiance. Le rejet de la responsabilité et de la
faute sur l'autre! Le repli de notre enfant intérieur et avec lui de
notre spontanéité, de notre sensibilité, de notrecréativité, de
notre joie de vivre !
Si nos "subpersonnalités puissantes" représentent le pouvoir
législatif dans la psyché, "Critique" et "Juge" en sont la
"protection policière et militaire". Les "femmes et les enfants" se
retirent alors dans la "forteresse intérieure". Nos "Voix
puissantes" soutiennent le siège, et un beau jour, notre douleur et
notre frustration pourraient bien nous submerger, nos "Voix reniées"
pourraient bien exploser... C'est la guerre, pas l'amour! Ou c'est
la dépression. Prendre conscience de ces joutes et de ces jeux
relationnels, travailler cela en couple, apprendre à connaître les
subpersonnalités qui s'affrontent et souffrent dans nos "schémas
d'ancrage", est l'une des possibilités les plus fascinantes et les
plus enrichissantes du Dialogue Intérieur .
Copyright @ 1998 Adelheid Oesch Tous droits de reproduction
réservés
BIBLIOGRAPHIE: Aux Éditions Le Souffle d'Or
Hal et Sidra Stone : "Le Dialogue Intérieur" 1991
"Les Relations source de croissance" 1991 "Votre critique
intérieur: ennemi ou allié"1994 ( épuisé )
"L'alliance amoureuse" Ed. Le Jour 2001
Sidra Stone : "Le patriarche intérieur: êtes-vous sûre
d'en être libérée ?" 1998
Adelheid Oesch : "L'Arche du Coeur, la multiplication
par l'Un" 1999
- Tome I : Du "Dialogue Intérieur" au silence intérieur. Conte
initiatique
- Tome II : Manuel d'Exercices, le "Dialogue Intérieur", clé
d'une conscience unifiée
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